Quels sont les Objectifs (les Finalités, et leurs Moyens) (قصْد، بمعنى مقصود) que tu poursuis durant ta vie, et pour la réalisation desquels tu entreprends chaque Action que tu entreprends ? - Les différents Echelons (I à VI) des Objectifs Humains, et les différents types de ces Objectifs (1 à 7) (المقصودات الإنسانيّة)

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A) Qu'est-ce que la satisfaction (الرضا) ?

La satisfaction est seulement intérieure. Il s'agit de quelque chose de 'Aqlî.

"La richesse matérielle n'est pas par la quantité de biens ; la véritable richesse matérielle est (le sentiment de) richesse du for intérieur" : "عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "ليس الغنى عن كثرة العرض، ولكن الغنى غنى النفس" (al-Bukhârî, 6081, Muslim, 1051).

"حدثنا عمرو بن تغلب: أن رسول الله صلى الله عليه وسلم أتي بمال - أو سبي - فقسمه، فأعطى رجالا وترك رجالا، فبلغه أن الذين ترك عتبوا، فحمد الله، ثم أثنى عليه، ثم قال: "أما بعد فوالله إني لأعطي الرجل، وأدع الرجل، والذي أدع أحب إلي من الذي أعطي، ولكن أعطي أقواما لما أرى في قلوبهم من الجزع والهلع؛ وأكل أقواما إلى ما جعل الله في قلوبهم من الغنى والخير، فيهم عمرو بن تغلب". فوالله ما أحب أن لي بكلمة رسول الله صلى الله عليه وسلم حمر النعم" (al-Bukhârî, 881).

"عن أبي ذر، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "يا أبا ذر أترى كثرة المال هو الغنى؟"، قلت: "نعم يا رسول الله"، قال: "فترى قلة المال هو الفقر؟". قلت: "نعم يا رسول الله". قال: "إنما الغنى غنى القلب، والفقر فقر القلب". ثم سألني عن رجل من قريش، فقال: "هل تعرف فلانا؟" قلت: "نعم يا رسول الله"، قال: "فكيف تراه وتراه؟" قلت: "إذا سأل أعطي، وإذا حضر أدخل". ثم سألني عن رجل من أهل الصفة، فقال: "هل تعرف فلانا؟" قلت: "لا والله ما أعرفه يا رسول الله"، قال: فما زال يحليه وينعته حتى عرفته، فقلت: "قد عرفته يا رسول الله"، قال: "فكيف تراه أو تراه؟" قلت: "رجل مسكين من أهل الصفة"، فقال: "هو خير من طلاع الأرض من الآخر". قلت: "يا رسول الله، أفلا يعطى من بعض ما يعطى الآخر؟" فقال: "إذا أعطي خيرا فهو أهله، وإن صرف عنه فقد أعطي حسنة" (Sahîh Ibn Hibbân, 685).

"ومعنى هذا الحديث: أن الغنى النافع أو العظيم أو الممدوح هو غنى النفس. وبيانه أنه إذا استغنت نفسه كفت عن المطامع، فعزت وعظمت، فجعل لها من الحظوة والنزاهة والتشريف والمدح أكثر ممن كان غنيا بماله فقيرا بحرصه وشرهه، فإن ذلك يورطه في رذائل الأمور وخسائس الأفعال، لبخله ودناءة همته، فيكثر ذامه من الناس، ويصغر قدره فيهم؛ فيكون أحقر من كل حقير، وأذل من كل صغير" (Al-Muf'him, al-Qurtubî). A propos du hadîth évoquant le Taghannî par le Coran ("عن سعيد بن أبي سعيد قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ليس منا من لم يتغن بالقرآن" : Abû Dâoûd, 1469 ; voir aussi 1470), Ibn Hajar écrit qu'il peut s'agir - comme l'a dit Abû 'Ubayd - d'obtenir le Ghinâ par sa récitation ; cependant, il ne peut alors s'agir que de la suffisance intérieure, et pas de la richesse matérielle : "وقيل معناه: من لم يرتح لقراءته وسماعه، وليس المراد ما اختاره أبو عبيد أنه يحصل به الغنى دون الفقر. لكن الذي اختاره أبو عبيد غير مدفوع إذا أريد به الغنى المعنوي وهو غنى النفس وهو القناعة، لا الغنى المحسوس الذي هو ضد الفقر، لأن ذلك لا يحصل بمجرد ملازمة القراءة" (FB 9/89).

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Quant au bonheur, déjà il dépend de la satisfaction intérieure (car le très nanti sur le plan extérieur mais qui se sent malheureux en son intérieur n'est pas dans le bonheur).

Cependant, cet état de bonheur intérieur n'est que partiel si à l'extérieur les conditions créent de la douleur : un homme connaissant de sérieuses souffrances physiques (Tab'î) mais satisfait, à l'intérieur de lui-même ('Aqlî), de sa situation, cet homme connaît la sérénité intérieure ; cependant, son bonheur est partiel car incomplet.

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Lire
--- Chez l'homme, il existe : d'une part l'Action et le Comportement qui sont mus par le Naturel (Tab') et qui constituent donc des besoins naturels (Tab'î) ; - et d'autre part l'Action et le Comportement qui sont mus par la Raison et la Maturité ('Aqlî) et qui sont ainsi des devoirs ; - الفرق بين الطبعيّ والعقليّ.

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B) Qu'est-ce donc que le bonheur (السعادة) ?

Ibn ul-Qayyim a intitulé l'un de ses livres : "مفتاح دار السعادة" : "La clé de la demeure du bonheur".

Le bonheur est l'état durable de satisfaction intérieure (psychique) et extérieure (physique), laquelle satisfaction s'appuie sur l'absence de toute souffrance (ألم) (qu'elle soit psychique ou physique), de quelque nature qu'elle soit.

Le bonheur absolu ne peut être atteint que dans le Paradis, et ce dans la mesure où il sera parfait et sera perpétuel ; c'est pourquoi les gens qui seront admis au Paradis sont désignés dans la Sunna sous le nom "Ahl us-sa'âdah" (أهل السعادة), dans le sens où ces gens-là connaîtront le Bonheur Absolu : eux ont réussi (al-fâ'ïzûn) ; ils seront dans la satisfaction (ridhâ) : "Dieu sera satisfait d'eux, et ils seront satisfaits de Lui".
(Tandis que les gens envoyés dans la Géhenne sont nommés dans la Sunna : "Ahl ush-shaqâwa" : "أهل الشقاوة" : "Les gens du Malheur".)
"أما أهل السعادة فييسرون لعمل السعادة. وأما أهل الشقاوة فييسرون لعمل الشقاوة" (al-Bukhârî, 1296, Muslim, 2647).

Sur Terre, on ne peut atteindre qu'un bonheur relatif : le bonheur ne peut jamais être à la fois complet et perpétuel, car l'être humain vivant est toujours sujet à une douleur ou à un manque - ne serait-ce que minimes.

Al-Asfahânî distingue, au sein du bonheur terrestre :
- le bonheur psychique (mental) ;
- le bonheur physique (corporel) ;
- le bonheur lié aux choses extérieures :
"الشقاوة: خلاف السعادة. (...) والشقاوة كالسعادة من حيث الإضافة. فكما أن السعادة في الأصل ضربان: سعادة أخروية، وسعادة دنيوية، ثم السعادة الدنيوية ثلاثة أضرب: سعادة نفسية وبدنية وخارجية؛ كذلك الشقاوة على هذه الأضرب" (Al-Muf'radât).

