Chez l'homme, il existe le Naturel (Tab'î) et le Volontaire ('Aqlî) - الفرق بين الطبعيّ والعقليّ

I) Introduction :

L'homme a un aspect "rationnel", au sens, ici, de : "volontaire" ('Aqlî) mais aussi un aspect pulsionnel et émotionnel ("naturel" : "Tab'î") :
--- lorsqu'il a faim, il a besoin de manger ; cela relève de ses désirs physiques (Shahawî), et est donc naturel (Tab'î) ; cependant, l'homme doit faire preuve de patience et de retenue, jusqu'à ce qu'une nourriture qui est licite pour lui soit disponible devant lui. En un mot, la raison ('Aql) de l'homme doit dominer l'expression de son besoin physique. Voilà qui demande une éducation, un savoir-être ;
--- lorsqu'un malheur l'atteint, il est triste : sa tristesse relève de l'émotionnel (Qalbî), et est donc naturelle (Tab'î) ; cependant, l'homme doit faire preuve de patience et de retenue, pleurant mais ne se lamentant pas et ne hurlant pas. C'est donc de nouveau la raison ('Aql) de l'homme qui doit rester maître, sans pour autant nier son émotion. Cela aussi demande une éducation, un savoir-être.

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Il faut ici tout d'abord rappeler qu'il existe (entre autres) 3 facultés chez l'homme :

--- le Désir (الهوى, Hawâ), qui a pour objets les choses dont l'homme a naturellement besoin pour vivre sur Terre en société ;
--- le Cœur (القلب, Qalb), qui est la faculté d'aimer, de craindre, de ressentir des émotions, et aussi de se tourner vers Dieu, de distinguer les grands principes du bien et du mal ;
--- la Raison (العقل, 'Aql), qui est la faculté de comprendre, d'extrapoler, de soupeser, en un mot : de réfléchir.
Shâh Waliyyullâh écrit ainsi : "ويعلم من تتبع مواضع الاستعمال أن العقل هو الشيء الذي يدرك به الإنسان ما لا يدرك بالحواس؛ وأن القلب هو الشيء الذي به يحب الإنسان ويبغض، ويختار ويعزم؛ وأن النفس* هو الشيء الذي به يشتهي الإنسان ما يستلذه من المطاعم والمشارب والمناكح" (Hujjat-ullâh il-bâligha, 2/235 ; * il s'agit de : "الهوى").
Le Cœur (القلب, Qalb) possède une facette tournée vers le Corps et les affaires de ce monde, et une autre tournée vers le rapprochement avec Dieu et le fait de faire comme les anges : "وتحقيقهما أن القلب له وجهان: وجه يميل إلى البدن والجوارح، ووجه يميل إلى التجرد والصرافة**؛ وكذلك العقل له وجهان: وجه يميل إلى البدن والحواس، ووجه يميل إلى التجرد والصرافة. فسموا ما يلي جانب السفل: قلبا وعقلا، وما يلي جانب الفوق: روحا وسرا" (Hujjat ullâh il-bâligha, 2/239 ; **أي إلى التقرب من الله وإلى التشبه بالملائكة).

Shâh Waliyyullâh décrit les attributs et faits de chacune de ces 3 facultés :
"فـالقلب من صفاته وأفعاله: الغضب والجراءة والحب والجبن والرضا والسخط والوفاء بالمحبة القديمة والتلون في الحب والبغض وحب الجاه والجود والبخل والرخاء والخوف.
والعقل من صفاته وأفعاله: اليقين والشك والتوهم وطلب الأسباب لكل حادث والتفكر في حيل جلب المنافع ودفع المصار.
والنفس منتهى صفاتها: الشره في المطاعم والمشارب اللذيذة وعشق*** النساء ونحو ذلك"
(Hujjat-ullâh il-bâligha, 2/226-237). (*** Il s'agit du "الاشتهاء إلى النساء" global. Sinon, le fait d'aimer son épouse pour ses qualités et les années de vie passées ensemble, cela relève pour sa part du Cœur, Qalb, "القلب".)

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Que recouvrent ici, dans cet article, les termes "Tab'" et "'Aql" ?

