Non, il n'est pas inutile de rappeler à des musulmans le Tawhîd ullâh fi-r-Rubûbiyya, comme le font les frères du mouvement Tablîgh... Cependant, ce n'est pas là tout le Tawhîd ullâh...

On trouve l'affirmation suivante chez certains critiques du mouvement Tablîgh :

"Les gens du Tablîgh rappellent toujours le tawhîd ullâh fi-r-rubûbiyya : "C'est Allah qui fait pleuvoir, c'est Allah qui donne la nourriture, etc."

Or, le tawhîd ur-rubûbiyya, même les Quraysh polythéistes le possédaient, puisqu'Allah dit d'eux : "وَلَئِن سَأَلْتَهُم مَّن نَّزَّلَ مِنَ السَّمَاء مَاء فَأَحْيَا بِهِ الْأَرْضَ مِن بَعْدِ مَوْتِهَا لَيَقُولُنَّ اللَّهُ! قُلِ الْحَمْدُ لِلَّهِ! بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يَعْقِلُونَ" : "Et si tu leur demandes : "Qui a fait descendre du ciel une eau, puis a fait (re)vivre par elle la terre après que celle-ci soit morte ?", ils diront : "C'est Allah"" (Coran 29/63).

N'en parlons plus des musulmans !

Cela ne sert donc à rien de rappeler à des musulmans que c'est Allah Seul qui gère toute chose et qui fait se réaliser toute chose.

C'est de tawhîd ul-ulûhiyya qu'il faut parler, car tous ceux qui adhèrent à l'islam ne le possèdent pas, soit pas dans sa perfection obligatoire (bi kamâlihi-l-wâjib), soit même pas dans son fondement (bi aslihî), vu qu'ils tombent dans le shirk akbar billâh."

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Réponse, de ma part, à cette critique :

 Au préalable, un petit rappel :

--- il y a aslu tawhîd illâh (أصل توحيد الله), le minimum du tawhîd ; y avoir un manquement constitue du shirk akbar ;
--- et il y a kamâlu tawhîd illâh, al-wâjib (كمال توحيد الله الواجب), la perfection obligatoire du tawhîd ; y avoir un manquement constitue du shirk asghar.

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Oui, c'est vrai :

Tout le tawhîd ullâh ne se résume pas à tawhîd ullâh fi-r-rubûbiyya : car ce n'est là qu'une partie de l'ensemble de tawhîd ullâh fi-l-ulûhiyya. Le second englobe et dépasse le premier, alors que l'inverse n'est pas vrai.
Mullâ 'Alî al-Qârî écrit : "والحاصل أنه يلزم من توحيد العبودية توحيد الربوبية، دون العكس في القضية" : "Le résumé est que le tawhîd ul-'ubûdiyya implique le tawhîd ur-rubûbiyya, alors que l'inverse n'est pas vrai" (Shar'h ul-fiqh il-akbar, p. 22).

Il y a donc des cas où l'on trouve du shirk billâh fî ulûhiyyatihî sans que ce soit aussi du shirk billâh fî rubûbiyyatihî.

En voici 3 exemples :
--- a) l'homme qui croit bien que c'est Dieu Seul qui gère tout ce qui se passe dans l'univers (ce qui fait que cet homme adhère à aslu tawhîd illâh fi-r-rubûbiyya), mais croit parallèlement qu'un autre que Dieu a la faculté d'entendre et de voir tout, partout, directement ;
--- b) passant près d'un peuple idolâtre, des gens de son peuple demandèrent au prophète Moïse (sur lui soit la paix) : "Désigne-nous une divinité comme eux ont des divinités" (Coran 7/138-139). Ar-Râzî écrit qu'ils ne demandèrent pas à Moïse de leur désigner autre chose que Dieu comme Créateur et Gérant de l'univers (Rabb), car celui qui est créateur et gérant l'est, sans que cela dépende de la désignation de Moïse (or ils avaient dit à ce dernier : "Désigne-nous une divinité"). Ils demandèrent en fait à Moïse de leur désigner quelque chose [d'accessible aux sens], à quoi ils rendraient le culte (dont ils feraient donc un Ilâh), comme les gens près de qui ils étaient passés en avaient, mais avec l'idée que le fait de rendre un culte à cette chose les rapproche de Dieu, dont ils reconnaissaient qu'Il est le seul Créateur et Gérant de l'univers (Rabb).
--- c) Iblîs est devenu kâfir (bi kufr akbar) : il avait réfuté le bien-fondé d'un hukm tashrî'î de Dieu (Iblîs s'est alors enorgueilli, istakbara, et s'est mis à l'égal de Dieu dans Sa ulûhiyya). Par contre il n'a pas réfuté la moindre chose de tawhîd ur-rubûbiyya.