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C) Plaisir (لذّة), Douleur (ألم) et Etat neutre (absence à la fois de Plaisir et de Douleur) :

Contrairement au bonheur, qui est un état durable, le plaisir, lui, est quelque chose de momentané.
Le plaisir est susceptible d'engendrer du bonheur (voir plus haut), cependant, il ne l'engendre pas forcément, car le bonheur est, nous l'avons dit, chose intérieure ; or certaines personnes n'ont pas de satisfaction intérieure malgré tous les plaisirs physiques et sociaux qu'ils connaissent.

Aujourd'hui on dit que le bonheur s'accompagne de libération de sérotonine, et le plaisir de libération de dopamine.

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A côté du plaisir, il y a l'état neutre, et il y a, plus encore, parfois la douleur.

Avec la douleur, il ne peut pas y avoir de bonheur.

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Comme il existe le plaisir et le bonheur physiques (بدنيّ), il existe parallèlement la douleur physique :
--- aigüe : c'est celle qui est due à une lésion de tissus cellulaires : un choc provoque pareille douleur, de même qu'une coupure, ou encore une brûlure ;
--- légère : il s'agit de la "douleur" que constitue la faim, la soif, la saine fatigue corporelle : au début, cette "douleur" est légère ; c'est si le besoin qu'elle exprime n'est pas satisfait qu'elle devient aigüe (on le voit avec la soif, la faim, la fatigue physique, etc.).
Dans le Coran, on trouve deux passages, qualifiant le vin du Paradis, qui disent qu'il est "une (source de) plaisir pour ceux qui (le) boivent" : "لَذَّةٍ لِّلشَّارِبِينَ" (Coran 37/46 ; 47/15). On trouve aussi la verbe y correspondant : "Dans le (Paradis) se trouve ce que les fors intérieurs désirent et ce de quoi les yeux tirent plaisir" : "وَفِيهَا مَا تَشْتَهِيهِ الْأَنفُسُ وَتَلَذُّ الْأَعْيُنُ" (Coran 43/71).
On trouve aussi la phrase : "vous éprouvez de la douleur" et : "ils éprouvent de la douleur" : "إِن تَكُونُواْ تَأْلَمُونَ فَإِنَّهُمْ يَأْلَمُونَ كَمَا تَأْلَمونَ" (Coran 4/104).

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Il existe également la douleur psychique (نفسيّ) : le psyché (ou mental*) peut aussi avoir ses blessures, ses traumatismes, ses manques. Tout comme, à l'opposé, il peut avoir lui aussi ses motifs de satisfaction, ses plaisirs, son bonheur (* Dans la terminologie de l'OMS, les deux se confondent.)

Il existe ici :
--- le plaisir psychique qui est lié à l'obtention de ce qui relève de l'intérêt (حظّ) de l'homme : il s'agit d'un plaisir psychique de type "Tab'î" (طبعيّ) ;
--- le plaisir psychique qui est lié à l'obtention de ce qui relève du devoir (واجب) de l'homme : il s'agit d'un plaisir psychique de type "'Aqlî" (عقليّ) ; l'homme est satisfait d'avoir accompli son devoir ou de s'être préservé de l'interdit qu'il aurait pu commettre.

L'homme étant un être social, le fait d'être mis au ban de la société, ou d'avoir des difficultés sociales avec de nombreuses personnes, cela cause aussi de la douleur psychique, ou au moins un sentiment de manque.

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Il y a enfin la douleur spirituelle (روحانيّ), de même que le plaisir et le bonheur spirituels. En effet, penser à Dieu en son for intérieur (dhikr qalbî), cela confère du plaisir spirituel. قال إبراهيم بن أدهم: "لو علم الناس لذة حب الله، لقلت مطاعمهم ومشاربهم وحرصهم. وذلك أن الملائكة أحبوا الله فاستغنوا بذكره عن غيره" (Hil'yat ul-awliyâ'). "عن إبراهيم بن بشار الرطابي، قال: "(...) قال [إبراهيم بن أدهم]: "يا أبا يوسف، لو علم الملوك وأبناء الملوك ما نحن فيه من السرور والنعيم! إذا لجالدونا على ما نحن فيه بأسيافهم أيام الحياة على ما نحن فيه من لذة العيش وقلة التعب". زاد جعفر: "فقلت له: "يا أبا إسحاق، طلَبَ القومُ الراحة والنعيم، فأخطأوا الطريق المستقيم." فتبسم ثم قال: "من أين لك هذا الكلام؟" (Ibid.). Penser à Dieu en son for intérieur tout en évoquant Dieu par les paroles appropriées, cela augmente encore ce plaisir spirituel.

Parfois, chez certains humains, la douleur spirituelle se ressent lors de la vie terrestre aussi (sous la forme d'un grand vide à l'intérieur de soi), et, dans tous les cas, lors de la vie après la mort, lorsque le corps s'est délité et que le Rûh se retrouve mis à nu. "وما أشبه حال الإنسان بحال من استعمل مخدرا في بدنه، فلم يجد ألم لفح النار، حتى إذا ضعف أثره ورجع إلى ما تعطيه الطبيعة، وجد الألم أشد ما يكون" (Hujjat ullâh il-bâligha, 1/72). "فكما أن البهيمة إذا علفت الحشيش، والسبع إذا علف اللحم، صح مزاجهما، وإذا علفت البهيمة اللحم، والسبع الحشيش، فسد مزاجهما؛ فكذلك الإنسان إذا باشر أعمالا أرواحها الخشوع بجانب الحق، والطهارة والسماحة والعدالة، صلح مزاجه الملكي؛ وإذا باشر أعمالا أرواحها أضداد هذه الخصال، فسد مزاجه الملكي. فإذا تخفف عن ثقل البدن، أحس بالملاءمة والمنافرة شبه ما يحس أحدنا من ألم الاحتراق" (Ibid., 1/82).

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"الألم هو إدراك المنافر من حيث هو منافر. ويقابله اللّذة" (Kashshâf istilâhât il-funûn, A-L-M).

"اللّذة والألم إمّا حسّيان أو عقليان. فاللذة الحسّية ما يكون فيه المدرك - بالكسر - من الحواس، والمدرك - بالفتح - ما يتعلّق بالحواس؛ والعقلية ما يكون المدرك فيه العقل، والمدرك من العقليات. وقس على هذا الألم الحسّي والعقلي" (Kashshâf istilâhât il-funûn, L-Dh-Dh).

"ثم تعلم أن الله تعالى قد أودع الإنسان بحكمته الباهرة قوتين: قوة ملكية تتشعب من فيض الروح المخصوصة بالإنسان على الروح الطبيعية السارية في البدن وقبولها ذلك الفيض وانقهارها له، وقوة بهيمية تتشعب من النفس الحيوانية المشترك فيها كل حيوان المتشبحة بالقوى القائمة بالروح الطبيعية واستقلالها بنفسها وإذعان الروح الإنسانية لها وقبولها الحكم منها. ثم تعلم أن بين القوتين تزاحما وتجاذبا، فهذه تجذب إلى العلو دون تلك إلى السفل (...) وأن لكل قوة لذة وألما. فاللذة إدراك ما يلائمها؛ والألم إدراك ما يخالفها" (Hujjat ullâh il-bâligha, 1/71-72).