– Le terme "Tab'" ("Nature de l'homme") désigne :
--- le Hawâ, donc les désirs et pulsions naturels de l'homme ;
--- ainsi que la part du Qalb qui touche les affaires du Corps et les affaires de ce monde : les sentiments, les émotions, etc. (à l'exclusion de la part du Qalb qui touche au rapprochement avec Dieu ainsi qu'aux affaires du monde des anges : cela relève de la Fit'ra, et donc aussi de la Tab' au sens général, mais pas de la Tab' au sens particulier que le terme a ici dans cet article).

L'adjectif "Tab'î" désigne donc : "ce qui est Naturel chez l'homme".

– Quant au terme "'Aql", "Raison", il s'emploie pour désigner plusieurs choses (qui sont d'ailleurs voisines), mais l'une d'elles est comme suit : on nomme "raison" ('Aql) cette aptitude que l'homme doit développer en lui de ne pas se laisser mener par ce que lui dictent ses pulsions physiques ou ses émotions naturelles (Tab'), mais de canaliser et contrôler celles-ci.

C'est pourquoi j'ai traduit l'adjectif "'Aqlî" ici : par "Volontaire et Entretenu" (et non plus par : "Conforme à la Raison", comme c'est le cas dans mon autre article : Le qualificatif "عقليّ" ("Aqlî"), "Rationnel", possède plusieurs sens. - Tous les éléments du Dîn peuvent-ils être établis par la Raison (العقل) Seule ? sont-ils pour autant "irrationnels" ?).

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On dit ainsi : "C'est la Raison ('Aql) qui doit dominer les Désirs (Hawâ) et les Emotions ou Sentiments (Qalb)".
L'islam enseigne d'ajouter : "De plus, cette Raison ('Aql) – qui travaille déjà avec l'éclairage du Cœur, Qalb – doit s'éclairer encore plus à la lumière de la révélation (Shar' / Dîn)".

En fait Tab'î et 'Aqlî relèvent de 2 registres différents.

Quand, dans la Sunna, il est dit de la femme qu'elle est "Nâqissatu 'Aql" ("ما رأيت من ناقصات عقل ودين أذهب للب الرجل الحازم من إحداكن" : al-Bukhârî, 298, Muslim, 79-80), cela ne signifie pas qu'elle aurait une moindre intelligence que l'homme, mais que, chez elle, c'est à un degré moindre que chez l'homme que la Raison domine les Emotions et les Sentiments.

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La dichotomie "Tab'" / "'Aql" est visible dans par exemple l'ensemble des écrits suivants de Shâh Waliyyullâh :

--- "اعلم أن الرجل العتيك (...) هو الذي غلب عقله على قلبه - مع قوة قلبه وسبوغ قواه -، وقهر قلبه عل نفسه ووفور مقتضياتها؛ فهذا هو الذي تمت أخلاقه، وقويت فطرته. ودونه أصناف كثيرة متفاوتة يظهرها التأمل الصحيح. وأما الحيوان الأعجم، ففيه القوى الثلاث أيضا، إلا أن عقله مغلوب قلبه ونفسه في الغاية، فلم يستحق التكليف، ولا لحق بالملا الأعلى، وهو قوله تبارك وتعالى: {ولقد كرمنا بني آدم وحملناهم في البر والبحر ورزقناهم من الطيبات وفضلناهم على كثير ممن خلقنا تفضيلا}. وهذا الرجل العتيك إن كان عقله منقادا للعقائد الحقة المأخوذة من الصادقين الآخذين عن الملأ الأعلى - صلوات الله عليهم -، فهو المؤمن حقا. (...). وإن كان عقله منقادا لعقائد زائغة مأخوذة من المضلين المبطلين فهو الملحد الضال. وإن كان" :
"Sache que l'homme fort (...) c'est celui dont la Raison domine
les [Emotions et Sentiments du] Cœur - cela malgré la force de son Cœur et le caractère complet de ses facultés -, et dont le Cœur domine le Physique et les demandes complètes de celui-ci ; voilà celui dont les qualités sont complètes, et dont la nature humaine est forte. 
Moindre que lui sont les autres types (parmi les humains), lesquels sont eux-mêmes de degrés différents, ce qu'une réflexion correcte révélera.
Quant à l'animal, ces 3 facultés [Hawâ, Qalb et 'Aql] sont présentes en lui, mais sa Raison est extrêmement dominée par ses Emotions et son Physique, et c'est pourquoi il n'a pas eu la responsabilité de ses actes, ni n'a ressemblé aux anges élevés (...).

