L'Evangile, c'est "la Sunna" de Jésus fils de Marie (que la paix soit sur lui)

I) Qu'est-ce que l'Evangile reçu par Jésus ?

Ce terme "Evangile", d'origine grecque, signifie : "bonne nouvelle".

Il s'agissait de la substance du message que Jésus a délivré oralement : c'était une bonne nouvelle de la part de Dieu, adressée à ceux qui la mériteraient.

Jésus, qui s'exprimait en araméen, la langue courante alors en Palestine, a assurément employé un autre mot pour dire "Bonne nouvelle", un mot aujourd'hui inconnu et dont "Evangile" n'est que la traduction en grec.

Cependant, c'est ce terme grec qui s'est ensuite répandu pour désigner le message de Jésus. Le Coran l'a donc repris, en tant que terme usuel, pour désigner une réalité connue :
"وَقَفَّيْنَا بِعِيسَى ابْنِ مَرْيَمَ وَآتَيْنَاهُ الْإِنجِيلَ" : "Et Nous avons envoyé sur (leurs) traces Jésus fils de Marie, et Nous lui avons donné l'Evangile" (Coran 57/27).
"الرَّسُولَ النَّبِيَّ الأُمِّيَّ الَّذِي يَجِدُونَهُ مَكْتُوبًا عِندَهُمْ فِي التَّوْرَاةِ وَالإِنْجِيلِ" : "le messager prophète illettré, qu'ils trouvent mentionné auprès d'eux dans la Torah et l'Evangile" (Coran 7/157).
"وَمَثَلُهُمْ فِي الْإِنجِيلِ كَزَرْعٍ أَخْرَجَ شَطْأَهُ فَآزَرَهُ فَاسْتَغْلَظَ فَاسْتَوَى عَلَى سُوقِهِ يُعْجِبُ الزُّرَّاعَ لِيَغِيظَ بِهِمُ الْكُفَّارَ"
(Coran 48/29).

Il faut ici savoir que ce mot "Evangile" a été également utilisé pour nommer les écrits relatant le déroulement de la vie et surtout de la mission de Jésus : on y trouve relatées certaines de ses paroles et certaines des choses qu'il a faites (ses voyages, ses miracles, des actions qu'il a eues vis-à-vis de personnes qu'il a rencontrées), le tout dans une perspective chronologique.

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Cela est tout à fait comparable au terme "Sunna" chez nous musulmans :

En effet, en soi "le terme "Sunna" désigne : l'enseignement réellement laissé par le Prophète, et qui vient compléter le Coran : il s'agit donc de l'ensemble des Hadîths du Prophète.
Mais ensuite le terme "Sunna" a été (et est toujours) utilisé pour désigner les recueils concernant une quantité conséquente de ces Hadîths : "كُتُبُ السُنَّة" désigne les recueils de hadîths, où l'on trouve ces enseignements du Prophète.

Les Evangiles ressemblent plus précisément aux Sîra chez nous, qui, eux, aussi, présentent la perspective chronologique de la mission du prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue), ainsi que certains des propos, actes et approbations qu'il a faites durant cette mission.

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L'Evangile de Jésus, et les Evangiles :

Il y a donc l'Evangile originel, qui est un enseignement ayant été révélé à Jésus, et qu'il a exprimé par ses paroles, ses actes et ses approbations.

Et il y a les Evangiles : ce sont les essais de présentation de cet Evangile originel, de ce message de Jésus.
C'est bien pourquoi on lit leur titre ainsi :
"L'Evangile selon Matthieu",
"L'Evangile selon Marc",
– etc.
Le terme "selon" prouve bien que ce sont des essais, des tentatives, faites par Matthieu, Marc, etc., de relater les actes, les propos et la mission de Jésus.

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Cela est également comparable aux Livres de Josué, Esaïe, Jérémie, etc. :

En effet, le Livre de Josué, le Livre de Esaïe, le Livre de Jérémie, etc. : ce sont des Sîra de ces prophètes, où l'on retrouve aussi, dans une perspective chronologique (et après présentation du prophète et de sa lignée), relatés : des actes, des propos de ces prophètes, et également des révélations (à la Première Personne) faites par Dieu à ces prophètes.