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D) Les Besoins : حاجات النفس :

Il existe, en tant que besoins de l'homme (الحاجات) :
--- ses besoins premiers : par exemple boire, manger, dormir, etc. ;
--- les besoins dérivés : ce sont les causes permettant de satisfaire les besoins premiers, ou de satisfaire les besoins qui permettent de satisfaire les besoins premiers. C'est le cas de se protéger du soleil ; c'est le cas de travailler (afin d'obtenir de l'argent, lequel permettra bi idhnillâh de s'acheter de quoi boire, manger et se protéger) ; etc. ;
--- les besoins personnalisés : ce sont les causes permettant de satisfaire différents besoins, mais qui sont en relation étroite avec le caractère de chaque personne ; ce qui lui a été inculqué par ses parents et ses proches ; et ses expériences. Ainsi, celui qui est colérique a tendance à avoir des accès de colère, et donner suite à ceux-ci devient un besoin chez lui ; alors même que de tels accès n'ont pas besoin d'être exprimé chez quelqu'un de calme, étant absents de lui.

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Les besoins que l'homme ressent en lui sont de 4 niveaux (الحاجات درجات) :
--- les besoins naturels de première nécessité (الضروريات) ;
--- les besoins naturels de nécessité secondaire (الحاجيات) ;
--- les besoins naturels non-nécessaires : ils sont de pure commodité ou de pure agréabilité (التحسينيات) (et relèvent donc en réalité du فضول المباح) ;
--- ce qui n'est en fait que de l'excès : du gaspillage (الإسراف).

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Le besoin véritable (الحاجة) exprime :
--- soit une douleur corporelle à laquelle il s'agit de mettre fin (c'est pareil besoin que la douleur physique révèle) ;
--- soit un manque qui est à combler (c'est ce genre de besoin que révèlent les sensations de soif et de faim ; le sentiment de solitude ; le sentiment de vide spirituel) ;
--- soit un excès à évacuer (c'est ce genre de besoin qu'exprime l'élan sexuel ; la colère ; etc.).

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Dans le Coran et la Sunna le besoin que l'homme éprouve (sans parler du type de ce besoin, ni de son niveau) est désigné par le terme générique "hâja" (حاجة). Quant au fait de satisfaire ce besoin, cela y est dit : "qadhâ' ul-hâja" (قضاء الحاجة) :

--- Parlant des bêtes de monture, Dieu dit : "et afin que, sur elles, vous atteigniez (le lieu revêtant) dans vos poitrines un besoin (quant au fait d'y parvenir)" : "اللَّهُ الَّذِي جَعَلَ لَكُمُ الْأَنْعَامَ لِتَرْكَبُوا مِنْهَا وَمِنْهَا تَأْكُلُونَ وَلَكُمْ فِيهَا مَنَافِعُ وَلِتَبْلُغُوا عَلَيْهَا حَاجَةً فِي صُدُورِكُمْ" (Coran 40/79-80).

--- Jacob dit à ses fils qui devaient repartir en Egypte : "Mes fils, n'entrez pas par une seule porte, mais entrez par des portes séparées. Et je ne vous sers à rien par rapport à (la Décision de) Dieu ; la Décision n'appartient qu'à Dieu ; à Lui je m'en remets, et qu'à Lui s'en remettent ceux qui ont à s'en remettre (à quelque chose)." Dieu nous raconte : "Et lorsqu'ils entrèrent de la façon que leur père leur avait ordonné ; (cela) ne leur servait à rien par rapport à (la Décision de Dieu), si ce n'est que ce fut un besoin qui était dans l'intérieur de Jacob, qu'il satisfit. Et il est du nombre de ceux qui sont dotés de science, à cause de ce que Nous lui avons enseigné" : "فَلَمَّا آتَوْهُ مَوْثِقَهُمْ قَالَ اللّهُ عَلَى مَا نَقُولُ وَكِيلٌ وَقَالَ يَا بَنِيَّ لاَ تَدْخُلُواْ مِن بَابٍ وَاحِدٍ وَادْخُلُواْ مِنْ أَبْوَابٍ مُّتَفَرِّقَةٍ وَمَا أُغْنِي عَنكُم مِّنَ اللّهِ مِن شَيْءٍ إِنِ الْحُكْمُ إِلاَّ لِلّهِ عَلَيْهِ تَوَكَّلْتُ وَعَلَيْهِ فَلْيَتَوَكَّلِ الْمُتَوَكِّلُونَ وَلَمَّا دَخَلُواْ مِنْ حَيْثُ أَمَرَهُمْ أَبُوهُم مَّا كَانَ يُغْنِي عَنْهُم مِّنَ اللّهِ مِن شَيْءٍ إِلاَّ حَاجَةً فِي نَفْسِ يَعْقُوبَ قَضَاهَا وَإِنَّهُ لَذُو عِلْمٍ لِّمَا عَلَّمْنَاهُ وَلَكِنَّ أَكْثَرَ النَّاسِ لاَ يَعْلَمُونَ" (Coran 12/66-68).
"قال المفسرون: لما قال يعقوب: {وما أغني عنكم من الله من شيء} صدّقه الله في ذلك فقال: "وما كان ذلك التفرق يغني من الله من شيء". وفيه بحثان: البحث الأول: قال ابن عباس رضي الله عنهما: "ذلك التفرق ما كان يردّ قضاء الله ولا أمرا قدره الله". (...) البحث الثاني: قوله: {من شيء} يحتمل النصب بالمفعولية، والرفع بالفاعلية" (Tafsîr ur-Râzî). "أما قوله: {إلا حاجة في نفس يعقوب قضاها} فقال الزجاج: إنه استثناء منقطع، والمعنى: لكن حاجة في نفس يعقوب قضاها، يعني أن الدخول على صفة التفرق قضاءُ حاجة في نفس يعقوب قضاها. ثم ذكروا في تفسير تلك الحاجة وجوها: أحدها: خوفه عليهم من إصابة العين، وثانيها: خوفه عليهم من حسد أهل مصر، وثالثها: خوفه عليهم من أن يقصدهم ملك مصر بشر، ورابعها: خوفه عليهم من أن لا يرجعوا إليه. وكل هذه الوجوه متقاربة" (Ibid.). (Voir aussi Al-Fissal, 2/288-289.)

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--- Le besoin naturel (uriner) : "عن عبد الله بن عمر، قال: ارتقيت فوق ظهر بيت حفصة لبعض حاجتي، فرأيت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقضي حاجته مستدبر القبلة مستقبل الشأم" (al-Bukhârî, 147). "عن أسامة بن زيد، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم لما أفاض من عرفة، عدل إلى الشعب فقضى حاجته" (al-Bukhârî,179). "عن مغيرة بن شعبة، قال: كنت مع النبي صلى الله عليه وسلم في سفر، فقال: "يا مغيرة خذ الإداوة"، فأخذتها، فانطلق رسول الله صلى الله عليه وسلم حتى توارى عني، فقضى حاجته؛ وعليه جبة شأمية" (al-Bukhârî, 356).