Cet homme fort :
--- si sa Raison suit les Croyances correctes, qu'elle a prises des véridiques [= les prophètes], (...) – que les bénédictions et salutations de Dieu soient sur eux
, alors (cet homme) est réellement le croyant ; (...)
--- et si sa Raison suit des Croyances erronées, qu'elle a prises de gens qui égarent et annihilent, alors (cet homme) est l'incroyant se fourvoyant. (...)"

 (Hujjat-ullâh il-bâligha, 2/240-241).
--- "ورجل ثالث يغلب عقله على القلب والنفس؛ كـالرجل المؤمن حق الإيمان، انقلب حبه وبغضه وشهوته إلى ما يأمر به الشرع وإلى ما عرف من الشرع جوازه بل استحبابه، فلا يبتغي أبدا عن حكم الشرع حولا" (Hujjat-ullâh il-bâligha, 2/238).
--- تهذيب العقل هو السبب في تهذيب القلب والنفس؛" (Hujjat-ullâh il-bâligha, 2/244).
--- "وذلك لأنه ركب في الإنسان دواعي* الأكل والشرب والنكاح، وجعل قلبه مطية للأحوال الطبيعية كالحزن والنشاط والغضب والوجل وغيرها، فلا يزال مشغولا بها (إذ كل حالة يتقدمها توجه النفس إلى أسبابها وانقياد القوى العلمية لما يناسبها، ويجتمع معها استغراق النفس فيها وذهولها عما سواها، ويتخلف عنها بقية ظلها ووضر لونها)؛ فتمر الأيام والليالي، وهو على ذلك، لا يتفرغ لتحصيل غيرها من الكمال. ورب إنسان ارتطمت قدماه في هذا الوحل، فلم يخرج منه طول عمره. ورب إنسان غلب عليه حكم الطبع، فخلع رقبته عن رقبة الرسم** والعقل، ولم ينزجر بالملامة؛ وهذا الحجاب يسمى بالنفس. لكن من تم عقله، وتوفر تيقظه، يختطف من أوقاته فرصا يركد فيها أحوال الطبيعة، ويتسع نفسه لهذه الأحوال وغيرها، ويستوجب لفيضان علوم أخرى غير استيفاء مقتضيات الطبع، ويشتاق إلى الكمال النوعي بحسب القوتين العاقلة والعاملة" (Hujjat-ullâh il-bâligha, 1/169). (* Ailleurs il a dit que cela relève des penchants du Nafs : 2/235, c'est-à-dire du Hawâ. ** Ce terme désigne, sous la plume de Shâh Waliyyullâh : les us et coutumes de la société parmi lesquels l'individu vit, ainsi que : la conformité avec ces us et coutumes de la société et le regard de ses membres.)

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II) Ci-après différents types de Tab'î :

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1) Il y a le Tab'î que la Shar' approuve et qu'elle encourage. Le 'Aqlî (s'éclairant par la Shar') doit alors approuver et maintenir ce type de Tab'î, tout en gardant la maîtrise :

----- 1.1) Il y a ici le Tab'î que la Shar' approuvé et qu'elle soutient, tout en demandant que le 'Aqlî garde le contrôle pour que l'élan Tab'î ne mène pas l'homme à franchir certaines limites Shar'î :

Un fils / une fille a de l'affection pour ses parents :
Cela est naturel, inné, et l'islam ne fait qu'encourager cela (tout en rappelant de ne pas suivre les parents s'ils ordonnent de faire ce que Dieu a strictement interdit, ou interdisent de faire ce que Dieu a formellement rendu obligatoire).

Un époux a de l'affection pour son épouse, une épouse a de l'affection pour son époux :
Cela est naturel, et l'islam ne fait qu'encourager cela. A 'Amr ibn ul-As qui lui demandait qui, parmi les humains, le Prophète (sur lui soit la paix) aimait le plus, il répondit : "Aïcha" : "عن أبي عثمان، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم بعث عمرو بن العاص على جيش ذات السلاسل، قال: فأتيته فقلت: أي الناس أحب إليك؟ قال: "عائشة." قلت: من الرجال؟ قال: "أبوها." قلت: ثم من؟ قال: "عمر." فعد رجالا، فسكت مخافة أن يجعلني في آخرهم" (al-Bukhârî 4100, Muslim 2384).