Lire notre article consacré à tawhîd ur-rubûbiyya et tawhîd ul-ulûhiyya.

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Par contre, non, ce que vous avez affirmé est faux :

Tous les Polythéistes existant sur la Terre ne possèdent pas Aslu Tawhîd ir-Rubûbiyya.
Dieu relate ceci : "قَالُواْ يَا هُودُ مَا جِئْتَنَا بِبَيِّنَةٍ وَمَا نَحْنُ بِتَارِكِي آلِهَتِنَا عَن قَوْلِكَ وَمَا نَحْنُ لَكَ بِمُؤْمِنِينَ. إِن نَّقُولُ إِلاَّ اعْتَرَاكَ بَعْضُ آلِهَتِنَا بِسُوَءٍ" : "Ils dirent : "O Hûd ! Tu ne nous as pas apporté de preuve ! Nous n'en sommes pas à délaisser nos divinités à cause de ton propos. Nous n'en sommes pas à croire en toi. Nous ne disons rien d'autre que : "L'une de nos divinités t'a frappé d'un mal !"" (Coran 11/53-54). Ces polythéistes croyaient bien leurs divinités capables de causer du tort (de façon autonome par rapport à Dieu) à celui qui dit qu'elles n'ont rien de divin et que Dieu Seul mérite l'adoration. Ils ne croyaient donc pas que Dieu Seul gère chaque événement de l'univers.
Ibn Abi-l-'Izz écrit ainsi :
"ولما كان الشرك في الربوبية معلوم الامتناع عند الناس كلهم باعتبار إثبات خالقين متماثلين في الصفات والأفعال (وإنما ذهب بعض المشركين إلى أنَّ ثَمَّ خالِقا خَلَقَ بعضَ العالَم؛ كما يقوله الثنوية في الظلمة؛ وكما يقوله القدرية في أفعال الحيوان؛ وكما يقوله الفلاسفه الدهرية في حركة الأفلاك أو حركات النفوس أو الأجسام الطبيعية؛ فإن هؤلاء يثبتون أمورا محدثة بدون إحداث الله إياها، فهم مشركون في بعض الربوبية؛ وكثير من مشركي العرب وغيرهم قد يظن في آلهته شيئا من نفع أو ضر بدون أن يخلق الله ذلك؛ فلما كان هذا الشرك في الربوبية موجودا في الناس، بيَّن القرآنُ بطلانَه" (Shar'h ul-'aqida at-tahâwiyya, 1/38-39).
Nous avons démontré cela dans notre article : Les Mushrikûn n'adhèrent pas tous à toute la "aslu tahwîd ir-rubûbiyya".

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Et, non, une autre de vos affirmations est également fausse :

Il n'est pas inutile de rappeler tawhîd ur-rubûbiyya à ceux qui se disent "musulmans".

Le fait est que parmi tous ceux qui se réclament de l'islam :

il y en a qui, par grande ignorance, croient que des saints défunts sont capables de réaliser certaines choses pour eux (les guérir, etc.) : c'est là une croyance de shirk akbar, qui est due à un manquement dans aslu tawhîd ir-rubûbiyya. Il faut leur expliquer, leur faire iqâmat ul-hujja.
Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "أربع في أمتي من أمر الجاهلية، لا يتركونهن: الفخر في الأحساب، والطعن في الأنساب، والاستسقاء بالنجوم، والنياحة" : ici il a dit entre autres choses que "demander la pluie aux étoiles" relève des "actions de la période pré-islamique" que certaines personnes de sa "Umma ne délaisseront pas" (Muslim, 934).
Ibn ul-'Uthaymîn écrit que :
--- le fait d'invoquer l'étoile pour lui demander la pluie constitue du shirk akbar fi-l-'ibâda, qui sous-tend du shirk akbar fi-r-rubûbiyya, vu que n'invoque l'étoile pour cela que celui qui croit que c'est l'esprit de l'étoile qui gère la pluie ("أن يدعو الأنواء بالسقيا، كأن يقول: "يا نوء كذا! اسقنا أو أغثنا"، وما أشبه ذلك؛ فهذا شرك أكبر (...) في العبادة، لأن الدعاء من العبادة؛ وهو متضمن للشرك في الربوبية، لأنه لم يدعها إلا وهو يعتقد أنها تفعل وتقضي الحاجة") ;
--- le fait de ne pas invoquer l'étoile mais de considérer qu'elle gère la pluie de façon autonome, cela constitue du shirk akbar fi-r-rubûbiyya ("أن ينسب حصول الأمطار إلى هذه الأنواء على أنها هي الفاعلة بنفسها دون الله، ولو لم يدعها؛ فهذا شرك أكبر في الربوبية") (Al-Qawl ul-mufîd, pp. 597-598).

