Ibn Taymiyya et Ibn ul-Qayyim ont seulement relaté que d'après leurs recherches, un second avis existerait selon lequel le Paradis n'aura pas de fin mais la Géhenne en aurait une (لم يقل ابن تيمية وابن القيم إن النار سوف تفنى؛ إنما ذكرا رأيًا منسوبًا إلى بعض السلف قد يؤيد كون الجنة تبقى والنار سوف تفنى)

Question - Objection :

"Comment peux-tu citer des avis de Ibn Taymiyya et de Ibn ul-Qayyim, alors que ces deux pseudo-savants ont contredit le consensus des vrais savants, entre autres sur la question de l'éternité de l'enfer ?

Ces deux-là ont dit que l'enfer aura une fin !"

-
Réponse :

Avant tout, il faut rappeler ici les 5 degrés dans la force avec laquelle une personne donnée adhère à un propos donné :

5) pensant que, sur telle question, tel avis est complètement erroné (fût-il fondé sur un ijtihâd sâ'ïgh), la personne affirme de façon tranchée que c'est tel autre avis qui est correct (al-jazm ma'a-l-qat' bi) (الجزم مع القطع بـ) ;
4) pensant que, sur telle question, tel avis est complètement erroné (fût-il fondé sur un ijtihâd sâ'ïgh), la personne affirme de façon ferme que c'est tel autre avis qui est correct (al-jazm bi) (الجزم) ;
3) sachant que, entre les 2 avis existant entre les ulémas sur telle question, déterminer que tel avis est correct et tel autre est erroné, cela n'est possible qu'à un niveau zannî (vu les argumentations sur lesquelles chacun repose), mais étant plus convaincue de la pertinence de l'argumentation sur laquelle s'appuie le 2nd avis, la personne donne préférence à cet avis-là en tant qu'avis correct selon elle (tarjîh) (الترجيح) ;
2)
par rapport aux 2 avis existant entre les ulémas sur telle question, la personne penche seulement vers tel avis (maylân ilâ) (الميلان إلى) ;
1) la personne affirme qu'elle est dans l'incapacité de dire lequel des avis est correct :
soit elle hésite sur la question entre tel et tel avis (taraddud) (التردّد) ; soit elle ne peut pas du tout se prononcer quant à la question (tawaqquf) (التوقف).

C'est dans les 3 premiers cas (5, 4 et 3) que la personne affirme le propos (القول بـ) véhiculé par l'avis concerné.
Par exemple elle affirme : "Telle action est obligatoire / interdite !" Ou bien : "C'est de telle façon qu'il est nécessaire de réaliser telle action !" Ou encore : "Dans l'au-delà, les choses se passeront ainsi et ainsi, puis il arrivera ceci et cela !"

Par ailleurs il y a aussi le fait qu'une personne se contente d'exposer les avis existant sur un point donné, avec les argumentations détaillées sur lesquelles chacun de ces avis repose, mais sans prendre position aucune. Il s'agit de dhikr ul-ârâ' (ذكر الآراء).

(Face à des argumentations divergentes, il y a : - les cas où on peut (et on doit) être certain de la rectitude de tel avis (الجزم مع القطع بـ) ; - les cas où il s'agit d'affirmer de façon ferme que c'est tel avis qui est correct (الجزم) ; - les cas où il s'agit de donner préférence à tel avis (الترجيح) ; - les cas où il s'agit de pencher vers tel avis (الميلان) ; - les cas où il s'agit de ne pas se prononcer (التوقف))

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Pour en revenir maintenant à la question de la fin de l'Enfer (fanâ' un-nâr) :

Ceux qui sont morts avec Asl ul-Îmân mais aussi avec des manquements dans Kamâl ul-Îmân al-Wâjib peuvent (mais Dieu peut aussi leur pardonner ces manquements) être châtiés temporairement dans la Géhenne, puis ils en seront retirés et admis au Paradis :
--- Que signifie "avoir le dîn kâmil" ("le dîn complet") ? ;
--- La Foi (الإيمان) / le Dîn est comparable à un arbre.

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Quant à ceux qui sont morts sans Asl ul-Îmân (donc dans le Kufr Akbar), le Coran dit qu'ils seront à perpétuité dans la Géhenne : "Ceux qui ont fait Kufr et sont morts en étant Kuffâr, sur eux sera l'éloignement de miséricorde (la'na) de la part de Dieu, des anges et de tous les hommes" (Coran 2/161). "Ceux qui ont fait Kufr, d'entre les Gens du Livre et les Polythéistes, seront dans le feu de la Géhenne, dans laquelle ils seront perpétuellement" (Coran 98/6).

Mais ce Feu auquel ces malheureux seront condamnés à perpétuité, comment sera-t-il : demeurera-t-il éternellement ? ou bien pourrait-il avoir une fin ?

--- La réponse connue des Ulémas est que le Feu de la Géhenne demeurera éternellement (tout comme le Paradis demeurera éternellement) (par le fait que Dieu les gardera ainsi). At-Tahâwî écrit : "والجنة والنار مخلوقتان لا تفنيان أبدا ولا تبيدان" : "Le Paradis et le Feu sont déjà créés. Jamais ils ne s'anéantiront ni ne se détruiront" (Al-'Aqîda at-Tahâwiyya, point n° 83).