--- Le besoin naturel (déféquer) : "عن عائشة رضي الله عنها، قالت: خرجت سودة بعدما ضرب الحجاب لحاجتها، وكانت امرأة جسيمة لا تخفى على من يعرفها، فرآها عمر بن الخطاب فقال: "يا سودة، أما والله ما تخفين علينا، فانظري كيف تخرجين!" قالت: فانكفأت راجعة، ورسول الله صلى الله عليه وسلم في بيتي، وإنه ليتعشى وفي يده عرق، فدخلت فقالت: "يا رسول الله، إني خرجت لبعض حاجتي، فقال لي عمر كذا وكذا." قالت: فأوحى الله إليه ثم رفع عنه، وإن العرق في يده ما وضعه، فقال: "إنه قد أذن لكن أن تخرجن لحاجتكن" (al-Bukhârî, 4517). "عن عائشة، أن "أزواج النبي صلى الله عليه وسلم كن يخرجن بالليل إذا تبرزن إلى المناصع وهو صعيد أفيح. فكان عمر يقول للنبي صلى الله عليه وسلم: "احجب نساءك"، فلم يكن رسول الله صلى الله عليه وسلم يفعل. فخرجت سودة بنت زمعة زوج النبي صلى الله عليه وسلم ليلة من الليالي عشاء، وكانت امرأة طويلة، فناداها عمر: "ألا قد عرفناك يا سودة"، حرصا على أن ينزل الحجاب، فأنزل الله آية الحجاب. (...) عن عائشة، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "قد أذن أن تخرجن في حاجتكن". قال هشام: يعني البراز" (al-Bukhârî, 146). "فأقبلت أنا وأم مسطح قبل بيتي حين فرغنا من شأننا" (al-Bukhârî, 3910, Muslim, 2770).

--- Le besoin de boisson et de nourriture : "عن ابن عمر، قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "إذا كان أحدكم على الطعام، فلا يعجل حتى يقضي حاجته منه، وإن أقيمت الصلاة" (al-Bukhârî, 642). "حدثنا عبد الأعلى بن حماد، حدثنا حماد، عن محمد بن عمرو، عن أبي سلمة، عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إذا سمع أحدكم النداء والإناء على يده، فلا يضعه حتى يقضي حاجته منه" (Abû Dâoûd, 2350). "حدثنا روح، حدثنا حماد، عن محمد بن عمرو، عن أبي سلمة، عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "إذا سمع أحدكم النداء والإناء على يده، فلا يضعه حتى يقضي حاجته منه" (Ahmad, 10629) ; "حدثنا روح، حدثنا حماد، عن عمار بن أبي عمار، عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم: مثله. وزاد فيه: "وكان المؤذن يؤذن إذا بزغ الفجر" (Ahmad, 10630).

--- Le besoin de dormir : "قال: فكيف تقرأ أنت يا معاذ؟ قال: أنام أول الليل، فأقوم وقد قضيت جزئي من النوم، فأقرأ ما كتب الله لي، فأحتسب نومتي كما أحتسب قومتي" (al-Bukhârî, 4086).

--- Le besoin d'un siwâk pour se brosser les dents : "ومر عبد الرحمن بن أبي بكر وفي يده جريدة رطبة، فنظر إليه النبي صلى الله عليه وسلم، فظننت أن له بها حاجة، فأخذتها، فمضغت رأسها، ونفضتها، فدفعتها إليه، فاستن بها كأحسن ما كان مستن" (al-Bukhârî, 4186).

--- Le besoin sexuel : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: قلت: "يا رسول الله إني رجل شاب، وأنا أخاف على نفسي العنت*، ولا أجد ما أتزوج به النساء"، فسكت عني. ثم قلت: مثل ذلك، فسكت عني. ثم قلت: مثل ذلك، فسكت عني. ثم قلت مثل ذلك، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "يا أبا هريرة جف القلم بما أنت لاق فاختص على ذلك أو ذر" (al-Bukhârî, 4788) * il voulait dire : "الشدّة". Une autre relation : "عن أبي إسحاق، قال: سألت الأسود بن يزيد عما حدثته عائشة عن صلاة رسول الله صلى الله عليه وسلم. قالت: "كان ينام أول الليل، ويحيي آخره. ثم إن كانت له حاجة إلى أهله، قضى حاجته. ثم ينام. فإذا كان عند النداء الأول - قالت - وثب - ولا والله ما قالت "قام" - فأفاض عليه الماء - ولا والله ما قالت "اغتسل"، وأنا أعلم ما تريد -؛ وإن لم يكن جنبا، توضأ وضوء الرجل للصلاة؛ ثم صلى الركعتين" (Muslim, 739). ""عن جابر، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم رأى امرأة. فأتى امرأته زينب، وهي تمعس منيئة لها، فقضى حاجته، ثم خرج إلى أصحابه، فقال: "إن المرأة تقبل في صورة شيطان، وتدبر في صورة شيطان، فإذا أبصر أحدكم امرأة فليأت أهله، فإن ذلك يرد ما في نفسه" (Muslim, 1403). "عن علقمة بن وائل، عن أبيه، أن امرأة خرجت على عهد النبي صلى الله عليه وسلم تريد الصلاة، فتلقاها رجل، فتجللها، فقضى حاجته منها، فصاحت، وانطلق" (Abû Dâoûd, 4379, at-Tirmidhî, 1454).

--- Le besoin de se marier : "عن سهل بن سعد، قال: أتت النبي صلى الله عليه وسلم امرأة، فقالت: إنها قد وهبت نفسها لله ولرسوله صلى الله عليه وسلم، فقال: "ما لي في النساء من حاجة"، فقال رجل: "زوجنيها" (al-Bukhârî, 4741) ; "فقام رجل من أصحابه، فقال: "يا رسول الله إن لم يكن لك بها حاجة، فزوجنيها" (al-Bukhârî, 4742, Muslim, 1425).

--- Le besoin d'argent ou d'un autre bien matériel : "عن حارثة بن وهب، قال: سمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "تصدقوا. فإنه يأتي عليكم زمان يمشي الرجل بصدقته، فلا يجد من يقبلها؛ يقول الرجل: "لو جئت بها بالأمس، لقبلتها؛ فأما اليوم، فلا حاجة لي بها" (al-Bukhârî, 1345, Muslim, 1011). "عن ابن عمر رضي الله عنهما، قال: أتى النبي صلى الله عليه وسلم بيت فاطمة، فلم يدخل عليها. وجاء علي، فذكرت له ذلك. فذكره للنبي صلى الله عليه وسلم، قال: "إني رأيت على بابها سترا موشيا"، فقال: "ما لي وللدنيا". فأتاها علي، فذكر ذلك لها، فقالت: "ليأمرني فيه بما شاء". قال: "ترسل به إلى فلان، أهل بيت بهم حاجة" (al-Bukhârî, 2471).

--- Le besoin de se rendre en un lieu afin de pouvoir y effectuer quelque chose : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، عن النبي صلى الله عليه وسلم، قال: "السفر قطعة من العذاب، يمنع أحدكم طعامه وشرابه ونومه، فإذا قضى نهمته، فليعجل إلى أهله" (al-Bukhârî, 1710, Muslim, 1927).