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et il y en a d'autres qui, malgré qu'ils croient bien que c'est Dieu qui gère toute chose, ont des manquements dans kamâlu tawhîd ir-rubûbiyya al-wâjib, et tombent dans le shirk asghar :

--- soit qu'ils établissent, par mauvaise considération des choses, comme cause matérielle pour tel effet matériel, ce que Dieu n'a nullement établi comme cause de cet effet (ce qui constitue du shirk asghar). Ibn ul-'Uthaymîn écrit : "كل مَن جعل سببا لم يجعله الله سببا، لا بوحيه ولا بقدر، فهو مشرك شركا أصغر" : Al-Qawl ul-mufîd, p. 598) ;

--- soit que les causes matérielles que Dieu a dûment établies comme causes matérielles de tel effet matériel, ils ont une confiance excessive en ces causes ; c'est alors aussi du shirk asghar.
"قال ابن عباس في الآية: "الأنداد هو الشرك، أخفى من دبيب النمل على صفاة سوداء في ظلمة الليل؛ وهو أن تقول: "والله وحياتك يا فلان وحياتي." وتقول: "لولا كليبة هذا لأتانا اللصوص، ولولا البط في الدار لأتانا اللصوص"، وقول الرجل لصاحبه: "ما شاء الله وشئت"، وقول الرجل: "لولا الله وفلان، لا تجعل فيها فلانا". هذا كله به شرك" رواه ابن أبي حاتم" : Ibn Abbâs a ici expliqué qu'une certaine forme d'associationnisme était plus dissimulée ("akhfâ") que la marche de la fourmi sur une pierre noire dans une nuit sombre. Il a cité ensuite parmi plusieurs cas de ce shirk (asghar) le fait de dire : "Sans le canard dans la (cour de la) demeure, les cambrioleurs seraient venus chez nous", etc. (rapporté par Ibn Abî Hâtim, cité dans Kitâb ut-tawhîd, p. 118).
Dire "Sans le canard (ou l'alarme), les cambrioleurs seraient venus chez nous", cela n'est pas interdit de façon absolue (même s'il est mieux de dire : "Sans Dieu, puis le canard, etc."). Ce qui est interdit, c'est prononcer ce propos quand celui-ci exprime une confiance excessive (i'timâd muf'rit) accordée à ce  moyen matériel. Une telle confiance excessive constitue un manquement dans le tawhîd ullâh, al-kâmil ul-wâjib, et donc un shirk asghar.

On voit ici de façon évidente que, par rapport à ces manquements (du premier ou du second types) existant dans l'ensemble de ceux qui se réclament de l'islam, il est faux de dire qu'il est inutile de rappeler à des musulmans le tawhîd ur-rubûbiyya.

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Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) lui-même a rappelé un aspect du Tawhîd ur-rubûbiyya à un Compagnon :