--- Ibn Taymiyya n'a qu'un livret sur le sujet : Ar-Raddu 'alâ man qâla bi fanâ' il-janna wa-n-nâr wa Bayân ul-aqwâl fî dhâlika. Il s'y est contenté de citer 2 avis :
--- l'un étant celui que l'on vient de voir (le Paradis et le Feu sont tous deux éternels) ;
--- l'autre, attribué à certains Prédécesseurs, et disant que le Paradis est éternel, mais le Feu de l'Enfer aura une fin.
Ibn Taymiyya écrit :
"فقد تبين أن القول بفناء الجنة لم يعرف عن أحد من السلف، ولا الأئمة، وإنما هو قول جهم ونحوه، وقد عرف فساده عقلا ونقلا.
وأما القول بفناء النار، ففيها قولان معروفان عن السلف والخلف، والنزاع في ذلك معروف عن التابعين ومن بعدهم"
(Ar-Radd 'alâ man qâla bi fanâ' il-janna wa-n-nâr, wa Bayân ul-aqwâl fî dhâlik, p. 52).
Ibn Taymiyya a, dans ce livret, cité également les arguments sur lesquels chacun de ces deux avis repose. Il y a aussi expliqué dans quelle mesure ce second avis reste différent de celui de Jahm (qui a pour sa part dit que l'Enfer comme le Paradis auront une fin). Ibn Taymiyya n'a pas pris position. Il a fait dhikr ul-ârâ'.

--- Pour sa part, Ibn ul-Qayyim a exposé ces deux avis, et a également exposé de façon très détaillée les arguments sur lesquels chacun des deux avis repose, enfin a conclu explicitement par un tawaqquf :

- "فهذا ما وصل إليه النظر في هذه المسألة التي تَكَعُّ فيها عقول العقلاء. (...) فإن قيل: فإلي أين انتهى قدمكم في هذه المسألة العظيمة الشأن التي هي اكبر من الدنيا بأضعاف مضاعفة؟ قيل: إلى قوله تبارك وتعالى {إِنَّ رَبَكَ فَعَّالٌ لِمَا يُرِيدُ}! وإلى هنا انتهى قدم أمير المؤمنين علي بن أبي طالب رضي الله عنه فيها، حيث ذكر دخول أهل الجنة الجنة وأهل النار النار، وما يلقاه هؤلاء وهؤلاء، وقال: "ثم يفعل الله بعد ذلك ما يشاء!" بل وإلى هنا هاهنا انتهت أقدام الخلائق. وما ذكرنا في هذه المسألة بل في الكتاب كله من صواب فمن الله سبحانه وتعالى، وهو المانّ به؛ وما كان من خطا فمني ومن الشيطان؛ والله ورسوله بريء منه؛ وهو عند لسان كل قائل وقلبه وقصده والله أعلم" (Hâdi-l-arwâh, p. 528).

- "وأنا في هذه المسألة على قول أمير المؤمنين على بن أبي طالب رضي الله عنه: فإنه ذكر دخول أهل الجنة الجنة وأهل النار النار ووصف ذلك أحسن صفة، ثم قال: "ويفعل الله بعد ذلك في خلقه ما يشاء"؛ وعلى مذهب عبد الله بن عباس رضي الله عنهما حيث يقول: "لا ينبغي لأحد أن يحكم على الله في خلقه ولا ينزلهم جنة ولا نارا" وذكر ذلك في تفسير قوله: {قَالَ النَّارُ مَثْوَاكُمْ خَالِدِينَ فِيهَا إِلَّا مَا شَاءَ اللَّهُ}؛ وعلى مذهب أبي سعيد الخدري حيث يقول: "انتهى القرآن كله إلى هذه الآية: {إِنَّ رَبَّكَ فَعَّالٌ لِمَا يُرِيدُ}"؛ وعلى مذهب قتادة حيث يقول في قوله {إِلَّا مَا شَاءَ رَبُّكَ}: "الله أعلم بتثنيته على ما وقعت"؛ وعلى مذهب ابن زيد حيث يقول: "أخبرنا الله بالذي يشاء لأهل الجنة فقال: "عطاء غير مجذوذ"، ولم يخبرنا بالذي يشاء لأهل النار". والقول بأن النار وعذابها دائم بدوام الله: خبر عن الله بما يفعله؛ فإن لم يكن مطابقا لخبره عن نفسه بذلك، كان قولا عليه بغير علم؛ والنصوص لا تفهم ذلك والله أعلم" (Shifâ' ul-'alîl, p. 652-653).

Il a également exposé ces deux avis avec leurs argumentations dans son autre livre As-sawâ'ïq ul-mursala.

Il faut cependant savoir que, dans un autre ouvrage encore, Ibn ul-Qayyim a écrit que ni le Paradis, ni la Géhenne destinée à ceux qui sont morts kâfir bi kufrin akbar, n'auront de fin : "ولما كان الناس على ثلاث طبقات: طيب لا يشينه خبيث، وخبيث لا طيب فيه، وآخرون فيهم خبث وطيب، كانت دورهم ثلاثة: دار الطيب المحض؛ ودار الخبيث المحض؛ وهاتان الداران لا تفنيان؛ ودار لمن معه خبث وطيب، وهي الدار التي تفنى، وهي دار العصاة، فإنه لا يبقي في جهنم من عصاة الموحدين أحد، فإنه إذا عذبوا بقدر جزائهم أخرجوا من النار فأدخلوا الجنة، ولا يبقي إلا دار الطيب المحض، ودار الخبث المحض" (Al-Wâbil us-sayyib, p. 41).

Cet ouvrage Al-Wâbil as-sayyib est-il antérieur, ou postérieur, aux 3 autres ouvrages suscités ?

