Le conflit israélo-palestinien est-il un conflit religieux, ou un conflit lié à une terre ?

Répondre à cette question exige que l'on soit très précis dans les termes employés, afin d'éviter d'inutiles malentendus.

Par "conflit religieux", on entend un conflit lié à la différence de religions des deux protagonistes :
- soit que l'un d'eux veut détruire physiquement l'autre, à cause de l'altérité de celui-ci ;
- soit que l'un d'eux veut convertir de force l'autre à sa religion.

Or le conflit israélo-palestinien n'est ni l'un ni l'autre.

Il s'agit d'un conflit lié à l'occupation d'une terre.

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A) Le conflit israélo-arabe n'est pas un conflit religieux dans le sens où ceux des musulmans de Palestine qui aujourd'hui luttent militairement contre des militaires Israéliens juifs, ne luttent pas contre eux parce qu'ils sont juifs.

Il y a toujours eu, dans la région nommée "Palestine historique", sous administration musulmane (comme d'ailleurs dans certaines autres terres musulmanes), des résidents juifs, et l'islam n'a jamais autorisé de les attaquer parce que juifs, pour les tuer, les convertir ou encore les spolier de leurs biens. Cela s'est hélas produit au cours de l'histoire de la part de certains musulmans, mais cela n'est pas autorisé.
Aujourd'hui, les musulmans de Palestine qui luttent contre les militaires Israéliens juifs luttent contre eux non pas parce qu'ils sont juifs, mais parce que s'étant appropriés leur terre (une partie de la Palestine historique) et continuant de coloniser celle-ci : Cisjordanie, Jérusalem-est.

Ce n'est donc pas un conflit de religions, avec l'islam d'un côté et le judaïsme de l'autre.

C'est un conflit par rapport à une terre.

Lorsque, à la fin du XIè et au XIIè siècles grégoriens, c'étaient des Croisés – ils étaient chrétiens – qui avaient occupé cette terre, les musulmans de la région avaient, pareillement, lutté contre eux.

Lorsque, fin du XIIIè et début du XIVè siècles grégoriens, ce furent des Mongols (Tatars) convertis à... l'islam (et menés par Ghâzân Mahmoud) qui avaient envahi cette terre, les musulmans de Syrie et d'Egypte avaient, pareillement, lutté contre eux.
Ibn Taymiyya avait alors appelé à se mobiliser contre l'envahisseur et l'occupant : Quand l'Il-khan Ghâzân, mongol converti à l'islam, envahissait la Syrie musulmane.
Plus tard (en 703/1304), dans sa Lettre à Sir Johan (baron croisé de l'île de Chypre), destinée à lui demander de libérer les prisonniers musulmans faits par les croisés chypriotes sur le côte syrienne, Ibn Taymiyya rappellera à son interlocuteur que, lors des invasions mongoles de la Syrie, il était [en mars 1300] personnellement intervenu pour que les "Tatars" libèrent non seulement les musulmans de Shâm ("ahl ul-milla") mais aussi les juifs et les chrétiens de Shâm ("ahl udh-dhimma") qu'ils avaient faits prisonniers. Voici les termes qu'il écrivit à Sir Johan :
"وقد عرف النصارى كلهم أني لما خاطبت التتار في إطلاق الأسرى وأطلقهم غازان وقطلو شاه، وخاطبت مولاي فيهم؛ فسمح بإطلاق المسلمين، قال لي: "لكن معنا نصارى أخذناهم من القدس، فهؤلاء لا يطلقون." فقلت له: "بل جميع من معك من اليهود والنصارى الذين هم أهل ذمتنا، فإنا نفكهم؛ ولا ندع أسيرا لا من أهل الملة ولا من أهل الذمة." وأطلقنا من النصارى من شاء الله. فهذا عملنا وإحساننا، والجزاء على الله"
"Les chrétiens savent que lorsque je parlai aux Tatars au sujet de la libération des prisonniers, Ghâzân et Qutlushâh (donnèrent leur accord) pour les libérer. Je parlai à Mûlây à leur sujet, il accepta alors de libérer les musulmans [seulement] et me dit : "Par contre avec nous se trouvent des chrétiens que nous avons faits prisonniers à Jérusalem : ceux-là ne seront pas libérés !"
Je lui dis :
"Au contraire, tous ceux qui sont avec toi, de juifs et de chrétiens, qui sont les gens sous notre protection, nous les ferons libérer ! Nous ne délaisserons aucun prisonnier, ni parmi les gens de la religion, ni parmi les gens de la protection !"
Nous avons fait ainsi libérer de chrétiens ce que Dieu a voulu. Voilà notre action et notre bienfaisance, et attribuer la récompense reviendra à Dieu"
(MF 28/617-618).