La différence entre les livres de Josué, Esaïe, Jérémie, etc., et le "livre de Jésus", c'est que, contrairement aux premiers, pour le dernier il existe plusieurs tentatives de relater la Biographie et la Mission de Jésus. On appelle ces tentatives : "LES Evangiles".

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II) Quelques versets coraniques en rapport avec cela :

A propos de la Sunna :

"وَأَنزَلَ اللّهُ عَلَيْكَ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَعَلَّمَكَ مَا لَمْ تَكُنْ تَعْلَمُ وَكَانَ فَضْلُ اللّهِ عَلَيْكَ عَظِيمًا" : ici on lit que "Dieu a fait descendre sur toi", ô Prophète, "le Kitâb", mais aussi "la Hikma" (Coran 4/113). La preuve que "Kitâb et Hikma" signifient : "Coran et Sunna" c'est que Dieu, par ailleurs, s'adresse aux épouses du prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue) en ces termes : "وَاذْكُرْنَ مَا يُتْلَى فِي بُيُوتِكُنَّ مِنْ آيَاتِ اللَّهِ وَالْحِكْمَةِ" : "Et souvenez-vous de ce qui est récité dans vos maisons, de versets de Dieu et de Hikma" (Coran 33/33). Qu'est-ce donc qui était dit dans leurs demeures, en sus des "versets de Dieu" (= le Coran), si ce ne sont les Hadîths, dont l'ensemble constitue la Sunna ?

La Sunna a donc été elle aussi révélée au prophète Muhammad (sur lui soit la paix). Parmi les éléments ta'abbudî, les principes généraux (kulliyya) ont tous été révélés au Prophète (soit dans le Coran, soit par "Sunna  révélée"). Quant aux éléments ta'abbudî détaillés (tafsîlî) laissés par le prophète Muhammad, certains d'entre eux ont été révélés au Prophète, alors que d'autres sont le résultat de la réflexion (ijtihâd) que le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a faite par rapport aux principes généraux et au réel.
Lire à ce sujet nos 4 articles suivants :
--- Pourquoi se référer non seulement au Coran mais aussi aux Hadîths ?
--- Les 4 principales missions du prophète Muhammad (صلى الله عليه وسلّم).
--- Quand le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) hésitait quant à savoir si, à tel réel (واقِع), c'était tel hukm lui ayant été révélé qui s'appliquait ou pas.
--- Y a-t-il des preuves dans les Hadîths et les Âthâr, de l'existence des différents degrés de divergence que nous avons exposés ? (صور مذكورة في الأحاديث والآثار، تندرج تحت الدرجات المتعددة للاختلافات) - (article 2/4).

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A propos de l'Evangile :

La même chose est dite au sujet de "l'Evangile" : Dieu "l'a fait descendre" :
"نَزَّلَ عَلَيْكَ الْكِتَابَ بِالْحَقِّ مُصَدِّقاً لِّمَا بَيْنَ يَدَيْهِ وَأَنزَلَ التَّوْرَاةَ وَالإِنجِيلَ مِن قَبْلُ هُدًى لِّلنَّاسِ" : "Et Il a fait descendre la Torah et l'Evangile auparavant, comme guidance pour les hommes" (Coran 3/3-4).

On lit aussi ceci : "وَقَفَّيْنَا عَلَى آثَارِهِم بِعَيسَى ابْنِ مَرْيَمَ مُصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَيْهِ مِنَ التَّوْرَاةِ وَآتَيْنَاهُ الإِنجِيلَ فِيهِ هُدًى وَنُورٌ وَمُصَدِّقًا لِّمَا بَيْنَ يَدَيْهِ مِنَ التَّوْرَاةِ وَهُدًى وَمَوْعِظَةً لِّلْمُتَّقِينَ" : "Et Nous avons envoyé sur leurs traces Jésus fils de Marie, confirmant ce qu'il y a avant lui : la Torah. Et Nous lui avons donné l'Evangile dans lequel se trouve guidance et lumière, et (comme) confirmant ce qu'il y a avant lui : la Torah, et comme guidance et conseil pour les pieux" (Coran 5/46).