Ce que l'on sait c'est que Ibn ul-Qayyim a relaté qu'il avait questionné son maître au sujet de cette question (lequel ne lui avait pas fourni de réponse sinon de lui dire : "C'est une grande question"), et par la suite a lui-même trouvé sur le sujet un développement écrit (qu'il a envoyé à son maître, lequel "a alors écrit sur le sujet son livret bien connu") : "فهذا ما وصل إليه النظر في هذه المسألة التي تكع فيها عقول العقلاء. وكنت سألت عنها شيخ الإسلام قدس الله روحه فقال لي: "هذه المسألة عظيمة كبيرة"، ولم يجب فيها بشيء. فمضى على ذلك زمن، حتى رأيت في تفسير عبد بن حميد الكشي بعض تلك الآثار التي ذكرت؛ فأرسلت إليه الكتاب وهو في مجلسه الأخير، وعلمت على ذلك الموضع، وقلت للرسول: "قل له هذا الموضع يشكل عليه ولا يدري ما هو." فكتب فيها مصنفه المشهور، رحمة الله عليه. فمن كان عنده فضل علم فليحدثه؛ فإن فوق كل ذي علم عليم" (Shifâ' ul-'alîl, p. 652).

En tous cas on voit qu'il est erroné de dire que ces deux grands savants de la Umma auraient affirmé (ithbât) que la Géhenne aura une fin.

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L'avis de Jahm ibn Safwân (fondateur de la déviance Jahmite) était que la Géhenne mais aussi le Paradis auront une fin :

Et il a fondé cette idée sur son fameux principe : l'impossibilité de hawâdith qui se produiront sans fin (امتناع حوادث لا نهاية لها).

Or d'une part c'est là un faux principe, même sur le plan purement rationnel, dit Ibn Taymiyya.

D'autre part, dire cela à propos du Paradis contredit des versets explicites qui ne sont contredits par aucun autre verset, de même que le consensus des grands ulémas. Jahm a donc dit là un propos de kufr akbar (Ar-Raddu 'alâ man qâla bi fanâ' il-janna wa-n-nâr, pp. 42-44). En effet, Dieu a dit à propos des bienfaits du Paradis : "عَطَاء غَيْرَ مَجْذُوذٍ" (Coran 11/108) ; "إِنَّ هَذَا لَرِزْقُنَا مَا لَهُ مِن نَّفَادٍ" (Coran 38/54).

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Par contre, par rapport à l'éternité ou la non-éternité de la Géhenne précisément, il y a des propos de Salaf Sâlih qui sont relatés et discutés, comme commentaires de certains versets coraniques :

--- La quasi-totalité des ulémas est (nous l'avons rappelé) d'avis que la Géhenne demeurera éternellement, et que ceux qui seront morts sur le kufr akbar y demeureront également éternellement, dans le châtiment.

Les versets suivants vont dans ce sens :
"إِنَّ الَّذِينَ كَفَرُواْ لَوْ أَنَّ لَهُم مَّا فِي الأَرْضِ جَمِيعًا وَمِثْلَهُ مَعَهُ لِيَفْتَدُواْ بِهِ مِنْ عَذَابِ يَوْمِ الْقِيَامَةِ مَا تُقُبِّلَ مِنْهُمْ وَلَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ {5/36} يُرِيدُونَ أَن يَخْرُجُواْ مِنَ النَّارِ وَمَا هُم بِخَارِجِينَ مِنْهَا وَلَهُمْ عَذَابٌ مُّقِيمٌ {5/37" : "Ils voudront sortir du Feu. Or ils ne seront pas à en sortir, et ils auront un châtiment perpétuel" (Coran 5/37) ;
"وَمَا هُم بِخَارِجِينَ مِنَ النَّارِ" : "Et Ils ne seront pas à sortir du Feu" (Coran 2/167).
"وَمَن يَعْصِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ فَإِنَّ لَهُ نَارَ جَهَنَّمَ خَالِدِينَ فِيهَا أَبَدًا" : "Et celui qui aura désobéi à Dieu et à Son Messager, il aura le feu de la Géhenne, dans laquelle ces (gens-là) demeureront pour toujours" (Coran 72/23). "Désobéir" désigne ici "la Grande désobéissance", c'est-à-dire : "le fait de ne pas apporter du tout foi en la Voie révélée par Dieu". Et on retrouve ici le terme "أَبَدًا", qui signifie : "pour toujours" ;
il existe encore d'autres versets...

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--- Pour autant, les 3 versets suivants ont été cités dans le débat :

1) "يَوْمَ يَأْتِ لاَ تَكَلَّمُ نَفْسٌ إِلاَّ بِإِذْنِهِ فَمِنْهُمْ شَقِيٌّ وَسَعِيدٌ {11/105} فَأَمَّا الَّذِينَ شَقُواْ فَفِي النَّارِ لَهُمْ فِيهَا زَفِيرٌ وَشَهِيقٌ {11/106} خَالِدِينَ فِيهَا مَا دَامَتِ السَّمَاوَاتُ وَالأَرْضُ إِلاَّ مَا شَاء رَبُّكَ إِنَّ رَبَّكَ فَعَّالٌ لِّمَا يُرِيدُ {11/107} وَأَمَّا الَّذِينَ سُعِدُواْ فَفِي الْجَنَّةِ خَالِدِينَ فِيهَا مَا دَامَتِ السَّمَاوَاتُ وَالأَرْضُ إِلاَّ مَا شَاء رَبُّكَ عَطَاء غَيْرَ مَجْذُوذٍ {11/108" :
"Le jour où cela viendra, nulle âme ne parlera sauf avec Sa Permission. Il y aura alors parmi eux malchanceux et chanceux.
Quant à ceux qui sont malchanceux, alors ils seront dans le Feu : il y (pousseront) cris et sanglot, y demeurant perpétuellement tant que dureront les cieux et la terre, sauf ce que ton Seigneur veut ; ton seigneur est faiseur de ce qu'Il veut.
Quant à ceux qui auront été rendus chanceux
, alors ils seront dans le Jardin, y demeurant perpétuellement tant que dureront les cieux et la terre, sauf ce que ton Seigneur veut ; don qui ne sera pas coupé"
(Coran 11/107 : sourate Hûd).