Quelqu'un a de l'affection pour les gens de sa parenté :
Cela est naturel, et l'islam ne fait qu'encourager cela.
Cependant, cela doit rester sous contrôle, et ne pas tomber dans l'excès, poussant alors à l'esprit de clan, et à percevoir le "juste" et l'"injuste" en fonction de l'appartenance et la non-appartenance, à sa famille, des deux personnes en litige. "Est-ce que relève de l'esprit partisan ("al-'assabiyya") le fait que l'homme aime les gens de sa tribu ? demanda-t-on un jour. - Non, relate ce hadîth. Mais relève de l'esprit partisan le fait que l'homme aide les gens de sa tribu dans une cause qui n'est pas juste" : "عن عباد بن كثير الشامي، عن امرأة منهم يقال لها فسيلة، قالت: سمعت أبي يقول: سألت النبي صلى الله عليه وسلم، فقلت: "يا رسول الله، أمن العصبية أن يحب الرجل قومه؟" قال: "لا، ولكن من العصبية أن يعين الرجل قومه على الظلم" (Ibn Mâja, 39349 ; voir aussi Abû Dâoûd, 4454 : tous deux dha'îf). "Aide ton frère qu'il soit dans le juste ou l'injuste, dit encore le Prophète. – Je l'aiderai certes quand il est dans le juste, demanda un Compagnon, mais comment l'aider alors qu'il est injuste ?Tu l'empêcheras de commettre l'injustice : c'est l'aide que tu lui apporteras" (al-Bukhârî, 6552).

Aimer consommer des aliments naturels et délicieux, boire de l'eau fraîche un jour de chaleur :
Cela est reconnu et approuvé par la Shar'. Le Prophète (sur lui soit la paix) aimait l'aliment sucré ainsi que le miel : "عن عائشة رضي الله عنها، قالت: كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يحب الحلواء والعسل" (al-Bukhârî, 5115, Muslim, 1474). Il est relaté que le prophète-roi David (sur lui soit la paix) disait cette invocation : "Ô Dieu, je Te demande Ton amour, l'amour de celui qui T'aime, et l'action qui me fera parvenir à Ton amour. Fais que Ton amour me soit plus aimé que moi-même et les miens, et que l'eau fraîche" : "كان من دعاء داود يقول: اللهم إني أسألك حبك، وحب من يحبك، والعمل الذي يبلغني حبك. اللهم اجعل حبك أحب إلي من نفسي وأهلي، ومن الماء البارد" (at-Tirmidhî, 3490, hadîth dha'îf d'après al-Albânî).
Lire notre article : L'amour : une qualité à orienter et développer.

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----- 1.2) Et il y a le Tab'î que la Shar' approuve en soi, et qu'elle soutient, mais à condition que ce Tab'î demeure sous le contrôle du 'Aqlî :