--- Le besoin de faire une affaire commerciale : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، عن رسول الله صلى الله عليه وسلم: " أنه ذكر رجلا من بني إسرائيل سأل بعض بني إسرائيل أن يسلفه ألف دينار، فقال: "ائتني بالشهداء أشهدهم"، فقال: "كفى بالله شهيدا"، قال: "فأتني بالكفيل"، قال: "كفى بالله كفيلا"، قال: "صدقت". فدفعها إليه إلى أجل مسمى. فخرج في البحر، فقضى حاجته. ثم التمس مركبا يركبها يقدم عليه للأجل الذي أجله. فلم يجد مركبا، فأخذ خشبة فنقرها، فأدخل فيها ألف دينار وصحيفة منه إلى صاحبه، ثم زجج موضعها، ثم أتى بها إلى البحر، فقال" (al-Bukhârî, 2169).

--- Le besoin de se renseigner : "فانطلقت إلى النبي صلى الله عليه وسلم، فوجدت امرأة من الأنصار على الباب، حاجتها مثل حاجتي، فمر علينا بلال، فقلنا: سل النبي صلى الله عليه وسلم أيجزي عني أن أنفق على زوجي، وأيتام لي في حجري؟ وقلنا: لا تخبر بنا" (al-Bukhârî, 1397, Muslim, 1000).

--- Le besoin d'exposer son cas (lui-même concernant un besoin d'un autre type) au détenteur de l'autorité : "عن يحيى بن سعيد بن العاص، أن سعيد بن العاص، أخبره أن عائشة - زوج النبي صلى الله عليه وسلم - وعثمان، حدثاه أن أبا بكر استأذن على رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو مضطجع على فراشه، لابس مرط عائشة. فأذن لأبي بكر وهو كذلك، فقضى إليه حاجته، ثم انصرف. ثم استأذن عمر، فأذن له وهو على تلك الحال، فقضى إليه حاجته، ثم انصرف. قال عثمان: ثم استأذنت عليه فجلس، وقال لعائشة: "اجمعي عليك ثيابك"، فقضيتُ إليه حاجتي، ثم انصرفت، فقالت عائشة: "يا رسول الله مالي لم أرك فزعت لأبي بكر وعمر رضي الله عنهما، كما فزعت لعثمان؟" قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن عثمان رجل حيي، وإني خشيت، إن أذنت له على تلك الحال، أن لا يبلغ إلي في حاجته" (Muslim, 2402).

--- Le besoin d'un petit enfant de jouer : "عن عبد الله بن شداد، عن أبيه قال: خرج علينا رسول الله صلى الله عليه وسلم في إحدى صلاتي العشاء وهو حامل حسنا أو حسينا، فتقدم رسول الله صلى الله عليه وسلم فوضعه، ثم كبر للصلاة فصلى فسجد بين ظهراني صلاته سجدة أطالها. قال أبي: فرفعت رأسي وإذا الصبي على ظهر رسول الله صلى الله عليه وسلم، وهو ساجد فرجعت إلى سجودي، فلما قضى رسول الله صلى الله عليه وسلم الصلاة قال الناس: "يا رسول الله، إنك سجدت بين ظهراني صلاتك سجدة أطلتها حتى ظننا أنه قد حدث أمر أو أنه يوحى إليك". قال: "كل ذلك لم يكن. ولكن ابني ارتحلني، فكرهت أن أعجله حتى يقضي حاجته" (an-Nassâ'ï, 1141).

--- Divers : "عن جابر بن عبد الله رضي الله عنهما، قال: بعثني رسول الله صلى الله عليه وسلم في حاجة له، فانطلقت. ثم رجعت وقد قضيتها، فأتيت النبي صلى الله عليه وسلم، فسلمت عليه، فلم يرد علي. فوقع في قلبي ما الله أعلم به، فقلت في نفسي: لعل رسول الله صلى الله عليه وسلم وجد علي أني أبطأت عليه. ثم سلمت عليه فلم يرد علي، فوقع في قلبي أشد من المرة الأولى. ثم سلمت عليه، فرد علي، فقال: "إنما منعني أن أرد عليك أني كنت أصلي"، وكان على راحلته متوجها إلى غير القبلة" (al-Bukhârî, 1159, Muslim, 540).

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E) Certains Besoins (حاجة) s'accompagnent de Désir Physique (شهوة), et leur satisfaction de Plaisir Physique (لذّة). Tandis que certains autres Besoins (حاجةne s'accompagnent pas de Plaisir Physique : حاجات النفس وشهواتها ولذّاتها الحسّيّة :

Le besoin naturel et nécessaire se fait ressentir par une certaine douleur physique, laquelle ne peut disparaître que par la satisfaction dudit besoin.

Quant au besoin artificiel, il peut se faire ressentir par une certaine douleur, mais forcément psychique.

Enfin, le besoin acquis peut se faire ressentir par une certaine douleur physique, due à un manque : c'est le cas du fumeur qui n'a pas sa dose de nicotine.

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Boire est un besoin. Et ce besoin s'exprime par une sensation qui s'appelle la soif : c'est une légère douleur (agréable physiquement au début), qui ne disparaît que par l'absorption d'un liquide : on ressent alors un soulagement et même de la satisfaction, qui est "la sensation d'étanchement de la soif" (العطش).
Manger est un autre besoin. Ce besoin s'exprime par une légère douleur (agréable physiquement au début), qui ne disparaît que par la consommation d'aliments ; cette consommation entraîne un sentiment de satisfaction qui s'appelle, ici : "satiété" (الشبع).
Dormir est encore un besoin. L'envie de dormir s'appelle "avoir sommeil" : c'est une fatigue (consistant donc en une légère douleur, agréable physiquement au début) qui ne disparaît que suite à l'endormissement : ce dernier entraîne un sentiment de satisfaction qui s'appelle, ici : "repos" (الاستراحة).
L'appétence sexuelle est une légère douleur (agréable physiquement tant qu'elle est modérée) ("قضاء الشهوة وإزالة ألم الغلمة" : HB 1/319) qui ne disparaît que par ce qui entraîne l'orgasme.

Dans ces 4 cas, il y a non seulement besoin, mais aussi désir de l'action et de l'objet avec laquelle elle se fait, laquelle action peut satisfaire ce besoin. En effet, le besoin physiologique (حاجة) s'exprime dans ces 4 cas par une douleur (أَلَم), mais aussi par un véritable désir (شهوة / هوى) (pour ce qui comblera ce besoin) (la sensation de ce désir lui-même cause un certain plaisir : c'est ce que j'ai exprimé par : "agréable au début"). Par ailleurs, non seulement le fait d'avoir satisfait ce désir procure la sensation de satiété physiologique (qui constitue un plaisir) (et qui consiste en une sensation de comblement), mais, en plus, avant cela, le fait de s'adonner à ce qui apaise ce désir procure un autre plaisir (لذّة) particulier (ainsi en est-il de mastiquer les aliments, selon la saveur desdits aliments) ; ces deux plaisirs étant accompagnés de satisfaction.