--- "Tant que dureront les cieux et la Terre", at-Tabarî a écrit que c'est là une expression arabe pour dire : "pour toujours". Il dit : "يعني تعالى ذكره بقوله: {خالدين فيها}: لابثين فيها. ويعني بقوله {ما دامت السموات والأرض}: أبدًا. وذلك أن العرب إذا أرادت أن تصف الشيء بالدوام أبدًا قالت: "هذا دائم دوام السموات والأرض"، بمعنى أنه دائم أبدًا؛ وكذلك يقولون: "هو باقٍ ما اختلف الليل والنهار"، و"ما سمر ابنا سَمِير"، و"ما لألأت العُفْرُ بأذنابها"، يعنون بذلك كله: "أبدا". فخاطبهم جل ثناؤه بما يتعارفون به بينهم فقال: {خالدين فيها ما دامت السموات والأرض}، والمعنى في ذلك: خالدين فيها أبدًا" (Tafsîr ut-Tabarî).

--- Dans le cas du Paradis, l'exception formulée dans "خَالِدِينَ فِيهَا مَا دَامَتِ السَّمَاوَاتُ وَالأَرْضُ إِلاَّ مَا شَاء رَبُّكَ" ("y demeurant perpétuellement tant que dureront les cieux et la terre, sauf ce que ton Seigneur veut") veut dire :
----- soit : "إلا مدة مكث بعضهم في النار" : "sauf le laps de temps que certains d'entre eux auront dû purger dans le Feu" ;
----- soit : "إِلاَّ مَن شَاء رَبُّكَ مِن الموحدين العصاة، فمكثوا مدة في النار" : "exceptés ceux des Croyants qui auront commis de grands péchés et auront passé un laps de temps dans le Feu" ; ceci revient à la même chose que l'interprétation précédente ;
----- soit : "إِلاَّ أنْ يشَاء رَبُّكَ" : "sauf si Dieu veut autre chose". Cela est comparable à : "وَلَوْ أَنَّنَا نَزَّلْنَا إِلَيْهِمُ الْمَلآئِكَةَ وَكَلَّمَهُمُ الْمَوْتَى وَحَشَرْنَا عَلَيْهِمْ كُلَّ شَيْءٍ قُبُلاً مَّا كَانُواْ لِيُؤْمِنُواْ إِلاَّ أَن يَشَاء اللّهُ" (Coran 6/116) et à : "كَذَلِكَ كِدْنَا لِيُوسُفَ مَا كَانَ لِيَأْخُذَ أَخَاهُ فِي دِينِ الْمَلِكِ إِلاَّ أَن يَشَاء اللّهُ" (Coran 12/76), où Dieu Lui-même affirme que telle chose n'était pas à se réaliser, mais tient à rappeler immédiatement ensuite : "Sauf si Dieu le voulait".

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2) "وَيَوْمَ يِحْشُرُهُمْ جَمِيعًا يَا مَعْشَرَ الْجِنِّ قَدِ اسْتَكْثَرْتُم مِّنَ الإِنسِ وَقَالَ أَوْلِيَآؤُهُم مِّنَ الإِنسِ رَبَّنَا اسْتَمْتَعَ بَعْضُنَا بِبَعْضٍ وَبَلَغْنَا أَجَلَنَا الَّذِيَ أَجَّلْتَ لَنَا قَالَ النَّارُ مَثْوَاكُمْ خَالِدِينَ فِيهَا إِلاَّ مَا شَاء اللّهُ إِنَّ رَبَّكَ حَكِيمٌ عَليمٌ" :
"(...) Il dira : "Le Feu est votre asile, vous y demeurerez perpétuellement, sauf ce que Dieu veut ; ton Seigneur est Sage, Savant""
(Coran 6/128 : sourate al-An'âm) ;

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3) "إِنَّ جَهَنَّمَ كَانَتْ مِرْصَادًا {78/21} لِلْطَّاغِينَ مَآبًا {78/22} لَابِثِينَ فِيهَا أَحْقَابًا {78/23} لَّا يَذُوقُونَ فِيهَا بَرْدًا وَلَا شَرَابًا {78/24} إِلَّا حَمِيمًا وَغَسَّاقًا {78/25} جَزَاء وِفَاقًا {78/26} إِنَّهُمْ كَانُوا لَا يَرْجُونَ حِسَابًا {78/27} وَكَذَّبُوا بِآيَاتِنَا كِذَّابًا {78/28} وَكُلَّ شَيْءٍ أَحْصَيْنَاهُ كِتَابًا {78/29} فَذُوقُوا فَلَن نَّزِيدَكُمْ إِلَّا عَذَابًا {78/30" :
"(les rebelles) y resteront de longues durées"
(Coran 78/23 : sourate an-Naba').