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III) Ecrits de Ibn Taymiyya sur le sujet :

"وإذا كان الإنجيل يشبه السنة المنزلة فإنه يقع في بعض ألفاظها غلط كما يقع في كتب السيرة، وسنن أبي داود والترمذي وابن ماجه" : "Et comme l'Evangile ressemble à la Sunna Révélée, il se trouve dans certains de ses passages des erreurs, comme cela se trouve dans les ouvrages de Sîra, dans les Sunan de Abû Dâoûd, de at-Tirmidhî et de Ibn Mâja" (Ibid., 2/10-11) (voir aussi 2/15).

"وأما الإنجيل، فليس فيه شريعة مستقلة، ولا فيه الكلام على التوحيد وخلق العالم وقصص الأنبياء وأممهم؛ بل أحالهم على التوراة في أكثر الأمر. ولكن أحلّ المسيح بعض ما حرّم عليهم، وأمرهم بالإحسان والعفو عن الظالم واحتمال الأذى، والزهد في الدنيا، وضرب الأمثال لذلك. فعامة ما امتاز به الإنجيل عن التوراة بمكارم الأخلاق المستحسنة، والزهد المستحب، وتحليل بعض المحرمات" :
"Quant à l'Evangile, il ne s'y trouve pas de Loi autonome, ni des propos concernant le fait de proclamer l'Unicité de Dieu, la création du monde et les récits des prophètes et de leurs peuples. Pour la plupart de (cela) il a renvoyé les (fils d'Israël) à la Torah.
Par contre, le Messie a rendu licite pour eux certaines des choses qui leur avaient été déclarées illicites, leur a ordonné le bien-agir, (leur a fortement recommandé) de pardonner à celui qui agit injustement et de supporter le tort, (leur a ordonné) de détacher leur coeur de ce monde, et leur a cité des paraboles pour cela. La plupart de ce par quoi l'Evangile se distingue de la Torah c'est (l'insistance mise sur) les qualités du cœur, le désintéressement recommandé par rapport à ce monde, et le fait de déclarer licites certaines choses (auparavant) illicites"
(Al-Jawâb us-sahîh, 3/189-190)

Dieu relate dans le Coran que l'Ange Gabriel (l'Esprit de Sainteté) avait dit à Marie : "وَيُعَلِّمُهُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَالتَّوْرَاةَ وَالإِنجِيلَ" : "Et Il lui enseignera le Kitâb et la Hikma, la Torah et l'Evangile" (Coran 3/148). Il y a aussi ce passage où on lit la même formulation : "وَإِذْ عَلَّمْتُكَ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَالتَّوْرَاةَ وَالإِنجِيلَ" (Coran 5/110). Je m'étais demandé s'il n'existait pas un tafsîr selon lequel les deux derniers termes seraient ici le commentaire des deux premiers : l'Evangile a, par rapport à la Torah, le rapport que, de façon générale, une Hikma a par rapport au Kitâb qu'elle concerne (ce qui englobe la Sunna et le Coran aussi) : l'Evangile complète la Torah en la détaillant, et aussi en la nuançant (là où cela est nécessaire).

D'où le titre de cet article : "L'Evangile, c'est "la Sunna" de Jésus fils de Marie (que la paix soit sur lui)". Ce titre est bien sûr à appréhender en tant que métonymie, ou métaphore. Comme c'est le cas (d'après l'une des deux interprétations) avec le hadîth où le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "خُفِّفَ على داود القرآن" (al-Bukhârî, 3235, 4436). Comme c'est le cas avec le hadîth où il est dit de Abû Jahl : "هذا فرعون هذه الأمة" (Ahmad, dha'îf ; qâbil li-t-tahsîn). Ainsi que le hadîth où il est dit des Qadarites : "القدرية مجوس هذه الأمة" (Abû Dâoûd, 4691, hassan d'après al-Albânî).