En effet, il a rappelé à Ibn Abbâs (que Dieu l'agrée) de remettre sa confiance à Dieu :
"عن ابن عباس، قال: كنت خلف رسول الله صلى الله عليه وسلم يوما، فقال: "يا غلام إني أعلمك كلمات. احفظ الله يحفظك، احفظ الله تجده تجاهك. إذا سألت فاسأل الله، وإذا استعنت فاستعن بالله، واعلم أن الأمة لو اجتمعت على أن ينفعوك بشيء لم ينفعوك إلا بشيء قد كتبه الله لك، ولو اجتمعوا على أن يضروك بشيء لم يضروك إلا بشيء قد كتبه الله عليك، رفعت الأقلام وجفت الصحف"
:
"… Lorsque tu demandes (quelque chose), demande à Dieu. Et lorsque tu demandes l'aide, demande l'aide à Dieu. Et sache que si toute l'humanité se réunissait pour te faire du bien, elle ne pourrait te faire du bien que par ce que Dieu a déjà prédestiné pour toi ; et si elle se réunissait pour te faire du tort, elle ne pourrait te faire du tort que par ce que Dieu a déjà prédestiné pour toi…"
(rapporté par at-Tirmidhî, n° 2516).
Or la croyance en la prédétermination (taqdîr) relève elle aussi du tawhîd ullâh (voir Shar'h ul-'aqîda at-tahâwiyya, 1/320-324 ; 2/358).
En fait le Prophète n'enseignait pas ici à Ibn Abbâs une croyance qu'il ignorait jusqu'alors, par rapport à tawhîd ur-rubûbiyya.
Il lui rappelait cette vérité que, en tant que croyance ('aqîda), il connaissait déjà, en voulant l'enjoindre ici de se fonder sur cette croyance déjà acquise pour, concrètement, parvenir à s'en remettre, dans son for intérieur (qalb wa 'aql) comme dans ses actions concrètes ('amal), à Dieu, ne redoutant plus de façon trop importante d'éventuels malheurs que le futur pourrait lui apporter, et ne demandant plus des choses matérielles dont il a besoin qu'à Dieu et pas aux personnes vivantes.
D'ailleurs, demander quelque chose de matériel à quelqu'un, cela peut se faire dans une certaine dimension ; mais ici le Prophète enjoignait à Ibn Abbâs de ne demander qu'à Dieu. Demander l'aide de quelqu'un, cela peut également se faire dans une certaine dimension ; mais ici le Prophète recommandait à Ibn Abbâs de ne demander l'aide qu'à Dieu.

Par ailleurs, Dieu Lui-même a reproché à des musulmans d'avoir, à Hunayn, placé leur confiance excessive sur leur supériorité numérique et d'avoir oublié que l'aide vient de Dieu : "لَقَدْ نَصَرَكُمُ اللّهُ فِي مَوَاطِنَ كَثِيرَةٍ وَيَوْمَ حُنَيْنٍ إِذْ أَعْجَبَتْكُمْ كَثْرَتُكُمْ فَلَمْ تُغْنِ عَنكُمْ شَيْئًا وَضَاقَتْ عَلَيْكُمُ الأَرْضُ بِمَا رَحُبَتْ ثُمَّ وَلَّيْتُم مُّدْبِرِينَ" (Coran 9/25).
C'était là aussi un manquement dans kamâlu tawhîd illâh fi-r-rubûbiyya.

Les frères du Tablîgh ont donc raison de rappeler que sa confiance absolue, il faut la placer en Dieu, même à propos des affaires terrestres liées par un lien de causalité établi : le monothéisme complet et obligatoire (at-tawhîd al-kâmil al-wâjib) en dépend.

Ibn Abbâs rapporte également que le Prophète a enseigné l'invocation suivante : "عن ابن عباس، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم، كان يقول: "اللهم لك أسلمت، وبك آمنت، وعليك توكلت، وإليك أنبت، وبك خاصمت. اللهم إني أعوذ بعزتك، لا إله إلا أنت، أن تضلني. أنت الحي الذي لا يموت، والجن والإنس يموتون" : "O Dieu, à Toi je me suis soumis, en Toi j'ai apporté foi, en Toi j'ai placé ma confiance, vers Toi je suis revenu et par Toi j'ai discuté. O Dieu, je cherche protection auprès de Ta Gloire – il n'y a pas de divinité en dehors de Toi – contre le fait que Tu m'égares. Tu es le Vivant qui ne meurt pas, alors que les djinns et les humains meurent" (rapporté par Muslim, n° 2717).