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Ces 3 versets, de très nombreux commentateurs n'y voient absolument pas quoi que ce soit qui signifierait que la Géhenne pourrait avoir une fin :

Ainsi, en ce qui concerne le Feu, l'exception formulée par les termes "إِلاَّ مَا شَاء رَبُّكَ" ("y demeurant perpétuellement tant que dureront les cieux et la terre, sauf ce que ton Seigneur veut") et par "النَّارُ مَثْوَاكُمْ خَالِدِينَ فِيهَا إِلاَّ مَا شَاء اللّهُ" ("vous y demeurerez perpétuellement, sauf ce que Dieu veut"), cette exception veut dire :

--- soit : "إلا مدة مكثهم في الدنيا" : "ils resteront éternellement dans le Feu, hormis le temps qu'ils auront connu de leur vie terrestre, avant de mourir" ;

--- soit : "إِلاَّ مَن شَاء رَبُّكَ مِن الموحدين العصاة: فهم يخرجون من النار ولا يخلدون فيها" : "ils  resteront éternellement dans le Feu. N'en sortiront que les personnes mortes avec Asl ul-îmân mais ayant commis des Kabîra : ces personnes en sortiront au bout d'un certain temps (certaines parmi elles suite à l'intercession des prophètes et des pieux, les dernières par pure faveur divine)" ;

--- soit : "إِلاَّ مَا شَاء رَبُّكَ أن يعذبهم بغير النار: الزمهرير" : "ils resteront éternellement dans le Feu, excepté les moments où Dieu les châtiera par autre chose que le Feu : le Froid intense".

Ces commentateurs ne voient donc, dans l'exception formulée, aucune allusion à une possible fin du Feu de la Géhenne pour ceux qui y sont condamnés à la Perpétuité.

S'il existait un Consensus sur l'interprétation de ces versets, alors la question serait réglée : ce serait un Ijmâ' 'alâ dalâla. Mais il n'existe pas de Consensus sur ce point, d'après les recherches de Ibn Taymiyya et Ibn ul-Qayyim... En effet, car il existe un commentaire différent...

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Il existe un commentaire différent : "إِلاَّ أنْ يشَاء رَبُّكَ" : "sauf si ton Seigneur veut autre chose". Il existe aussi les propos suivants :

1) Le propos de Abû Hurayra :

- "قال حرب (...) حدثنا عبيد الله ثنا أبي ثنا شعبة عن يحيى بن أيوب عن أبي زرعة عن أبي هريرة قال: "أما الذي أقول: إنه سيأتي على جهنم يوم لا يبقى فيها أحدوقرأ: {فَأَمَّا الَّذِينَ شَقُوا فَفِي النَّارِ} الآية" (Shifâ' ul-'alîl, pp. 637-638 ; Hâdi-l-arwâh, p. 495) ;
- "وقال إسحاق، ثنا عبيد الله بن معاذ، ثنا أبي، ثنا شعبة، عن يحيى بن أيوب عن أبي زرعة وعن أبي هريرة، قال: "أما الذي أقول: إنه سيأتي على جهنم يوم لا يبقى فيها أحد"، وقرأ: {فَأَمَّا الَّذِينَ شَقُوا فَفِي النَّارِ} الآية" (Ar-Radd 'alâ mân qâla bi fanâ' il-janna wa-n-nâr, p. 70).

2) Le tawaqquf de Abû Mijlaz :

- "حدثنا الحسن بن يحيى قال، أخبرنا عبد الرزاق قال، حدثنا ابن التيمي، عن أبيه، عن أبي نضرة، عن جابر أو: أبي سعيد  يعني الخدري أو عن رجل من أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم في قوله: {إلا ما شاء ربك إن ربك فعال لما يريد}، قال: "هذه الآية تأتي على القرآن كلِّه". يقول: حيث كان في القرآن "خالدين فيها"، تأتي عليه. قال: وسمعت أبا مجلز يقول: "هو جزاؤه، فإن شاء الله تجاوَزَ عن عذابه" (Tafsîr ut-Tabarî ; également cité dans Hâdi-l-arwâh, p. 496).

3) Le tawaqquf de Ibn Zayd :

- "قال ابن زيد في قوله: {خالدين فيها ما دامت السموات والأرض إلا ما شاء ربك} فقرأ حتى بلغ: {عطاء غير مجذوذ}، قال: "وأخبرنا بالذي يشاء لأهل الجنة، فقال: {عطاء غير مجذوذ}، ولم يخبرنا بالذي يشاء لأهل النار" (Tafsir ut-Tabarî ; Ar-Radd 'alâ mân qâla bi fanâ' il-janna wa-n-nâr, p. 67).

4) Un athar dha'îf attribué à Omar ibn ul-Khattâb :

- "وقد روى عبد بن حميد - وهو من أجل علماء الحديث - في تفسيره المشهور، قال: أنا سليمان بن حرب، أنا حماد بن سلمة، عن ثابت، عن الحسن البصري، قال: قال عمر: "لو لبث أهل النار في النار كقدر رمل عالج، لكان لهم على ذلك يوم يخرجون فيه"" (Ar-Radd, p. 53).

5) Un athar dha'îf attribué à Abdullâh ibn 'Amr ibn il-'Âs :

- "قال حرب وحدثنا عبيد الله بن معاذ حدثنا أبي ثنا شعبة عن أبي حدثنا مليح سمع عمر بن ميمون يحدث عن عبد الله بن عمرو قال: "ليأتين على جهنم يوم تصطفق فيه أبوابها ليس فيها أحد وذلك بعدما يلبثون فيها أحقابا" (Ar-Radd, p. 69 ; Shifâ' ul-'alîl, pp. 637 ; Hâdi-l-arwâh, p. 495).