Par contre, uriner est lui aussi un besoin, et lorsqu'il y en a le besoin, celui-ci s'exprime par une douleur qui est (au début) légère ; cependant, cette douleur ne s'accompagne pas de désir ; par ailleurs, le fait d'uriner ne procure pas de plaisir particulier (si ce n'est la sensation du soulagement par rapport à la douleur antérieure).
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Désir (شهوة / هوى) et plaisir (لذّة) sont liés : on ne désire l'obtention que de ce au sujet de quoi le cerveau sait que cela lui procurera du plaisir.
Platon disait que le besoin est lié au corps, alors que le désir est lié à l'âme (aujourd'hui on sait qu'il s'agit du "cerveau").
Paul Ricoeur a dit :
"Le plaisir imaginé s'appelle : désir". Il voulait dire que c'est la représentation mentale de l'obtention du plaisir qui s'appelle : le désir.
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Si le désir est l'aiguillon de l'action, le plaisir en est l'objectif (et par là en devient le mobile : إرادة حصول اللذة هي الشهوة).
Le désir est donc la
'Illa Fâ'ïliyya de l'action en question, tandis que le plaisir en est la 'Illa Ghâ'ïyya.

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Dans la Sunna on lit ce hadîth qudsî concernant le jeûneur : "il délaisse sa nourriture, sa boisson, et (le fait de satisfaire) son désir pour Moi" : "يترك طعامه وشرابه وشهوته من أجلي" (al-Bukhârî, 1795, Muslim, 1151) : ici "شهوته" signifie : "قضاء شهوته", c'est-à-dire : "جماعه".
Dans une autre version on lit : "il délaisse sa nourriture pour Moi, sa boisson pour Moi, son plaisir pour Moi" : "يدع الطعام من أجلي، ويدع الشراب من أجلي، ويدع لذته من أجلي، ويدع زوجته من أجلي" (Ibn Khuzayma, 1897 : FB 4/138).
Il y a encore cette autre version (même si elle constitue une riwâya bi-l-ma'nâ, cette autre version montre que des gens ont utilisé le terme "shahwa" comme signifiant "désir" au sens général) : "وأصرح من ذلك ما وقع عند الحافظ سمويه في فوائده من طريق المسيب بن رافع عن أبي صالح: "يترك شهوته من الطعام والشراب والجماع من أجلي" (FB 4/138).

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Platon disait que le désir est paradoxal, dans la mesure où, ne visant qu'à combler le besoin auquel il correspond (que ce besoin soit réel, artificiel ou irréalisable), le désir a, apparaissant, pour finalité : sa propre extinction. Le fait d'avoir pu pratiquer l'action désirée met en effet fin au désir (قضاء الشهوة).

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Il existe donc :
--- "وجود الشهوة" : "avoir, en son for intérieur, du désir pour une action précise faite vis-à-vis d'un objet précis" (ce désir s'appelle tantôt "الجوع", tantôt "الغُلمة", etc.) ; ce désir peut être léger, fort, ou très fort ;
--- "تحريك الشهوة" :
"stimuler ce désir par des actions" (regarder des aliments ou en sentir le fumet ; regarder, toucher, le corps de la personne désirée) ;
--- "وضع الشهوة" / "إتيان الشهوة" : "faire l'action que ce désir réclame" (cette action s'appelle tantôt "الأكل", tantôt "المجامعة", etc.) ; et cette action procure du plaisir (اللذة) tout au long du moment où elle est faite ;
--- "قضاء الشهوة" : "mettre fin au désir, par le fait d'avoir fait cette action jusqu'à sa complétude, au point d'avoir ressenti le plaisir complet, et d'avoir la satiété et n'avoir donc - momentanément - plus de désir" (cette satiété s'appelle "الشبع", etc.) (et la complétude qui la précède s'appelle "النشوة" pour ce qui est de l'activité sexuelle).

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"فائدة: قال ابن زكريا الرازي: ليست اللذة أمرا متحقّقا موجودا في الخارج، بل هي أمر عدمي هو زوال ألم؛ كالأكل فإنّه دفع ألم الجوع، والجماع فإنّه دفع ألم دغدغة المني لأوعيته. ولا نمنع نحن جواز أن يكون ذلك أحد أسباب اللّذة، إنّما ننازعه في أنّها دفع الألم - فإنّ من المعلوم أنّ اللذة أمر وراء زوال الألم -، وفي أنّه لا يمكن أن تحصل اللّذة بطريق آخر - فإنّ النظر إلى وجه مليح والعثور على مال بغتة والاطّلاع على مسئلة علمية فجأة تحدث اللّذة، مع أنّه لم يكن له ألم قبل ذلك حتى يدفعها تلك الأمور" (Kashshâf istilâhât il-funûn, L-Dh-Dh).

"ثم إنما وجب غسل جميع البدن بخروج المني، ولم يجب بخروج البول والغائط - وإنما وجب غسل الأعضاء المخصوصة لا غير - لوجوه أحدها: أن قضاء الشهوة بإنزال المني استمتاع بنعمة يظهر أثرها في جميع البدن، وهو اللذة؛ فأمر بغسل جميع البدن شكرا لهذه النعمة، وهذا لا يتقرر في البول والغائط" (Badâ'ï' us-sanâ'i', Ghusl). "لوجود الجماع من حيث المعنى وهو قضاء الشهوة بفعله وهو المس. بخلاف النظر فإنه ليس بجماع أصلا لأنه ليس بقضاء للشهوة بل هو سبب لحصول الشهوة" (Badâ'ï' us-sanâ'i', Siyâm).

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Par contre, parfois le besoin s'exprime par une pulsion.

La pulsion est brutale, à la différence du désir (dans lequel la volonté consciente est engagée).

C'est à l'homme de rester maître de ses pulsions : de les dominer et de les canaliser.

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Parfois c'est un stimuli extérieur qui provoque une flambée du désir, voire une pulsion : "عن عائشةرضي الله عنها قالت:كان النبي صلى الله عليه وسلم يقبل ويباشر وهو صائم؛ وكان أملككم لإربه" (al-Bukhârî, Muslim). "قال الشافعي والأصحاب: القبلة في الصوم ليست محرمة على من لم تُحرِّك شهوتَه، لكن الأولى له تركها (ولا يقال إنها مكروهة له وإنما قالوا إنها خلاف الأولى في حقه مع ثبوت أن النبي صلى الله عليه وسلم كان يفعلها، لأنه صلى الله عليه وسلم كان يؤمن في حقه مجاوزة حد القبلة ويخاف على غيره مجاوزتها، كما قالت عائشة: "كان أملككم لإربه"). وأما من حركت شهوتَه، فهي حرام في حقه على الأصح عند أصحابنا؛ وقيل: مكروهة كراهة تنزيه" (Shar'h Muslim, 7/215).

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F) Les Objectifs Naturels Tab'î de l'homme (مقصودات الإنسان الطبعيّة) : ce qu'il désire (الهوى والشهوة), et les choses ainsi désirées (المَهْوِيّات والمُشتَهَيات) :

Ces objectifs sont ceux de l'homme : ils correspondent à ce que ash-Shâtibî nomme : al-Maqâssid ut-Tâbi'a (المقاصد التابعة), lesquels sont dévolus aux Maqâssid Asliyya (المقاصد الأصليّة), qui, pour leur part, sont les finalités voulues (takwînan) par le Créateur par l'institution de ces besoins chez l'homme : le désir créé en l'homme de boire et de manger, cela a pour finalité le maintien de son organisme en vie ; le désir sexuel créé en l'homme, cela a pour finalité le maintien de l'existence de l'espèce humaine sur Terre ; etc. (Al-Muwâfaqât 1/476-479).
Or, de ces finalités, l'homme n'est pas toujours conscient : ce qui l'intéresse en satisfaisant ce besoin, c'est de mettre fin à la douleur qu'il ressent, et d'obtenir le plaisir que cela procure.