Pleurer lors de la séparation (par la mort) d'un proche / Pleurer en voyant la souffrance d'autrui :
--- le Sabr, Patience, est obligatoire : pas de révolte contre la Décision de Dieu ;
--- par contre, pour ce qui est d'éprouver de la tristesse à cause de la séparation (ou à cause de la souffrance que l'on constate chez autrui) et de verser des larmes, cela n'est nullement interdit, ni même légèrement déconseillé, cela est bien. Le Prophète a pleuré à l'occasion du décès de proches parents ou d'amis. Il a pleuré notamment lors du décès de son fils Ibrâhîm en bas-âge : "L'œil pleure. Le cœur est triste. (Mais) nous ne disons que ce que notre Seigneur agrée. Et nous sommes, ô Ibrâhîm, attristés par la séparation d'avec toi" : "عن أنس بن مالك رضي الله عنه، قال: دخلنا مع رسول الله صلى الله عليه وسلم على أبي سيف القين، وكان ظئرا لإبراهيم عليه السلام، فأخذ رسول الله صلى الله عليه وسلم إبراهيم، فقبله، وشمه. ثم دخلنا عليه بعد ذلك وإبراهيم يجود بنفسه، فجعلت عينا رسول الله صلى الله عليه وسلم تذرفان. فقال له عبد الرحمن بن عوف رضي الله عنه: وأنت يا رسول الله؟ فقال: "يا ابن عوف إنها رحمة"، ثم أتبعها بأخرى فقال صلى الله عليه وسلم: "إن العين تدمع، والقلب يحزن، ولا نقول إلا ما يرضى ربنا، وإنا بفراقك يا إبراهيم لمحزونون" (al-Bukhârî, 1241, Muslim, 2315). La tristesse est affaire de Cœur ; l'acceptation du Destin de Dieu est affaire de Raison. "عن أبي هريرة، قال: زار النبي صلى الله عليه وسلم قبر أمه، فبكى وأبكى من حوله، فقال: "استأذنت ربي في أن أستغفر لها فلم يؤذن لي، واستأذنته في أن أزور قبرها فأذن لي، فزوروا القبور فإنها تذكر الموت" (Muslim, 976). "عن أنس بن مالك رضي الله عنه أن النبي صلى الله عليه وسلم: نعى جعفرا، وزيدا قبل أن يجيء خبرهم، وعيناه تذرفان" (al-Bukhârî, 3431). "عن أنس بن مالك رضي الله عنه، قال: شهدنا بنتا لرسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: ورسول الله صلى الله عليه وسلم جالس على القبر، قال: فرأيت عينيه تدمعان. قال: فقال: "هل منكم رجل لم يقارف الليلة؟" فقال أبو طلحة: أنا. قال: "فانزل" قال: فنزل في قبرها" (al-Bukhârî, 1225). Le Prophète a même pleuré lorsque venu au chevet de Sa'd ibn 'Ubâda, alors malade au point d'être tombé sans connaissance : "عن عبد الله بن عمر رضي الله عنهما، قال: اشتكى سعد بن عبادة شكوى له، فأتاه النبي صلى الله عليه وسلم يعوده، مع عبد الرحمن بن عوف وسعد بن أبي وقاص وعبد الله بن مسعود رضي الله عنهم. فلما دخل عليه فوجده في غاشية أهله، فقال: "قد قضى؟" قالوا: "لا يا رسول الله". فبكى النبي صلى الله عليه وسلم. فلما رأى القوم بكاء النبي صلى الله عليه وسلم، بكوا. فقال: "ألا تسمعون؟ إن الله لا يعذب بدمع العين، ولا بـحزن القلب، ولكن يعذب بهذا - وأشار إلى لسانه - أو يرحم. وإن الميت يعذب ببكاء أهله عليه" (al-Bukhârî, 1242, Muslim, 924).
Or, ici, la tristesse et les larmes qui coulent ne sont pas juste tolérés (comme c'est le cas pour d'autres actions, de la Catégorie 3), elles sont l'expression d'une miséricorde : le Prophète l'a dit à Abd ur-Rahmân ibn 'Awf (voir plus haut) ; de même, répondant à Sa'd qui l'interrogeait sur ses larmes quand il croyait sa petite-fille Umâma bint Zaynab (FB 3/199-200) à l'orée de la mort, le Prophète répondit que ces larmes sont (l'expression d')"une miséricorde que Dieu a placée dans le cœur de ceux dont Il l'a voulu parmi Ses serviteurs, et qu'"Il ne fera miséricorde qu'à ceux de Ses serviteurs qui auront été miséricordieux" : "عن أسامة بن زيد رضي الله عنهما: أن ابنة للنبي صلى الله عليه وسلم أرسلت إليه، وهو مع النبي صلى الله عليه وسلم وسعد وأبي، نحسب "إن ابنتي قد حضرت فاشهدنا"، فأرسل إليها السلام ويقول: "إن لله ما أخذ وما أعطى، وكل شيء عنده مسمى، فلتحتسب ولتصبر." فأرسلت تقسم عليه. فقام النبي صلى الله عليه وسلم، وقمنا. فرفع الصبي في حجر النبي صلى الله عليه وسلم ونفسه جئث، ففاضت عينا النبي صلى الله عليه وسلم. فقال له سعد: "ما هذا يا رسول الله؟" قال: "هذه رحمة وضعها الله في قلوب من شاء من عباده، ولا يرحم الله من عباده إلا الرحماء" (al-Bukhârî, 5331 etc., Muslim, 923). C'est pourquoi an-Nawawî écrit que (verser des larmes de façon modérée), cela est "une fadhîla" : "معناه أن سعدا ظن أن جميع أنواع البكاء حرام وأن دمع العين حرام، وظن أن النبي صلى الله عليه وسلم نسي فذكره. فأعلمه النبي صلى الله عليه وسلم أن مجرد البكاء ودمع بعين ليس بحرام ولا مكروه بل هو رحمة وفضيلة، وإنما المحرم النوح والندب والبكاء المقرون بهما أو بأحدهما" (ShM 6/225).
Par contre, les pleurs très abondants mais n'allant pas jusqu'aux cris semblent pour leur part être seulement autorisés (jâ'ïz).