-
Quant aux versets qui parlent de perpétuité du Châtiment dans la Géhenne :

D'après l'avis de Fanâ' un-nâr, ces versets-là seraient à comprendre à la lumière de ces versets-ci, ces derniers étant eux-mêmes compris à la lumière des propos des illustres personnages suscités :
- "حدثنا الحسن بن يحيى قال، أخبرنا عبد الرزاق قال، حدثنا ابن التيمي، عن أبيه، عن أبي نضرة، عن جابر أو: أبي سعيد  يعني الخدري أو عن رجل من أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم في قوله: {إلا ما شاء ربك إن ربك فعال لما يريد}، قال: "هذه الآية تأتي على القرآن كلِّه". يقول: حيث كان في القرآن "خالدين فيها"، تأتي عليه" (Tafsîr ut-Tabarî ; également cité dans Hâdi-l-arwâh, p. 496).
- "وقال حرب في مسائله: "سألت إسحاق قلت قول الله عز وجل: {خَالِدِينَ فِيهَا مَا دَامَتِ السَّمَاوَاتُ وَالْأَرْضُ إِلَّا مَا شَاءَ رَبُّكَ} قال: "أتت هذه الآية على كل وعيد في القرآن". حدثنا عبد الله بن معاذ حدثنا معتمر بن سليمان قال قال أبي حدثنا أبو نصرة عن جابر أو أبي سعيد أو بعض أصحاب النبي صلى الله عليه وسلم قال: "هذه الآية تأتي على القرآن كله: {إلا ما شاء ربك}؛ إنه فعال لما يريد". قال المعتمر: "قال: أي كل وعيد في القرآن"" (Shifâ' ul-'alîl, p. 637).

C'est-à-dire que les gens morts dans le Kufr Akbar seraient alors, effectivement, à perpétuité dans la Géhenne, mais cela tant que cette Géhenne restera Feu.

Ibn Taymiyya relate que les tenants de cet avis expliquent ces versets comme suit : "فهذه النصوص وأمثالها في القرآن تبين أنهم خالدون في جهنم لا يموتون ولا يحيون، وأنهم يسألون هذا وهذا فلا يجابون. وهذا يقتضي خلودهم في جهنم دار العذاب ما دام ذلك العذاب باقيا، ولا يخرجون منها مع بقائها وبقاء عذابها كما يخرج أهل التوحيد: فإن هؤلاء يخرجون منها (بالشفاعة وغير الشفاعة) مع بقائها، كما يخرج ناس من الحبس الذي فيه العذاب مع بقاء الحبس والعذاب لذي فيه على من لم يخرج" (Ar-Radd, p. 74).
Ibn ul-Qayyim relate la même chose en ces termes : "وهذه النصوص وأمثالها تقتضي خلودهم في دار العذاب ما دامت باقية، ولا يخرجون منها مع بقائها البتة كما يخرج أهل التوحيد منها مع بقائها. فالفرق بين من يخرج من الحبس وهو حبس على حاله، وبين من يبطل حبسه بخراب الحبس وانتقاضه" : "Ces textes et semblables à eux impliquent la perpétuité de ces gens dans le Lieu du châtiment tant que ce lieu demeurera : eux n'en sortiront pas alors qu'elle continuera à être, comme c'est le cas des gens du Tawhîd [= Asl ul-îmân] qui en sortiront alors qu'elle continuera à être" (Hâdi-l-arwâh, p. 501). (Voir aussi : Mukhtassar as-Sawâ'iq il-mursala, pp. 363-364 ; Shifâ' ul-'alîl, 636.)

Ibn Taymiyya écrit également :
"فإن الذين يقولون: "إن عذابهم له حد ينتهي إليه ليس بدائم كدوام نعيم الجنة" قد يقولون: إنها قد تفنى؛ وقد يقولون: إنهم يخرجون منها فلا يبقى فيها أحد؛ لكن قد يقال: إنهم لم يريدوا بذلك أنهم يخرجون مع بقاء العذاب فيها على غير أحد، بل يفنى عذابها، وهذا هو معنى فنائها. وقد نقل هذا القول عن عمر، وابن مسعود، وأبي هريرة وأبي سعيد الخدري وغيرهم".
Il dit ici que les personnes qui pensent que la Géhenne aura une fin ("Fanâ' un-nâr"), ces personnes ne veulent de toute façon pas dire :
--- que les Kâfirûn en sortiraient alors que le Châtiment de la Géhenne y demeurerait (comme ce sera le cas des Croyants y ayant été envoyés pour une durée temporaire : ils en ressortiront alors que le Châtiment y continuera), avec aucun être à y châtier (Ar-Radd, p. 53) (comme c'est le cas actuellement, où la Géhenne existe déjà, mais nul humain ni djinn ne s'y trouve encore. Quant au Feu du Barzakh, que subissent actuellement certaines personnes déjà mortes, cela est chose différente du Feu de la Géhenne).
Ibn Taymiyya dit ici que ces personnes veulent dire par là :
--- soit que la Géhenne elle-même serait anéantie ;
--- soit que ce serait le Châtiment de la Géhenne qui cesserait, puis ses habitants en sortiraient sans qu'aucun châtiment y demeure.