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Parlant des textes de la Torah et de l'Evangile, Ibn Taymiyya écrit encore :
"ما وقع من التبديل قليل؛ والأكثر لم يبدل. والذي لم يبدل، فيه ألفاظ صريحة تبين بها المقصود من غلط ما خالفها ولها شواهد ونظائر متعددة يصدق بعضها بعضا؛ بخلاف المبدل، فإنه ألفاظ قليلة، وسائر نصوص الكتب يناقضها. وصار هذا بمنزلة كتب الحديث المنقولة عن النبي صلى الله عليه وسلم، فإنه إذا وقع في سنن أبي داود والترمذي أو غيرهما أحاديث قليلة ضعيفة، كان في الأحاديث الصحيحة الثابتة عن النبي صلى الله عليه وسلم ما يبين ضعف تلك" :
"Les modifications  (par rapport à la réalité historique) qui s'y sont produites sont en petit nombre ; la plus grande partie n'a pas été modifiée. Et la part qui n'a pas été modifiée, il s'y trouve des termes clairs qui explicitent ce qui est recherché : le caractère erroné de ce qui le contredit ; et il y a à cela des exemples multiples, les uns certifiant les autres. Cela contrairement à ce qui a été modifié : cela constitue des termes en petit nombre, et le reste des textes des livres les contredisent.
Cela est comparable aux recueils de Hadîths qui sont rapportés du Prophète, que Dieu le bénisse et le salue ; lorsqu'il se trouve dans les Sunan de Abû Dâoûd ou de at-Tirmidhî ou autre, des Hadîths en petit nombre qui sont faibles, il existe dans les Hadîths authentiques, établis du Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, ce qui montre le caractère faible de cela"
(Ibid., 1/329).

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III) N'y a-t-il eu que 4 essais de transmission du Message de Jésus ?

Ceux dont dispose actuellement le public au sujet de la vie et de la mission de Jésus sont les quatre "Evangiles canoniques" :
– Evangile selon Matthieu,
– Evangile selon Marc,
– Evangile selon Luc,
– Evangile selon Jean.

Ce ne sont cependant pas les seuls documents existant au sujet de la vie et des propos de Jésus.

Outre ces Evangiles canoniques, il existe aussi :
– Evangile selon Thomas,
– Evangile de l'Enfance,
– Evangile selon Barnabé,
– Evangile selon Pierre,
– Evangile selon Marie,
– Evangile des Hébreux,
– Evangiles des Nazaréens,
– Evangile des Ebonites,
– Evangile des Egyptiens,
– etc...

Seuls les 4 premiers ont été déclarés : "canoniques" par les Pères de l'Eglise, et tous les autres : "apocryphes", c'est-à-dire littéralement : "devant être cachés".

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"Les premiers chrétiens partageaient des exposés de la vie de Jésus et de ses enseignements. Des dizaines furent écrits, mais les Pères de l'Eglise n'en retinrent que quatre pour le Nouveau Testament.
Au cours du siècle dernier [= le XXè siècle, et en fait le XIXè siècle également], un grand nombre d'évangiles écartés ont été redécouverts. Certains, comme l'Evangile de Pierre, ressemblent aux quatre textes choisis. D'autres, comme l'Evangile de Judas, sont extrêmement différents, mettant l'accent sur le gnosis - connaissance directe de Dieu par la conscience de l'étincelle divine à l'intérieur de l'homme"
(National Geographic, mai 2006, p. 13).

C'est en 1886 que l'Evangile de Pierre est découvert en Egypte.
En 1896 : l'Evangile de Marie-Madeleine, toujours en Egypte.

En 1945, sont retrouvés près de la ville de Nag Hammadi, en Egypte, plus d'une douzaine de versions différentes des enseignements de Jésus, parmi lesquelles : Evangile de Thomas ; Evangile de Philippe ; Evangile de vérité...

Dans les années 1970, toujours en Egypte, est découvert : l'Evangile de Judas.
Et dans les années 1990, dans le même pays : l'Evangile du Sauveur.

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IV) Le Message originel de Jésus, où peut-on le trouver aujourd'hui ?

L'Evangile originel (c'est-à-dire les propos et actes historiques de Jésus) est visible (dans sa totalité ou au moins dans une proportion conséquente) aujourd'hui :
--- pour partie dans les 4 livres nommés "Evangiles canoniques",
--- et pour partie dans l'un ou l'autre des autres Evangiles.
Ainsi, l'épisode du miracle de l'oiseau de glaise réalisé par Jésus (et qui relève de ce que Jésus a réellement fait, puisque Dieu le relate de lui : Coran 3/49, Coran 5/110), cet épisode ne figure pas dans les 4 Evangiles canoniques mais dans l'Evangile de l'Enfance.

A côté de cette part authentique, les 4 Evangiles canoniques, comme les autres Evangiles "apocryphes" contiennent une part d'erreur.