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B) Par contre cela ne veut pas dire que TOUTE référence à une croyance religieuse soit TOTALEMENT absente du conflit israélo-palestinien.

Du côté d'un certain nombre de juifs de l'Etat d'Israël qui conquièrent de nouveaux espaces de la Palestine historique (en Cisjordanie et à Jérusalem-est), il y a bien référence à une donnée religieuse : ils ont comme croyance que Dieu a donné cette terre aux fils d'Israël pour toujours, et qu'ils ont donc le droit de rétablir leur autorité sur elle : "Dieu est le Propriétaire de la Terre, et Il la donne à titre de pleine propriété consentie (bi-r-ridhâ, wa layssa bi-t-takwîn faqat) à qui Il veut". C'est ainsi que le rabbin Ron Chaya justifie la prise de possession de la Palestine.
Quant à certains autres juifs de l'Etat d'Israël qui luttent pour conquérir de nouveaux pans de cette terre, eux ne se fondent pas pour cela sur une donnée religieuse mais sur une donnée historique : ils disent que le peuple juif étaient souverains sur cette terre précise il y a de cela environ 2000 ans. Eux, juifs d'aujourd'hui, ne font donc que reprendre ce qui appartenait à leurs ancêtres, car ce sont les Romains qui avaient chassé ceux-ci de Jérusalem.
Ou bien ils disent qu'il y a eu un plan de partage (celui de 1922) qui leur avait accordé le droit sur une région plus vaste que celle qu'occupe actuellement leur Etat.
Theodor Herzl avait bien, pour y créer l'Etat des juifs (Der Judenstaat), proposé à un moment l'Ouganda (tout en précisant que l'Ouganda n'est pas Sion et ne sera jamais Sion), mais le Congrès sioniste refusa toute autre proposition que celle visant ce qu'ils appellent "Canaan". Cela fut refusé soit sur la base de la croyance religieuse suscitée, soit sur la base de l'histoire ; toujours est-il que la fondation d'un Etat pour les juifs s'est faite sur une terre musulmane...

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Pareillement, du côté d'un certain nombre de musulmans de Palestine
qui luttent pour empêcher la conquête (que celle-ci soit faite par des juifs sur la base d'une croyance religieuse, ou pas) de nouveaux pans de leur territoire, il y a aussi référence à une donnée religieuse : ils ont comme croyance que Dieu a conféré, aux musulmans de la partie de la Dâr ul-islâm qui est envahie et occupée, le droit et le devoir de se mobiliser pour repousser l'envahisseur. Et ils disent que, en plus, dans le cas présent, il s'agit de la partie de la Dâr ul-islâm qui entoure la Mosquée Al-Aqsâ, le troisième lieu le plus saint pour l'islam.
Quant à certains autres musulmans de Palestine qui luttent pour empêcher la même chose, ils ne se fondent pas pour cela sur une donnée religieuse, mais sur une donnée purement humaine : ils défendent la terre de leurs ancêtres, son indépendance et son identité culturelle ancestrale.

Mais en fait, du côté des musulmans qui fondent leur lutte sur une donnée religieuse, les choses sont encore plus nuancées que cela, car repousser l'envahisseur ou l'occupant est un droit et un devoir reconnu par :
--- non pas seulement l'éthique de l'islam, cette éthique particulière que nous musulmans appelons : Shar'î,
--- mais aussi l'éthique humaine universelle : cette éthique universelle que nous musulmans appelons : 'Aqlî.

Alors que du côté de ceux des juifs qui fondent leur implantation sur l'éthique de la Torah, il n'y a pas aussi dans l'éthique humaine universelle que si tes ancêtres étaient maîtres d'un territoire il y a de cela presque 2000 ans, toi et les autres descendants vous pouvez réclamer cela, même si d'autres que tes proches en ont pris possession entretemps. L'éthique humaine universelle ne dit rien de tel, et ce que ces juifs précis disent ne se fonde sur rien d'autre que sur une éthique d'origine religieuse. Voir la vidéo du rabbin Ron Chaya suscitée : il le dit explicitement.