Sur le plan de la cohérence rationnelle intertextuelle :
- Cette idée de fanâ' un-nâr se marie bien avec les données suivantes :
--- d'un côté les hadîths enseignent que la plupart des humains mourront sur le Kufr Akbar et que, le Jour du Jugement, sur 1000 humains, environ 998 seront condamnés à la perpétuité dans la Géhenne ;
--- or, de l'autre côté, les hadîths enseignent également primo que le Paradis est (le lieu de la manifestation de) la Miséricorde de Dieu, et la Géhenne (le lieu de la manifestation de) la Colère de Dieu (comme l'a dit le hadîth : al-Bukhârî, 7011) ; et secundo que Dieu a écrit à Son Sujet : "Ma Miséricorde dépasse Ma Colère" (comme l'a dit le célèbre hadîth).
(Cf. Mukhtassar as-Sawâ'iq il-mursala, p. 364. Hâdi-l-arwâh, p. 504. Shifâ' ul-'alîl, pp. 646-650, pp. 653-654.)

Par ailleurs, l'homme est bon (c'est la fit'ra) par essence (dhâtî), alors que le Kufr Akbar est accidentel ('âridh) (Hâdi-l-arwâh, pp. 643-646 ; Shifâ' ul-'alîl, pp. 646-650).

-
Quelques-uns des contre-arguments de ceux qui sont de l'avis du caractère éternel de la Géhenne :

A) L'exception présente dans les 2 versets signifiait bien que la Géhenne a une fin, mais ensuite le contenu de ces 2 versets a été abrogé par les versets disant que ceux qui sont morts dans le Kufr Akbar ne sortiront pas de la Géhenne (Shifâ' ul-'alîl, p. 639).

Mais Ibn ul-Qayyim n'est pas d'accord avec cette explication, car, rappelle-t-il, l'abrogation s'est produite à propos de certains ahkâm, mais jamais à propos de akhbâr (Ibid.).

-
B) Dans les 2 premiers passages coraniques, les exceptions "إِلاَّ مَا شَاء اللّهُ" (Coran 6/128) et "إِلاَّ مَا شَاء رَبُّكَ" (Coran 11/107) concernent seulement les Croyants, c'est-à-dire ceux qui sont morts avec Asl ul-Îmân mais ont été condamnés à un châtiment temporaire à cause de manquement dans Kamâl ul-Îmân al-Wâjib.
Et tous les propos des Prédécesseurs suscités sont à interpréter dans le même sens
: ils parlaient de ce type de personnes uniquement, et pas des personnes mortes dans le Kufr Akbar, sans Asl ul-Îmân
...

C'est ainsi que at-Tabarî a interprété ces propos dans son Tafsîr.
De même, le propos de Abû Sa'îd (ci-dessus cité) a été expliqué par Harb ainsi : " ثم تأول حرب ذلك فقال: "معناه عندي، والله أعلم، أنها تأتي على كل وعيد في القرآن لأهل التوحيد، وكذلك قوله {إلا ما شاء ربك}: استثنى من أهل القبلة الذين يخرجون من النار"" (Shifâ' ul-'alîl, p. 637).
Et le propos de Abû Hurayra (plus haut cité) a été interprété par 'Ubaydullah ainsi : "قال عبيد الله: "كان أصحابنا يقولون: يعني بها: الموحدين (p. 638).

Cependant, Ibn ul-Qayyim n'est pas convaincu par cette ta'wîl : il écrit à propos de la ta'wîl faite par Harb : " وهذا التأويل لا يصح، لأن الاستثناء إنما هو في وعيد الكفار؛ فإنه سبحانه قال: {يَوْمَ يَأْتِ لا تَكَلَّمُ نَفْسٌ إِلَّا بِإِذْنِهِ فَمِنْهُمْ شَقِيٌّ وَسَعِيدٌ فَأَمَّا الَّذِينَ شَقُوا فَفِي النَّارِ} الآية ثم قال: {وَأَمَّا الَّذِينَ سُعِدُوا فَفِي الْجَنَّةِ} فأهل التوحيد من الذين سعدوا، لا من الذين شقوا! وآية الأنعام صريحة في حق الكفار كما تقدم بيانه" (p. 637). Et à propos de la ta'wîl faite par 'Ubayd ullâh : "وقد تقدم أن هذا التأويل لا يصح" (p. 638).

-
C) Qatâda a pour sa part dit : "Dieu sait mieux ce qu'Il vise par cette exception". Qatâda a ensuite dit que ce qu'il sait c'est que des Croyants ayant été envoyés dans la Géhenne en seront ultérieurement sortis :

- "عن قتادة في قوله: {فأما الذين شقوا ففي النار لهم فيها زفير وشهيق خالدين فيها ما دامت السموات والأرض إلا ما شاء ربك}، قال: "الله أعلم بثُنَياه. وذكر لنا أن ناسًا يصيبهم سَفْعٌ من النار بذنوب أصابوها، ثم يدخلهم الجنة" (Tafsîr ut-Tabarî).