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2) Le Tab'î que la Shar' a considéré purement autorisé. Le 'Aqlî (s'éclairant par la Shar') peut alors maintenir ce type de Tab'î, tout en gardant la maîtrise :

Aimer son pays de naissance, ses coutumes, etc. :
Cela est naturel et est en soi Mubâh (autorisé).
Ce qu'il ne faut pas, c'est seulement que ces coutumes transgressent un interdit Shar'î, ou induisent le délaissement d'une obligation Shar'î.
Lire notre article : Quelques différences culturelles existant, en Arabie même, à l'époque du Prophète (صلى الله عليه وسلم), entre les musulmans de La Mecque et les musulmans de Médine ou d'ailleurs.

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3) Le Tab'î que la Shar' a seulement toléré, et cela aussi à une certaine condition. Le 'Aqlî (éclairé par la Shar') doit alors se différencier de ce type 3 de Tab'î :

----- 3.1) Il y a le Tab'î que la Shar' tolère tant que cela est sous le contrôle du 'Aqlî :

La Karâhiyya Tab'iyya pour le résultat (Maf'ûl) de certains Faits (Af'âl) de Dieu qui se traduisent (Maf'ûl) par une Difficulté (Sayyi'a Kawniyya) pour soi :
Cela concerne des malheurs survenus dans sa vie. Il y a ici 2 choses :
--- le Sabr, Patience : cela est obligatoire : il s'agit de ne pas être en colère intérieurement contre la Décision de Dieu, de ne pas prononcer de parole contre cette Décision, et de ne pas faire d'actions interdites par Dieu ;
--- par contre, pour ce qui est du Ridhâ' bi-l-maqdhî bihî (Contentement par rapport au Résultat de la Décision de Dieu), cela est obligatoire au niveau 'Aqlî mais pas au niveau Tab'î. Il est alors toléré que quelqu'un dise alors : "J'aurais aimé, Tab'an, autre chose, mais, comme Dieu a décidé qu'ils sont survenus, je m'y résigne 'Aqlan, car toute Décision de Dieu est un Bien". (Alors qu'aucun malheur ne nous a frappé, on demande à Dieu : "عن أبي هريرة: كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يتعوذ من "جهد البلاء، ودرك الشقاء، وسوء القضاء، وشماتة الأعداء" : al-Bukhârî, 5987, Muslim, 2707. En fait, avant la survenue, on parle de "Sû' ul-qadhâ'" au sens de Sû' Natîjati Qadhâ' illâh : cela est général et laissé flou ; mais, si un malheur survient, par respect pour Dieu on ne dit plus qu'il s'agit d'un Sû'.)

Prendre sa revanche verbalement par rapport à celui qui nous a (réellement) fait du tort :
Le mieux est de pardonner. Mais, certaines personnes ne pouvant pas passer sur l'injustice qu'elles ont réellement subie, cet élan Tab'î a été reconnu, et, bien que "moins bien", a été gardé "légal", à condition qu'il demeure sous le contrôle de la 'Aql et que la personne qui se venge ne dépasse pas l'injustice subie.
Lire notre article : En ce Monde, pardonner à celui qui a commis une injustice à notre égard (ظُلْم, lésion de droit) relève du Fadhl (faveur). Demander réparation, voire lui rendre la pareille, relève du 'Adl (être juste) - أخذ حقك عن الغير عدل؛ والتنازل عن حقك فضل.

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----- 3.2) Et puis il y le Tab'î qui, en soi, est contraire à la Shar' mais qui est toléré par celle-ci pour cause d'impossibilité de s'en préserver totalement, cela tant qu'on ne l'exprime pas et qu'on le soumet au 'Aql :