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Par contre, et toujours à propos de Tawhîd ur-rubûbiyya, j'ai deux humbles conseils à formuler à l'attention d'un certain nombre de frères du Tablîgh (surtout de La Réunion) :

--- 1) Ne pas manquer à parler aussi du tawhîd ullâh fi-l-ulûhiyya :

En effet, il ne faut pas parler seulement de tawhîd ur-rubûbiyya, cela menant à ce qu'on nie qu'il y a des cas de shirk billâh (akbar ou asghar) qui ne sont pas en relation avec la rubûbiyya.
Ainsi, il est certains frères du Tablîgh (et pas des moindres) qui sont tels que, si tu dis devant eux dans un discours que "Conférer à un autre que Dieu la prérogative de légiférer de façon absolue, cela constitue du shirk akbar billâh", ou : "Donner à sa personne trop d'importance par rapport aux autres et par rapport à la vérité, cela constitue du shirk asghar", ou encore : "Aimer excessivement quelque chose de façon indépendante par rapport à l'amour pour Dieu, cela constitue du shirk asghar", si tu dis l'une de ces paroles, tu peux être certain (par expérience maintes fois répétée) que ces frères diront de toi : "Il dit n'importe quoi ! Cela ne contredit en aucune façon "لآ اِلَـهَ اِلا الله" (ni dans son minimum ni dans sa perfection), puisque ce n'est pas là renier que c'est Allah qui fait tout se réaliser !". Pour eux, "لآ اِلَـهَ اِلا الله" signifie donc exclusivement : "لا ربّ اِلا الله" ("Rabb" au sens particulier de "Mudabbir") !

--- 2) Ne pas faire d'excès dans l'exposé des implications du tawhîd ullâh fi-r-rubûbiyya :

Il ne faut pas insister sur tawhîd ullâh fi-r-rubûbiyya au point de faire la négation (dans la pratique ou en théorie) des causes (asbâb) que Dieu a dûment mises en place, traitant alors de shirk (asghar, voire parfois akbar) toute mention de cause (sabab).
Il est certains frères du Tablîgh (et pas des moindres) qui te disent (cela a été entendu récemment) : "Si tu dis que c'est un front de haute pression atmosphérique qui fait qu'il ne pleut actuellement pas, tu dis là un propos relevant de l'athéisme ! Car c'est Allah qui fait, et pas tel élément atmosphérique !" Alors que, en vérité, c'est si la personne ne croit pas du tout en Dieu Gérant l'Univers que cela est de l'athéisme ; et c'est si la personne croit en Dieu mais l'a relégué à l'arrière plan que cela est interdit ; sinon, si la personne exprime seulement là la cause dont le lien est dûment établi, et le fait en gardant en son intérieur que c'est Dieu qui a créé et qui gère les causes, ce propos reste autorisé (jâ'ïz). Tout dépend donc de la perception de la personne qui tient ce propos. Lire notre article : Il existe une réelle causalité entre les choses de ce monde : telle cause entraîne tel effet, et possède donc une réelle incidence. Cela ne constitue ni une illusion ni un effet d'optique. - Reconnaître cela n'empêche pas de devoir croire que c'est Dieu qui gère tout (يُدَبِّرُ الله كلَّ شيء) et de devoir s'en remettre à Lui (التوكل على الله).
De même, j'ai assisté une fois à une discussion entre quelques personnes du Tablîgh où il était proposé d'aller rendre visite à un frère un peu éloigné de la pratique. L'une des personnes présentes proposa alors que l'on se rende chez ce frère sans être habillé en qamîs, car elle était déjà allé chez lui et avait eu comme expérience que ce frère s'irritait à la seule vue de ce vêtement et refusait alors d'écouter quoi que ce soit. Mais eut-elle fait cette proposition qu'une autre personne (qui venait de rentrer d'une sortie de 40 jours en Tablîgh) l'apostropha en ces termes : "C'est Allah qui fait, et pas l'habit ! Allah est capable de faire que, si on part en qamîs, le frère nous écoute, et que si on part sans qamîs, le frère ne nous écoute pas !" La discussion s'est ainsi terminée, refroidie par l'ardeur de cette personne. Ce jour là je suis resté coi devant le manque de compréhension flagrante de celle-ci. Pourquoi nier donc, au nom du Tawhîd ur-rubûbiyya, l'effet très probable de causes (asbâb) (très probables dans le cas précis de ce frère éloigné, lequel s'était déjà irrité de la vue de ce vêtement) ? En effet, car la Sunna du Prophète (sur lui soit la paix) montre ce dernier n'avoir pas hésité, lui, à modifier certains éléments de son apparence générale pour gagner les coeurs de personnes à l'islam. Nous avons démontré cela dans notre article sur la Muwâfaqa.