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En tous cas le conflit actuel n'est pas "un conflit religieux". Ce n'est pas un conflit entre les musulmans, et les juifs du monde entier.
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En savoir plus au sujet de la légitime défense, "دَفْعُ الصائل" :

L'islam enseigne qu'il est légal (mashrû') de défendre sa personne, sa famille et ses biens lorsque quelque chose de ceux-ci sont agressés ('udwânan wa zulman).

En effet, il est alors légal (mashrû') de repousser l'agresseur par le moindre moyen qui fera cesser son agression (bi as'hali mâ yumkinu daf'uhû bihî) : c'est-à-dire que le cambrioleur, il n'est pas autorisé de prendre les armes pour le tuer, il faut le repousser par le moindre moyen qui lui fera cesser la violation de domicile (Al-Mughnî 12/473).

Lire : En savoir plus à propos des cas de "légitime défense", "دَفْعُ الصائل" (littéralement : "repousser l'agresseur").

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3 cas de figure existent quant au musulman de la Dâr ul-islâm dont la terre est envahie et qui lutte pour repousser l'envahisseur
:

--- 1) soit il lutte avec la perspective que c'est là une terre d'Islam, et donc une terre où c'est l'Islam qui est le référent : il lutte donc non pas seulement pour repousser l'envahisseur et préserver sa terre et ses biens, mais également pour préserver le fait que c'est l'Islam qui est le référent de sa terre ; celui-là est "dans le chemin de Dieu" ;
--- 2) soit il lutte pour repousser, de la terre où il habite, l'agresseur, et ce :
----- 2.1) sans autre perspective ; ce musulman-là n'est pas dans le chemin de Dieu, et ce par rapport à l'absence d'intention dînî, mais ce qu'il fait est malgré tout légal (mashrû') : il est dans un cas de pur "دَفْعُ الصائل", "repousser l'agresseur" ; s'il meurt lors de cet effort, il meurt martyr (à condition qu'il se trouve dans la disposition intérieure "3.2" ou "4" citée dans notre article sur les intentions) ;
----- 2.2) avec, ensuite, le projet d'établir autre chose que l'Islam comme référent sur cette terre, là son intention est mauvaise.

En l'an 3 de l'hégire, aux Hypocrites (en apparence c'étaient aussi des Musulmans) qui s'en retournaient pour ne pas combattre l'agresseur mecquois arrivé aux portes de Médine, quelqu'un alla leur dire ce que Dieu relata plus tard ainsi :
"وَقِيلَ لَهُمْ تَعَالَوْاْ قَاتِلُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ أَوِ ادْفَعُواْ"
:
"Et il leur a été dit : "Venez, combattez dans le chemin de Dieu, ou (au moins) repoussez !""
(Coran 3/167).
Il s'agit bien des deux cas de figure 1 et 2.1 : "Si vous ne repoussez pas ces agresseurs de cette terre pour la cause du Dîn, eh bien venez les repousser au moins de la terre où vous habitez, pour la cause du Dunyâ : par rapport à vos biens ; et surtout par rapport à vos épouses et filles, car celles-ci risquent, en cas de victoire de l'ennemi, d'être emportées en captives"... (c'est l'un des tafsîrs : cf. Zâd ul-massîr).

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Ecrits de 2 grands ulémas quant au fait de repousser l'agresseur d'une terre musulmane :