Cela comme c'est le cas pour les ouvrages de Sunna ou de Sîra... Avec quand même 2 grandes différences :

1) Les ulémas, érudits musulmans, ont depuis les premiers temps reconnu que des erreurs se sont glissées dans ce qui a été attribué comme actes et paroles au prophète Muhammad, et ce dans les de Sîra comme dans les Sunan. Et ils ont, depuis les premiers temps jusqu'aujourd'hui, fait des travaux afin, d'une part, de distinguer les paroles inventées ou involontairement erronées et, d'autre part, en cas de contradiction entre deux propos authentifiés, de donner préférence à l'un sur l'autre, n'hésitant pas à dire de l'un d'eux qu'il s'agit d'une erreur (en arabe : "wahm") de la part de tel narrateur.
Or ce n'est que depuis un temps relativement récent que les érudits chrétiens se sont mis à dire ouvertement que des erreurs ont pu se glisser dans le texte des Evangiles. Des écrits seront cités plus bas, au point VI.

2) La seconde différence est que les musulmans exigent que soient mentionnées tous les maillons de la chaînes de transmission entre les témoins directs des Hadîths du Prophète et le rédacteur du recueil de Hadîths. Dans les ouvrages de Sîra, ces chaînes sont aussi mentionnées, même si elles y sont moins précises que celles des recueils de Hadîths.
Les textes des Evangiles, eux, ne mentionnent pas la chaîne de transmission, alors même que, comme on le sait désormais, ils n'ont pas été immédiatement rédigés. Nous allons y revenir au point VI, plus bas.

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V) Voici quelques erreurs se trouvant dans les recueils de la Sunna, et quelques erreurs se trouvant dans les textes des 4 Evangiles :

Dans des recueils de la Sunna :

--- Muslim a rapporté ce propos comme parole du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) : "خلق الله عز وجل التربة يوم السبت، وخلق فيها الجبال يوم الأحد، وخلق الشجر يوم الاثنين، وخلق المكروه يوم الثلاثاء، وخلق النور يوم الأربعاء، وبث فيها الدواب يوم الخميس، وخلق آدم عليه السلام بعد العصر من يوم الجمعة، في آخر الخلق، في آخر ساعة من ساعات الجمعة، فيما بين العصر إلى الليل" (Muslim, 2789). Mais al-Bukhârî a (de même que 'Alî ibn al-Madînî) fait la critique de cette relation, et a donné préférence au fait qu'elle a pour origine Ka'b al-Ahbâr et non pas le Prophète (Tafsîr Ibn Kathîr, commentaire de Coran 1/29 et de Coran 7/54).

--- Tant d'autres exemples sont visibles dans les 9 articles suivants :
----- La vérification de l'authenticité des Hadîths : dès les premiers temps ;
----- L'attribution d'un propos au Prophète et les vérifications quant à sa fiabilité ;
----- Pourquoi dit-on de certains hadîths qu'ils sont faibles ?
----- Le propos "mud'raj", "incorporé" au texte d'un Hadîth
----- Chaque hadîth rapporté par al-Bukhârî et Muslim dans leur Sahîh respectif : est-il plus authentique (أصحّ) que n'importe quel hadîth authentique n'y figurant pas ?
----- Ce qui est rapporté du Prophète (sur lui soit la paix) par Khabaru wâhidin, est-on certain (qat') qu'il l'a dit, fait, approuvé ? ou n'en a-t-on que la présomption (zann) ?
----- Classification de recueils de Hadîths d'après la fiabilité des Hadîths y étant relatés
----- Quelle différence entre recueils de Hadîths et ouvrages de Sîra ?
----- Pourquoi y a-t-il des contradictions entre différents Hadîths ?

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Dans les Evangiles :

Voici ce que Jean l'Evangéliste rapporte : "Le lendemain, Jean [= Jean-Baptiste] se trouvait de nouveau au même endroit avec deux de ses disciples. Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit : "Voici l'agneau de Dieu." Les deux disciples, l'entendant parler ainsi, suivirent Jésus" (Jean 1/35-37). "André, le frère de Simon-Pierre, était l'un de ces deux qui avait écouté Jean et suivi Jésus. Il alla trouver avant tout son propre frère Simon et lui dit : "Nous avons trouvé le Messie" – ce qui signifie le Christ. Il l'amena à Jésus" (Jean 1/40-42, plus une partie de 43).