- En fait :

Ces deux points découlent d'un seul et même malentendu : avoir réduit le Tawhîd ullâh au seul Tawhîd ullâh fi-r-rubûbiyya
(suivant en cela ce que disent des Mutakallimûn).

C'est cette réduction qui a conduit à :
-
un manquement (celui exposé ci-dessus en 1), pensant que tout se résumait à la rubûbiyya,
- et
un excès (celui exposé en 2), pensant réaliser le kamâl alors qu'il s'agit en fait de ghuluww.

- Ce malentendu trouve son origine dans une mauvaise compréhension de certains textes du Coran et de la Sunna. Dans ces textes, en effet, figure le terme "Rabb", mais non plus avec son sens particulier de "Mudabbir", mais comme synonyme de "Ilâh", avec le sens large qui est celui de ce dernier terme. Or ces frères ont, dans ces textes aussi, appréhendé ce terme "Rabb" en son sens particulier de "Mudabbir", ce qui les a amenés à traduire "لآ اِلَـهَ اِلا الله" par exclusivement : "لا ربّ اِلا الله".

Voici quelques-uns de ces textes (ils sont d'ailleurs souvent cités dans des discours de Tablîgh) :

--- Dans le hadîth bien connu, le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit que, à l'homme qui vient d'être enterré, les Anges demandent entre autres : "من ربك؟" : "Qui est ton Rabb ?", et il faut que cet homme puisse répondre : "ربي الله" : "Mon Rabb c'est Dieu" (Muslim, 2871, at-Tirmidhî, etc.).
Il est évident qu'il s'agit, ici, du terme Rabb ayant le sens général de Ilâh, et non pas le sens particulier de Mudabbir.
Sinon cela impliquerait que le défunt qui faisait du shirk fi-l-ulûhiyya qui n'est pas aussi du shirk fi-r-rubûbiyya, celui-là pourra bien répondre que son Rabb c'est Dieu !

--- "وَإِذْ أَخَذَ رَبُّكَ مِن بَنِي آدَمَ مِن ظُهُورِهِمْ ذُرِّيَّتَهُمْ وَأَشْهَدَهُمْ عَلَى أَنفُسِهِمْ أَلَسْتَ بِرَبِّكُمْ؟ قَالُواْ بَلَى شَهِدْنَا أَن تَقُولُواْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ إِنَّا كُنَّا عَنْ هَذَا غَافِلِينَ أَوْ تَقُولُواْ إِنَّمَا أَشْرَكَ آبَاؤُنَا مِن قَبْلُ وَكُنَّا ذُرِّيَّةً مِّن بَعْدِهِمْ أَفَتُهْلِكُنَا بِمَا فَعَلَ الْمُبْطِلُونَ" :
"Et lorsque ton Seigneur prit des reins des fils de Adam leur descendance et les fit témoigner : "Ne suis-Je pas votre Rabb ? – Si, nous en témoignons" répondirent-ils. Ceci afin que vous ne puissiez pas, le jour du jugement, dire : "Nous étions ignorants de cela [le monothéisme]", ni dire : "Ce ne sont que nos ancêtres qui ont donné des associés (à Dieu) avant nous et nous étions une descendance venue après eux…"
(Coran 7/172-173).
Il est évident qu'il ne s'agit pas d'éviter de tomber dans le shirk fi-r-rubûbiyya seulement, mais dans le shirk fi-l-ulûhiyya de façon générale, et que "Rabb" a ici le même sens que "Ilâh", ou bien a le sens particulier de "Mudabbir" mais pour en déduire que, étant Seul Rabb, Il doit être pris comme Seul Ilâh.

--- Dieu évoque des Compagnons de Son Messager par ces termes : "الَّذِينَ أُخْرِجُوا مِنْ دِيَارِهِمْ بِغَيْرِ حَقٍّ إِلاَّ أَنْ يَقُولُوا رَبُّنَا اللَّهُ" :
"Ceux qui ont été expulsés de leurs demeures sans raison, si ce n'est qu'ils disent : "Notre Rabb est Dieu""
(Coran 22/40)
.
Il est de nouveau évident que, ici encore, "Rabb" a le même sens que "Ilâh".

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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