Même le fait d'être attiré par tel et tel attributs physiques des gens de l'autre sexe est motivé par des besoins dont l'être humain n'est pas conscient, mais qui servent la finalité : la procréation et la bonne marche de la société. Ainsi, l'attirance de l'homme pour tels et tels attributs bien connus chez la femme, cela est dû au fait que la présence de ces attributs chez une femme donnée révèle que cette femme est particulièrement apte à porter un enfant puis à l'enfanter, et ensuite à nourrir cet enfant ; et qu'elle est en bonne santé. De même, l'attirance de la femme pour tels et tels attributs bien connus chez l'homme, cela est dû au fait que la présence de ces attributs chez un homme donné révèle que cet homme est viril (donc apte à féconder), en bonne santé, et capable de protéger et d'entretenir une femme et les enfants qu'ils auront.

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Le terme "Shahwa" (comme d'ailleurs le terme "Hawâ"), cela désigne :

--- a) tantôt l'action intérieure de l'homme, qui consiste en un élan d'attirance pour une action précise à faire avec un objet précis, cela allant causer à cet homme le plaisir (لذّة) attendu. Lorsque l'épouse de Hilâl ibn Umayya vint trouver le Prophète, c'est bien de cet élan qu'elle fit la négation au sujet de son mari, sous le terme de "haraka" : "قال كعب: فجاءت امرأة هلال بن أمية رسول الله صلى الله عليه وسلم، فقالت: "يا رسول الله: إن هلال بن أمية شيخ ضائع، ليس له خادم، فهل تكره أن أخدمه؟" قال: "لا، ولكن لا يقربك". قالت: "إنه والله ما به حركة إلى شيء. والله ما زال يبكي منذ كان من أمره ما كان إلى يومه هذا" (al-Bukhârî, 4156, Muslim, 2769). C'est ce sens a que le terme possède dans le verset suivant : "وَفِيهَا مَا تَشْتَهِيهِ الْأَنفُسُ وَتَلَذُّ الْأَعْيُنُ" : "Dans le (Paradis) se trouve ce que les fors intérieurs désirent et ce de quoi les yeux se délectent" (Coran 43/71), de même que dans le verset où on lit qu'il sera dit aux habitants de ce Paradis : "وَلَكُمْ فِيهَا مَا تَشْتَهِي أَنفُسُكُمْ" : "Et pour vous, dans ce (paradis), il y a ce que vos fors intérieurs désirent (...)" (Coran 41/31-32). "عن أنس، قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "من ذبح قبل الصلاة، فليعد". فقام رجل فقال: "هذا يوم يشتهى فيه اللحم"، وذكر من جيرانه، فكأن النبي صلى الله عليه وسلم صدقه. قال: "وعندي جذعة أحب إلي من شاتي لحم"، فرخص له النبي صلى الله عليه وسلم، فلا أدري أبلغت الرخصة من سواه أم لا" (al-Bukhârî, 911, Muslim, 1962). "عن أبي سعيد رضي الله عنه قال: خرجنا مع رسول الله صلى الله عليه وسلم في غزوة بني المصطلق، فأصبنا سبيا من سبي العرب، فاشتهينا النساء، فاشتدت علينا العزبة، وأحببنا العزل، فسألنا رسول الله صلى الله عليه وسلم" (al-Bukhârî, 2404). "وفي بضع أحدكم صدقة، قالوا: يا رسول الله، أيأتي أحدنا شهوته ويكون له فيها أجر؟ قال: "أرأيتم لو وضعها في حرام أكان عليه فيها وزر؟ فكذلك إذا وضعها في الحلال كان له أجر" (Muslim, 1006) ;

--- b) et tantôt l'objet ainsi désiré par l'homme ("shahwa" a alors le sens de "mushtahâ"), comme dans : "زُيِّنَ لِلنَّاسِ حُبُّ الشَّهَوَاتِ مِنَ النِّسَاء وَالْبَنِينَ وَالْقَنَاطِيرِ الْمُقَنطَرَةِ مِنَ الذَّهَبِ وَالْفِضَّةِ وَالْخَيْلِ الْمُسَوَّمَةِ وَالأَنْعَامِ وَالْحَرْثِ ذَلِكَ مَتَاعُ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَاللّهُ عِندَهُ حُسْنُ الْمَآبِ" (Coran 3/14) : "أي المشتهيات" (Tafsîr ul-Baydhâwî) : ici il n'est plus question des désirs des hommes, mais : des objets des désirs des hommes ; des choses désirées par les hommes. "وَأَمَّا مَنْ خَافَ مَقَامَ رَبِّهِ وَنَهَى النَّفْسَ عَنِ الْهَوَىٰ" (Coran 79/40) : "عن المحارم التي تشتهيها" (Tafsîr ul-Baghawî) : il s'agit alors d'empêcher sa personne de commettre l'action interdite vis-à-vis de l'objet interdit pour cette action, même si son for intérieur la désire.
Cet objet du désir (mushtahâ / mahwî) est constitué à la fois :
----- b.a) de l'action par laquelle on satisfait ce désir a et on obtient le plaisir (par exemple le fait de mastiquer des aliments) ;
----- b.b) et de l'être extérieur ('ayn) qui est l'objet par lequel on satisfait ce désir a et qui procure ledit plaisir (par exemple les aliments dans la mesure où ils sont, ou bien vont être, mastiqués).

Al-Asfahânî : قد يقال للقوة التي تشتهي الشيء: شهوة" (Al-Muf'radât) ; avant cela : "وقد يسمى المشتهى: شهوة" (Ibid.). "الهوى: ميل النفس إلى الشهوة [أي إلى المشتهى]" (Al-Muf'radât).

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Ce penchant vers cet objet, tous deux non-différenciés, n'est pas systématiquement mauvais ; on le voit dans cette parole que Aïcha (que Dieu l'agrée) avait adressée au Prophète (que Dieu l'élève et le salue), où elle lui parle de son Hawâ à lui : "ما أرى ربك إلا يسارع في هواك" (al-Bukhârî, 4510, Muslim, 1464).
C'est le manque de canalisation dans l'expression de ce Hawâ (au point qu'on le satisfait dans l'illicite, voire que l'objet de ce Hawâ devienne autre que celui rendu nécessaire par la Fit'ra), ou encore l'excès dans le fait de suivre son Hawâ (au point qu'on en fait l'objectif de sa vie), qui constituent quelque chose de mauvais.