Or voici ce que Matthieu, Marc et Luc rapporte : "Ayant appris que Jean [= Jean-Baptiste] avait été livré, Jésus se retira en Galilée" (Matthieu 4/12, voir aussi Marc 1/14 et Luc 4/14). Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon appelé Pierre et André, son frère, en train de jeter le filet dans la mer : c'étaient des pécheurs. Il leur dit : "Venez à ma suite et je vous ferai pécheurs d'hommes." Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent" (Matthieu 4/18-20).

Ainsi, d'après la narration de Jean, c'est alors que Jean-Baptiste n'avait pas encore été arrêté que André et Simon suivirent Jésus.
Alors que d'après les écrits attribués à Matthieu, Marc et Luc, c'est alors que Jean-Baptiste avait déjà été arrêté qu'ils le suivirent.

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Voici ce que Matthieu rapporte : "Et les disciples l'interrogèrent [= Jésus] : "Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'Elie doit venir d'abord ?" Il répondit : "Certes Elie va venir et il rétablira tout ; mais, je vous le déclare, Elie est déjà venu, et, au lieu de le reconnaître, ils ont fait de lui tout ce qu'ils ont voulu. Le Fils de l'homme lui aussi va souffrir par eux." Alors les disciples comprirent qu'il leur parlait de Jean le Baptiste" (Matthieu 17/10-13).

Or voici ce que Jean rapporte : "Et voici quel fut le témoignage de Jean lorsque, de Jérusalem, les Juifs envoyèrent vers lui des prêtres et des lévites pour lui poser la question : "Qui es-tu ?" Il fit une déclaration sans restriction, il déclara : "Je ne suis pas le Messie." Et ils lui demandèrent : "Qui es-tu ? Es-tu Elie ?" il répondit : "Je ne le suis pas." – Es-tu le Prophète ?" Il répondit : "Non"" (Jean 1/19-21).

La narration de Jean fait dire à Jean Baptiste qu'il nie être Elie.
Alors que la narration de Matthieu fait dire à Jésus que Jean Baptiste est bien Elie.

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Voici ce que Matthieu rapporte : "Alors, prenant la parole, Pierre lui dit : "Eh bien, nous, nous avons tout laissé et nous t'avons suivi. Qu'en sera-t-il donc pour nous ?" Jésus leur dit : "En vérité, je vous le déclare : Lors du renouvellement de toutes choses, quand le Fils de l'homme siègera sur son trône de gloire, vous qui m'avez suivi vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël" (Matthieu 19/27-28).
Il est peu probable que les 12 disciples auxquels il s'adresse alors siègent un jour sur douze trônes pour juger les 12 tribus d'Israël : en effet, parmi eux se trouve Judas l'Iscariote, celui-là même qui trahira Jésus : comment pourrait-il juger les autres ?
Jésus n'est pas un faux prophète ! Le problème, ici encore, vient de l'authenticité de l'attribution de ce propos.

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Les Evangiles canoniques relatent que Jésus fut crucifié, et qu'il le fut avec deux bandits, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche (Matthieu 27/38, Marc 15/27, Luc 23/33, Jean 19/18).

Matthieu rapporte que "les bandits crucifiés avec lui l'insultaient de la même manière" que des passants (Matthieu 27/44), et Marc relate chose semblable (15/32).
Or Luc, lui, rapporte que l'un de ces deux bandits l'insulta tandis que l'autre prit sa défense (Luc 23/39-42).

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L'Evangile de Jean rapporte que des femmes se tenaient debout près de Jésus lorsqu'il fut sur la croix, et que celui-ci parla même à un de ses disciples, lui enjoignant de prendre soin de sa mère (Jean 19/25).
Mais les Evangiles synoptiques rapportent, eux, que ces femmes se tenaient à distance du lieu de crucifixion (Matthieu 27/55, Marc 15/40, Luc 23/49).

Lire notre article : Jésus n'a pas été crucifié.