La Karâhiyya Tab'iyya pour certains Ahkâm Shar'iyya :
Quand Dieu dit : "فَلاَ وَرَبِّكَ لاَ يُؤْمِنُونَ حَتَّىَ يُحَكِّمُوكَ فِيمَا شَجَرَ بَيْنَهُمْ ثُمَّ لاَ يَجِدُواْ فِي أَنفُسِهِمْ حَرَجًا مِّمَّا قَضَيْتَ وَيُسَلِّمُواْ تَسْلِيمًا"  (Coran 4/65), dans lequel Il dit (entre autres) que les croyants ne doivent "pas ressentir en eux-mêmes de gêne par rapport" aux lois de la Shar', une telle gêne :
– constitue une parole de kufr akbar si elle consiste en l'expression, par la Langue, d'un rejet, du mépris ou du dégoût vis-à-vis d'une norme qui est ma'lûm min ad-dîn dharûratan ("Cette norme est injuste !") ;
– constitue un acte intérieur de kufr akbar si elle consiste en le rejet de, du mépris ou du dégoût, par la 'Aql, dans le for intérieur, par rapport à cette norme étant ma'lûm min ad-dîn dharûratan ;
– constitue un acte intérieur de fisq asghar (ou kufr asghar) si elle consiste en une gêne intérieure ressentie face à cette norme, gêne que d'une part le musulman ne laisse pas aller jusqu'au rejet (ou mépris) de cette norme, mais que, d'autre part, il entretient en son for intérieur (ce qui est le fait de sa 'Aql) ;
est complètement excusée si elle consiste en une simple gêne intérieure ressentie sur le plan Tab'î face à l'énoncé de la norme, mais que le musulman ni n'exprime par sa langue ou son geste, ni n'entretient 'Aqlan mais qu'au contraire il s'efforce de contrebalancer intérieurement, par l'acceptation volontaire ('Aqlan) de cette norme ("Aur Tab'î tanguî ma'âf hé", écrit Cheikh Thânwî quant à ce dernier point : Bayân ul-qur'ân 2/130-131).
Lire notre article : Se référer à autre chose que le Coran et la Sunna, est-ce systématiquement un acte de Kufr Akbar ? - Commentaire de Coran 4/60-70.

La Waswassa :
Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "عن أبي هريرة قال : قال رسول الله صلى الله عليه وسلم : "لا يزال الناس يتساءلون حتى يقال: "هذا خلق اللهُ الخلقَ، فمن خلق الله؟" فمن وجد من ذلك شيئا، فليقل: "آمنت بالله" : "Les hommes se posent des questions, jusqu'à se demander : "Dieu a certes créé la création (l'univers), eh bien qui donc a créé Dieu ?" Celui parmi vous qui ressent de cette [question] quelque chose [traverser son esprit], qu'il dise : "Je crois en Dieu"" (Muslim, 134). C'est là soit l'effet de ce que le Diable insuffle dans le for intérieur de l'homme, soit un questionnement naturel émanant de la raison humaine.
En fait, ressentir l'existence et la présence de Dieu est l'affaire du Cœur et n'est en rien contraire à la Raison. C'est de façon volontaire que le For Intérieur apporte foi en ce que le Cœur souffle. Cependant, la Raison étant habituée à raisonner dans un rapport d'espace, de temps et de lien de cause à effet, elle "tourne à vide" lorsqu'elle cherche à appréhender complètement l'idée d'un Etre qui n'a pas de début. Le Prophète a enseigné de chercher à dépasser et à contourner cette question (insoluble pour la pure raison humaine) en réaffirmant sincèrement son adhésion à la foi : "Je crois en Dieu" (dans une autre version : "Je crois en Dieu et en Ses Messagers").
Lire notre article : La foi musulmane et le doute - 4 Degrés (et sens) au terme "doute" (الشكّ) (suivi d'un Degré 0, qui ne consiste pas du tout en cela) - Le prophète Abraham (عليه السلام) douta-t-il de la Capacité de Dieu à ressusciter les morts ?.

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4) Le Tab'î qui peut exister chez certaines personnes, mais que la Shar' n'a pas toléré. Le 'Aqlî (éclairé par la Shar') doit alors se différencier de ce type 4 de Tab'î, et lutter pour qu'il n'y ait pas passage à l'acte :

Ainsi en est-il de tout ce qui est penchants que certains hommes peuvent avoir en eux de tuer, de violer, de voler, d'avoir des relations consenties avec une personne du même sexe :
Tout cela est peut-être Tab'î chez ces personnes précises, mais leur 'Aql doit rester maître, et les empêcher de passer à l'acte. Ces personnes peuvent, pour cela, se faire aider par les hommes adéquats, qui leur fourniront un accompagnement.
Lire notre article : La présence d'un gène constitue-t-elle une excuse ?.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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