-
Le mot final de Ibn ul-Qayyim :

"Si on me demande : "Où donc vous arrêtez-vous au sujet de cette question, qui est plus importante que ce monde lui-même ?
Je dirai : "Je m'arrête à ce sujet à (ce que contient) la Parole de Dieu, Béni et Elevé : "Ton Seigneur est faiseur de ce qu'Il veut". C'est là que s'est arrêté le Chef des Croyants Alî ibn Abî Tâlib (que Dieu soit satisfait de lui) : il a parlé de l'admission des Gens du Paradis au Paradis, et des Gens de l'Enfer en Enfer, ainsi que ce que ceux-ci et ceux-là y vivront, puis a dit : "Ensuite Dieu fera ce qu'Il veut". C'est même plutôt là que toutes les créatures s'arrêtent. Ce que nous avons dit au sujet de cette question, et même au sujet de tout ce que contient (mon) livre (que voici), et qui est correct, cela provient de (la Faveur de) Dieu, Pur et Elevé, et c'est Lui qui m'en a fait la faveur. Et ce que nous avons dit d'erroné, cela provient de moi et du Diable ; Dieu et Son Messager en sont innocents. Et Dieu est auprès de la langue, du coeur et de l'intention de chaque personne qui prononce des paroles. Dieu sait mieux."

"فان قيل: فإلي أين انتهى قدمكم في هذه المسألة العظيمة الشأن التي هي اكبر من الدنيا بأضعاف مضاعفة؟ قيل: إلى قوله تبارك وتعالى {إِنَّ رَبَكَ فَعَّالٌ لِمَا يُرِيدُ}! وإلى هنا
انتهى قدم أمير المؤمنين علي بن أبي طالب رضي الله عنه فيها، حيث ذكر دخول أهل الجنة الجنة وأهل النار النار، وما يلقاه هؤلاء وهؤلاء، وقال: "ثم يفعل الله بعد ذلك ما يشاء!" بل وإلى هاهنا انتهت أقدام الخلائق. وما ذكرنا في هذه المسألة بل في الكتاب كله من صواب فمن الله سبحانه وتعالى، وهو المانّ به؛ وما كان من خطا فمني ومن الشيطان؛ والله ورسوله بريء منه؛ وهو عند لسان كل قائل وقلبه وقصده والله أعلم" (Hâdi-l-arwâh, p. 528).

Ensuite que se passerait-il ?
Quand Ibn ul-Qayyim expose les arguments rationnels sur lesquels peut s'appuyer l'avis de Fanâ' un-nâr (sans exprimer qu'il y adhère) et qu'il exprime les Wujûh (ul-farqi bayna Dawâm il-janna wa-n-nâr shar'an wa 'aqlan), il a laissé quelques allusions (ishârât). La ishâra "la plus parlante" à mon humble sens se trouve à la dernière ligne du Waj'h 18. Sinon, "moins parlantes mais assez quand même" sont des ishârât présentes dans les : Waj'h 8 ; Waj'h 10 ; Waj'h 13.

-
Conclusion en 5 points :

- 1) Ni Ibn Taymiyya ni Ibn ul-Qayyim n'ont affirmé que le Feu de la Géhenne aura une fin : Ibn Taymiyya s'est contenté de relater 2 avis, et de montrer que le second avis reste différent de celui de Jahm ibn Safwân. Ibn ul-Qayyim a pour sa part clairement exprimé un tawaqquf.
Il serait très injuste que nous nous mettions à leur attribuer chose différente de ce qu'ils ont réellement dit.

- 2) Il serait totalement déplacé que pour notre part nous nous permettions d'affirmer (ithbât) que le Feu de l'Enfer aura une fin.
Quand deux savants du rang de ces deux personnages n'ont pas pu affirmer cela, quelles aptitudes avons-nous pour le faire ?

- 3) Je me suis contenté (moi qui ne suis qu'un étudiant en sciences islamiques, bien loin du niveau de tous ces personnages) de synthétiser les écrits de ces deux grands ulémas sur le sujet.
Je n'ai nulle part affirmé que le Feu de l'Enfer aura une fin.
Je n'ai même pas exprimé que, suivant en cela Ibn ul-Qayyim, j'adopterais moi aussi un tawaqquf sur le sujet
.

- 4) Il est clairement et strictement interdit d'intercéder auprès de Dieu en faveur de celui qui est mort en étant kâfir bi kufr akbar : il n'est pas autorisé de demander à Dieu de faire entrer une telle personne dans le Paradis. Même ceux qui sont de la posture de tawaqquf suscitée sont tenus à cette interdiction : en effet :
--- ils ne peuvent pas se prononcer si le feu de la Géhenne sera éternel ou pas ;
--- mais ils savent bien qu'intercéder en faveur de personnes mortes dans le kufr akbar, cela est clairement et strictement interdit.

- 5) Même un court instant à subir le châtiment dans la Géhenne est au-delà du supportable et de l'imaginable : "عن أنس بن مالك، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: " يؤتى بأنعم أهل الدنيا من أهل النار يوم القيامة، فيصبغ في النار صبغة، ثم يقال: يا ابن آدم هل رأيت خيرا قط؟ هل مر بك نعيم قط؟ فيقول: لا، والله يا رب. ويؤتى بأشد الناس بؤسا في الدنيا، من أهل الجنة، فيصبغ صبغة في الجنة، فيقال له: يا ابن آدم هل رأيت بؤسا قط؟ هل مر بك شدة قط؟ فيقول: لا، والله يا رب ما مر بي بؤس قط، ولا رأيت شدة قط" : "Le Jour du Jugement, on fera venir l'homme (destiné à l'Enfer) qui aura vécu avec le plus de bonheur sur Terre, et on le fera plonger un instant dans le Feu ; puis on lui demandera : "Fils d'Adam, as-tu jamais vu du bien ? est-ce que tu as connu un bienfait ?" Il dira : "Non, par Dieu, ô Pourvoyeur"" (Muslim, 2807).

Wallâhu A'lam !
Wa 'Ilmuhû Atamm wa Ahkam !
Allâhumma ajir-nî min an-nâr !

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