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VI) Deux causes de difficultés pour établir qu'est-ce qui est authentique et qu'est-ce qui ne l'est pas dans les textes des Evangiles :

A) Il y a d'abord le mode de transmission de chaque parole et de chaque acte de Jésus entre les disciples de Jésus – témoins directs de ces paroles et actes – et ceux qui ont rédigé les textes évangéliques : on ne dispose plus des chaînes de transmission :

Et s'il est vrai que la tradition chrétienne présentait hier les rédacteurs de l'Evangile selon Matthieu et l'Evangile selon Jean comme étant des disciples de Jésus, un certain nombre d'érudits chrétiens d'aujourd'hui ne le pensent plus. Ainsi, à propos des trois Evangiles synoptiques, les commentateurs de La Bible de Jérusalem évoquent "la théorie des Deux Sources", dont ils disent qu'elle est "aujourd'hui globalement acceptée par catholiques et protestants" (La Bible de Jérusalem, édition de 1998, p. 1696).

--- Il y aurait d'abord eu une rédaction en araméen (étape a),
--- à partir de laquelle il y aurait eu la rédaction d'œuvres intermédiaires en grec (étape b),
--- celles-ci ayant ensuite servi à la rédaction des Evangiles que nous connaissons (étape c) (Ibid., pp. 1696-1697).

Reste à savoir combien de niveaux d'œuvres intermédiaires il y a eu : 1, ou bien 2 ?.
De plus, on peut se demander si pendant un certain temps la narration de l'Evangile de Jésus ne s'est tout simplement pas faite par voie orale avant d'être transcrite en araméen puis en grec (ce qui conduirait à 4 étapes au lieu de 3).

Les commentateurs de La Bible de Jérusalem écrivent donc :
"Assurément, ni les apôtres ni les autres prédicateurs et narrateurs évangéliques n'ont cherché à faire de l'"histoire" au sens technique et moderne de ce mot. (…) Les rédacteurs évangéliques qui ont ensuite consigné et rassemblé leurs témoignages ont respecté leurs sources, comme le prouvent la simplicité et l'archaïsme de leurs compositions. (…) Si les Synoptiques ne sont pas des biographies, au sens moderne du terme, ils nous offrent cependant beaucoup d'informations historiques sur Jésus et ceux qui l'ont suivi. On peut les comparer à des vies hellénistiques populaires, comme celles de Plutarque (mais il y a aussi des modèles de telles vies dans l'AT, comme les histoires de Moïse, de Jérémie ou d'Elie).

Cependant, chacun des faits ou des dits ne peut être pris pour une reproduction littéralement exacte de ce qui s'est passé. (…) les faits contribuent à une telle mise en garde puisque nous voyons le même événement ou la même parole du Christ transmis de façon différente par les différents évangiles. Ceci vaut pour le contenu et aussi pour l'ordre selon lequel les épisodes ou les paroles sont rapportés (…)" (La Bible de Jérusalem, p. 1697).

A propos de l'Evangile selon Jean, les commentateurs de La Bible de Jérusalem écrivent :
"Cet évangile est le résultat d'une lente élaboration, comportant des éléments d'époques différentes, des retouches, des additions, des rédactions diverses d'un même enseignement. On peut tenir qu'il ait existé plusieurs sources : une source des signes, un recueil de paroles, un récit de la passion et de la résurrection, en tout cas un "écrit fondamental", connu aussi de Luc, ce qui expliquerait la parenté entre traditions johanniques et lucaniennes. Le nom de l'ultime rédacteur nous est inconnu, mais on peut toutefois préciser sa personnalité : c'est un judéo-chrétien qui s'efforce de rejudaïser l'évangile par des retouches portant sur l'eschatologie influencée par les modes de penser grecs. Peut-on maintenir un lien étroit entre le quatrième évangile et l'apôtre Jean ? Beaucoup d'auteurs reconnaissent en lui "le disciple que Jésus aimait", témoin oculaire des faits rapportés. Toutefois cette identification fait problème"
(pp. 1857-1858).

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B) A cela s'ajoute le fait que Jésus employait souvent un langage énigmatique que même ses disciples directs, sémites comme lui, ne comprenaient pas toujours. Or ne dispose plus des originaux araméens :

Ainsi, Jésus leur ayant dit un jour : "Gardez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens !", ses disciples se firent cette réflexion : "C'est que nous n'avons pas pris de pains." Jésus leur dit alors : "(…) Comment ne saisissez-vous pas que je ne vous parlais pas de pain quand je vous disais : Gardez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens." Alors ils comprirent qu'il n'avait pas dit de se garder du levain des pains, mais de l'enseignement des Pharisiens et des Sadducéens (Matthieu 16/5-12).