Ibn ul-'Uthaymîn écrit :
"قوله: "في سبيل الله": ضابطه أن يقاتل لتكون كلمة الله هي العليا، لا للحمية أو الوطنية أو ما أشبه ذلك. لكن إن قاتل وطنية وقصد حماية وطنه لكونه بلدا إسلاميا يجب الذود عنه، فهو في سبيل الله. وكذلك من قاتل دفاعا عن نفسه أو ماله أو أهله؛ فإن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "من قتل دون ذلك، فهو شهيد." فأما من قاتل للوطنية المحضة فليس في سبيل الله؛ لأن هذا قتال عصبية يستوي فيه المؤمن والكافر، فإن الكافر يقاتل من أجل وطنه" :
""Etre dans le chemin de Dieu" : le critère pour cela est que la lutte soit faite pour que la parole de Dieu soit la plus élevée, et pas par esprit de clan, par patriotisme ou chose semblable.
Mais si (le musulman) lutte par patriotisme en ayant l'objectif de défendre sa patrie parce que celle-ci est une terre musulmane qu'il faut défendre, alors il est (aussi) dans le chemin de Dieu.
De même en est-il de celui qui lutte pour défendre sa personne, ou ses biens, ou sa famille, car le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, a dit : "Celui qui est tué en défendant cela est martyr."
Quant à celui qui lutte par patriotisme pur, celui-là n'est pas dans le chemin de Dieu, car c'est là une lutte clanique, par rapport à laquelle il n'y a pas de différence entre un musulman et un non-musulman : ce dernier aussi lutte pour sa patrie"
(Al-Qawl ul-mufîd, p. 726).

Ibn ul-'Uthaymîn exprime le même propos par ces termes également :
"فإن قاتل لأجل الوطن: فمن قاتل لأنه وطن إسلامي تجب حمايته وحماية المسلمين فيه، فهذه نية إسلامية صحيحة. وإن كان للقومية أو الوطنية فقط، فهو حمية وليس في سبيل الله. وقوله: "في سبيل الله": تشمل النية والعمل. فالنية: سبقت. والعمل: أن يكون الغزو في إطار دينه وشريعته، فيكون حسبما رسمه الشارع" : ici il dit de plus que pour être dans le chemin de Dieu il faut que la lutte soit également menée dans le cadre de ce que la Shar' a tracé (Ibid., p. 1067).

Al-Qaradhâwî écrit quant à lui :
"وإذا كان جهاد الصحابة والتابعين من أجل دعوة الإسلام [لإزالة القوى الطاغية المتجبرة التي صدت عن سبيل الله بالعنف، وقاومت دعوةَ الله بالسيف، وقتلَتْ دُعاتَها بالظلم والغدر]، فإن جهاد نور الدين وصلاح الدين وقطز من أجل دار الإسلام. والجهاد كما يفرض لحماية العقيدة الإسلامية، يفرض لحماية الأرض الإسلامية. والعقيدة الإسلامية كالأرض الإسلامية، كلتاهما يجب أن تحفظ وتصان من كل عدوان. وإنما نزلت الأرض هذه المنزلة وجعل الدفاع عنها عبادة وفريضة مقدسة، لأنها "دار الإسلام" وحماه ووعاؤه، لا مجرد أنها أرض الآباء والأجداد. فالمسلم قد يهجر وطن آبائه وأجداده، على حبه له وتعلقه به، إذا لم يكن للإسلام فيه راية ترفع ولا كلمة تسمع؛ كما فعل الرسول وأصحابه حين تركوا مكة مهاجرين في سبيل الله" :
"Et si la lutte (armée) qu'ont menée les Compagnons et leurs Suivants était pour la cause de la Da'wat ul-islâm (face à l'empêchement), la lutte de Nûr ud-dîn, de Salâh ud-dîn (Saladin) et de Qutuz était (quant à elle) pour la cause de la Dâr ul-islâm. Et comme la lutte a été instituée pour protéger la croyance musulmane, elle est instituée pour protéger la terre musulmane.
Croyance musulmane et Terre musulmane, toutes deux doivent être protégées de l'agression.
Si la terre a obtenu cette place, et si la défendre a été considéré comme un acte cultuel et un devoir sacré, c'est parce qu'elle est terre d'islam : son abri ; et pas parce qu'elle est seulement terre des pères et des grands-pères.
(Au contraire), il arrive que le musulman quitte la terre de ses pères et grands-pères, malgré toute l'affection qu'il lui porte et tout l'attachement qu'il éprouve pour elle, lorsque l'islam n'y a aucun étendard élevé ni parole écoutée. Comme le Messager (sur lui soit la paix) et ses Compagnons, quand ils ont quitté La Mecque, émigrant dans le chemin de Dieu"
(Fiqh uz-zakât, pp. 705-707). Voir aussi p. 941.