Le problème c'est qu'on ne dispose plus des originaux araméens relatant ces paroles du Christ mais uniquement de leurs traductions en langue grecque
. En effet, les plus anciens manuscrits dont on dispose actuellement sont : le Sinaïticus (conservé au British Museum) et le Vaticanus (conservé à la Bibliothèque vaticane), datant tous deux du milieu du IVème siècle. Il existe aussi un autre codex, "très proche du Vaticanus, contenant les quatre cinquièmes de Lc (et d'importants fragments de Jn)", qui est daté du IIIème siècle. Il y a aussi "plus de 2000 manuscrits grecs, s'échelonnant entre le IVe et le XIVe siècle" (La Bible de Jérusalem, p. 1696). Les commentateurs ajoutent qu'il est possible que les textes des Evangiles aient été constitués sous leur forme actuelle dès le milieu du IIème siècle ou même plus tôt (Ibid.).

Mais on sait que ces évangiles ont été rédigés en grec. Or Jésus s'exprimait en araméen. Traduire des propos araméens pour en faire profiter des humains qui ne parlent pas cette langue n'est pas en soi un problème. Par contre, la traduction peut devenir une réduction si on ne dispose plus de l'original, a fortiori si les propos originels sont énigmatiques, dus à des tournures propre à la langue originelle.

Un exemple : les textes des Evangiles indiquent que Jésus aurait eu des frères et sœurs (Matthieu 13/46-50, Marc 6/1-6 et Jean 7/3 et 2-12) : les termes employés (grecs adelphoi et adelphai) désignent bien des frères et sœurs biologiques. Cependant, il pourrait s'agir d'une traduction défectueuse de mots qui, en langue sémitique, voulaient certes dire "frères" et "sœurs", mais dans le sens de "proches parents".

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VII) Deux autres écrits de non-musulmans à propos de l'arrestation de Jésus :

Le texte de Luc dit que, après avoir été arrêté, Jésus fut conduit devant le Sanhédrin, le tribunal religieux suprême, que présidait cette année-là Caïphe. Les hommes de ce Conseil le condamnèrent alors à mort pour blasphème (Luc 22/66-71).

Le Point écrit :
"... les synoptiques font comparaître Jésus chez Caïphe, où se réunit le sanhédrin au complet, c'est-à-dire le tribunal religieux suprême d'Israël. Composé de soixante-dix membres présidés par le grand prêtre, ce tribunal pléthorique aurait donc siégé en pleine nuit de Pâque, à l'encontre de toutes les traditions ! (...) Tout autre est le récit de Jean, qui raconte seulement une entrevue, également nocturne, avec le beau-père et prédécesseur de Caïphe, l'ex-grand prêtre Anne.
L'avis général des critiques bibliques actuels va franchement vers cette version-là, qui évoque une grande brièveté et, surtout, ne met à aucun moment le sanhédrin en scène. Le motif de la condamnation n'est plus le blasphème mais la phrase bien plus réaliste et parfaitement cynique de Caïphe : "Il est avantageux qu'un seul homme meure pour tout le peuple" (Jean XVIII, 14). Marie-Emile Boismard, autorité incontestée de l'Ecole biblique de Jérusalem, spécialiste de l'Evangile de Jean, considère que la vérité historique est là. "Je suis persuadé, estime-t-il, en tenant compte de l'Evangile de Jean, qu'il n'y a jamais eu de procès devant le sanhédrin. (...) Les synoptiques et Jean se rejoignent ensuite pour la comparution devant Ponce Pilate, au matin"
(Le Point n° 1279, p. 83).

Max Dimont écrit quant à lui : "Any person familiar with Jewish judicial procedure in biblical times will find it difficult to take the Gospel accounts literaly. According to Jewish law at that time, no one could be arrested at night. It was illegal to hold court proceedings after sundown on the eve or the day of the Sabbath or a festival. (...) A historian familiar with the cruelty and rapacity of Pontius Pilate will find it equally difficult to accept the portrayal of Pilate as a tender and merciful judge, zealous for the welfare of one Jew. In fact, Pilate's cruelty and rapacity became so notorious that the Emperor Tiberius had to remove him because he brought dishonor to Rome" (God, Jews and History, pp. 136-137).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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