Les différents cas de lutte armée sont visibles, avec les versets coraniques, dans notre article : La paix est ce que nous souhaitons – Les différents cas de combat (défensif /offensif) évoqués dans le Coran : la lutte armée purement défensive (difâ') y est numérotée : B1 ; et l'offensive (iqdâm) : B5.
--- Ce que al-Qaradhâwî désigne ici par "la lutte (armée) qu'ont menée les Compagnons et leurs Suivants" relève du cas B5, iqdâm,
--- et ce qu'il évoque comme "la lutte de Nûr ud-dîn, de Salâh ud-dîn (Saladin) et de Qutuz" constitue le cas B1, difâ'.

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Que le conflit actuel entre Palestiniens et Israéliens n'est pas dû au fait que ce sont des juifs, al-Qaradhâwî l'a exprimé ainsi :

Il parle ici en tant que membre de la grande nation arabe, s'identifiant donc émotionnellement avec les Arabes de Palestine, et c'est pourquoi il dit : "nous" :
"جهادنا مع اليهود ليس لأنهم يهود. بعض الأخوة الذين يكتبون في هذه القضية ويتحدثون عنها يعتبرون أننا نقاتل اليهود لأنهم يهود. ولا نرى هذا، فنحن لا نقاتل اليهود من أجل العقيدة؛ إنما نقاتلهم من أجل الأرض. لا نقاتل الكفار لأنهم كفار؛ وإنما نقاتلهم لأنهم اغتصبوا أرضنا وديارنا وأخذوها بغير حق"
:
"Notre lutte avec ces juifs (Israéliens) n'a pas lieu parce qu'ils sont juifs. Certains frères qui écrivent et parlent à ce sujet croient que nous combattons contre ces juifs parce qu'ils sont juifs. Nous ne voyons pas les choses ainsi. Nous ne combattons pas ces juifs à cause de la (différence) de croyances religieuses. Nous ne les combattons qu'à cause de la terre. Nous ne combattons pas ces non-musulmans parce qu'ils sont non-musulmans. Nous ne les combattons que parce qu'ils ont usurpé notre terre et nos demeures"
(propos célèbre tenu en 1415/ 1995).

Il est interdit, aujourd'hui comme hier, de contraindre des non-musulmans à se convertir à l'islam. Cela est certain.

Le propos que al-Qaradhâwî tient ici est quant à lui à replacer dans son contexte : il parle d'aujourd'hui : son propos concerne aujourd'hui, cette époque où des traités de non-agrandissement des territoires ont été signés par les pays musulmans aussi. L'article défini (lâm) qu'il emploie devant le nom "al-Yahûd" est un lâm li-l-'ahd (il s'agit plus précisément encore d'un lâm de "العهد الذهني").

Ibn Taymiyya affirme au sujet des grands ulémas, parmi lesquels Ahmad ibn Hanbal, que si certains de leurs propos sont d'ordre général et ont une portée universelle, certains autres de leurs propos sont à comprendre uniquement à la lumière de la situation de celui qui a posé la question ou par rapport à la situation de celui au sujet de qui la question a été posée. Il écrit : "وكثير من أجوبة الإمام أحمد وغيره من الأئمة خرج على سؤال سائل قد علم المسئول حاله أو خرج خطابا لمعين قد علم حاله؛ فيكون بمنزلة قضايا الأعيان الصادرة عن الرسول صلى الله عليه وسلم" : "De nombreuses réponses de l'imam Ahmad et d'autres imams que lui ont été données suite à la question posée par une personne dont [l'imam Ahmad] questionné connaissait la situation, ou ont été données comme propos tenu à une personne précise dont la situation était connue. Cela est comme les jugements relatifs à des personnes précises ayant été émis par le Messager, que Dieu le bénisse et le salue" (MF 28/213).

C'est ce qui s'est produit avec al-Qaradhâwî ici : il a voulu dire qu'aujourd'hui, en vertu de la signature de traités de non-agrandissement des territoires, il n'est pas légal pour les musulmans de mener un combat offensif pour faire devenir d'autres terres "Dâr ul-islâm" (Le traité de paix conclu entre un pays musulman et un pays non-musulman est-il valide s'il ne comporte aucune durée déterminée ?). Dès lors, si, au début du XXè siècle grégorien, des juifs avaient établi leur Etat par exemple en Ouganda (comme cela leur avait été proposé) et pas en Palestine (comme cela a été finalement retenu par leur congrès), il n'y aurait pas aujourd'hui un conflit israélo-arabe, mais un conflit israélo-bantou (par exemple). Des musulmans arabes auraient bien sûr exprimé une position sur le sujet, auraient apporté une aide humanitaire aux personnes déplacées. Mais est-ce qu'un musulman arabe serait alors allé, "sautant" tous les autres pays africains, combattre ces colons, au prétexte que "Les autres Etats je m'en fiche, les chrétiens je m'en fiche, les animistes je m'en fiche, les hindous je m'en fiche, les bouddhistes je m'en fiche, les athées je m'en fiche. Mais des juifs établis dans un Etat souverain, ça je ne peux pas supporter, eux je vais les combattre où qu'ils soient" ? Bien sûr que non.

C'est ce que al-Qaradhâwî veut dire : le conflit israélo-arabe est un conflit pour cause d'occupation d'une terre qui fait partie de la Dâr ul-islâm. Il s'agit d'un conflit qui, du point de vue des musulmans, est purement défensif, difâ' (B1). La lutte armée purement défensive n'est pas mentionnée en Coran 9/29 (car ce verset parle, lui, d'offensive, iqdâm, B5), mais en Coran 3/121-122, 139-175 (ces versets évoquant l'épisode de Uhud) et en Coran 33/9-27 (passage parlant de l'épisode du Fossé, des Coalisés) : là ce sont des cas de lutte purement défensive, difâ' (B1).

Lire aussi cet article : Les Palestiniens devraient-ils quitter leur terre et émigrer dans la Dâr ul-islâm ?

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Il ne faut pas importer le conflit israélo-palestinien ailleurs sur Terre : ce n'est pas un conflit entre les musulmans, et les juifs de la Terre.

Par contre, oui, si des sionistes (juifs ou non-juifs) défendent le droit de l'Etat d'Israël d'occuper, il s'agit pour nous de contredire leurs dires par la parole (verbale ou écrite), sans insultes, mais avec des arguments rationnels.
Par ailleurs, aider nos frères et soeurs palestiniens se fait par les invocations adressées à Dieu en leur faveur.
Personnellement j'ai également recours au boycott des produits de l'Etat d'Israël, de même que des produits des compagnies dont il est prouvé qu'elles reversent de l'argent à l'armée de cet Etat.
Mais il ne s'agit pas d'importer le conflit ailleurs qu'en Palestine, ni de s'en prendre à des juifs.

Comme nous l'avions écrit dans un article précédent :

Ces 3 règles ont été lues. Mais un malentendu est demeuré à leur sujet chez certains coreligionnaires : ils ont cru que cela englobe, par exemple dans le cas de l'Etat d'Israël, tous les juifs de la planète. Pour eux, si l'Etat d'Israël rompt les clauses de la trêve et agresse les musulmans de Palestine, il est devenu autorisé que, ailleurs dans le monde (par exemple en France, en Belgique, en Tunisie, ou autre), des musulmans attaquent des juifs !

Alors que lorsque la règle citée plus haut dit que toute la cité devient Muhâriba par la violation du traité de paix par le dirigeant, elle parle de l'ensemble de l'entité politique. Elle ne dit pas que tous ceux qui sont de la même religion, ou approuvent ce que le dirigeant de cette cité a fait mais vivent dans une autre entité, tous ceux-là seront combattus par les armes. Au contraire, quand le Prophète a eu à faire face à la première rupture du pacte, par la tribu juive des Banû Qaynuqâ', il n'a pas considéré que la tribu juive des Banu-n-Nadhîr aussi, et celle des Banû Qurayza également, étaient entrés en état de belligérance avec lui. Pourtant, ces trois tribus habitaient dans le voisinage, à Médine même. Mais vu qu'elles constituaient des entités politiques différentes, la rupture du pacte par l'une d'elles n'a pas entraîné que les autres aussi soient devenues Muhâriba. Pareillement, le conflit armé actuel se déroule sur le sol de la Palestine, entre des occupés et des occupants, des envahis et des envahisseurs (malgré tous les sourires officiels, les belles paroles de "volonté de paix" et les grandes invitations à "s'asseoir à la table des négociations") ; il s'agit donc d'un cas B1. Mais ce n'est pas un conflit entre les musulmans, et les juifs du monde entier.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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