Ibn ul-Qayyim a exposé cela en ces termes : "الهوى: ميل الطبع إلى ما يلائمه. وهذا الميل خلق في الإنسان لضرورة بقائه؛ فإنه لولا ميله إلى المطعم والمشرب والمنكح، ما أكل ولا شرب ولا نكح؛ فالهوى مستحث لها لما يريده، كما أن الغضب دافع عنه ما يؤذيه. فلا ينبغي ذم الهوى مطلقا، ولا مدحه مطلقا، كما أن الغضب لا يذم مطلقا ولا يحمد مطلقا؛ وإنما يذم المفرط من النوعين وهو ما زاد على جلب المنافع ودفع المضار. ولما كان الغالب من مطيع هواه وشهوته وغضبه أنه لا يقف فيه على حد المنتفع به، أطلق ذم الهوى والشهوة والغضب لعموم غلبة الضرر، لأنه يندر من يقصد العدل في ذلك ويقف عنده، كما أنه يندر في الأمزجة المزاج المعتدل من كل وجه بل لا بد من غلبة أحد الأخلاط والكيفيات عليه؛ فحرص الناصح على تعديل قوى الشهوة والغضب من كل وجه. وهذا أمر يتعذر وجوده إلا في حق أفراد من العالم. فلذلك لم يذكر الله تعالى الهوى في كتابه إلا ذمه. وكذلك في السنة لم يجئ إلا مذموما، إلا ما جاء منه مقيدا كقوله: "لا يؤمن أحدكم حتى يكون هواه تبعا لما جئت به" (Rawdhat ul-muhibbîn, p. 413).

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La Shahwa et le Hawâ désignent (dans le sens a évoqué à chaque fois) : le désir (lequel constitue une tension intérieure).
Pour sa part, la satisfaction de ce désir apporte le plaisir, Ladhdha (لذَة), ainsi que l'apaisement par rapport à ladite tension.

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Le terme "المَهوِيَّات" désigne les mêmes choses que ce que le mot "المُشتهَيات" désigne.

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G) Les Objectifs Tab'î de l'homme (المقصودات الطبعيّة) qui sont au-delà de ses besoins nécessaires : ils sont soit tahsînî (de pure commodité ou agréabilité) (حظوظ النفس المحضة والمباحة) ; soit même isrâf (excessifs ; littéralement : "gaspillage") :

Les besoins que l'homme pense avoir sont de 4 niveaux (ما يشعر الإنسان يالاحتياج إليه، له درجات) :
--- ses besoins naturels de première nécessité,
Dharûrî (الضروريات) ;
--- ses besoins naturels de nécessité secondaire,
Hâjî (الحاجيات) ;
--- ce qui est pour lui naturels non-nécessaires mais de pure commodité ou de pure agréabilité,
Tahsînî (التحسينيات) (et est donc en réalité فضول المباح) ;
--- ce qui n'est en fait pour lui que
de l'excès : du gaspillage, Isrâf (الإسراف).

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Par ailleurs, chez un individu donné, il peut exister :

--- la présence d'un besoin naturel, ainsi que du désir qui y correspond :
--- la présence d'un besoin naturel, mais avec absence du désir y correspondant normalement (cette absence étant pathologique, comme dans le cas de l'anorexie, ou étant due à un déséquilibre, comme dans le cas de celui qui n'a pas faim parce qu'il a des soucis qui affectent son cerveau) ;
--- enfin la présence du désir pour quelque chose alors que l'individu n'en a aucun besoin naturel (ce désir se trouve dans le cerveau : soit de façon pathologique - il s'agit d'une "addiction" - ; soit parce qu'on a pris l'habitude de cette action, mais cela ne va pas jusqu'au niveau de l'addiction).

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Les besoins de niveau Dharûrî sont des Droits de sa personne sur soi-même.
Le Tahsînî est un pur plaisir ou une pure commodité : il n'est pas en soi interdit (même s'il est mieux de s'en passer quand on sait ne pas en avoir besoin).
Le Isrâf est blâmable.
Enfin, les besoins de niveau Hâjî sont à mi-chemin entre ceux qui sont Dharûrî et ceux qui sont Tahsînî.

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Le Dharûrî est universel.
Le Hâjî est pour partie universel, et pour partie dépendant des personnes (âge, état de santé et de force, etc.), voire des cultures : pour certains il fait bien partie des Hâjiyyât, alors que pour d'autres il fait partie des Tahsîniyyât. Cela alors même que certains autres Tahsîniyyât sont universellement tels.
Il faut ici dire que certaines choses devenues Hâjiyyât pour certaines personnes ou cultures ont été rendus tels artificiellement : par conditionnement, ou par addiction (c'est le cas du tabac pour celui qui y est addict : cela est devenu Hâjî pour lui, au point où il se sent mal s'il en est privé ; il faut pourtant qu'il suive une cure de sevrage pour ré-éduquer son être à s'en passer).

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Shâh Waliyyullâh écrit : "Les fors intérieurs ont des désirs qui viennent à eux de par leur espèce - par eux les bienfaits sont représentés - ; ainsi que des désirs ramifiés par rapport à cela, par lesquels certaines (personnes) se distinguent d'autres" : "وإن للنفوس: شهوات تتوارد عليها من تلقاء نوعها تتمثل بها النعمة؛ وشهوات دون ذلك يتميز بها بعضها من بعض. وهو قول النبي صلى الله عليه وسلم: "دخلت الجنة فإذا جارية أدماء لعساء، فقلت ما هذه يا جبريل؟ فقال: إن الله تعالى عرف شهوة جعفر بن أبي طالب للادم اللعس، فخلق له هذه"؛ وقوله صلى الله عليه وسلم: "إن الله أدخلك الجنة، فلا تشاء أن تحمل فيها على فرس من ياقوته حمراء تطير بك في الجنة حيث شئت إلا فعلت"؛ وقوله: "إن رجلا من أهل الجنة استأذن ربه في الزرع، فقال له ألست فيما شئت قال بلى، ولكني أحب أن أزرع، فبذر، فبادر الطرف نباته واستواؤه واستحصاده، فكان أمثال الجبال، فيقول الله تعالى دونك يا ابن آدم، فإنه لا يشبعك شيء"" (Hujjat ullâh il-bâligha, 1/117-118 ; le premier des 3 hadîths ici cités par Shâh Waliyyullâh a été déclaré dha'îf par al-Albânî).

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L'élévation du niveau de vie général d'une société rend de nombreux membres de celle-ci accoutumés à cette élévation, au point de ne plus accepter la satisfaction des seuls besoins de niveau Dharûrî et Hâjî (comme cela était en vigueur dans le même pays lorsque la société était moins nantie). Beaucoup de personnes exigent alors ce qui est purement Tahsînî :

Dans la période islamique, l'abondance des biens matériels (arrivée pendant le califat de 'Uthmân ibn Affân : Al-Jawâb us-sahîh, 4/117), avait été annoncée en ces termes : "Ensuite le fait que les biens matériels couleront à flots, au point que l'homme recevra 100 Dînârs et restera alors mécontent : "عن عوف بن مالك، قال: أتيت النبي صلى الله عليه وسلم في غزوة تبوك وهو في قبة من أدم، فقال: "اعدد ستا بين يدي الساعة: موتي، ثم فتح بيت المقدس، ثم موتان يأخذ فيكم كقعاص الغنم، ثم استفاضة المال حتى يعطى الرجل مائة دينار فيظل ساخطا، ثم فتنة لا يبقى بيت من العرب إلا دخلته، ثم هدنة تكون بينكم وبين بني الأصفر..."" (al-Bukhârî, 3005).

Ayman relate : "Je me suis rendu chez Aïcha - que Dieu l'agrée - ; elle portait une robe du Qatar dont la valeur était de 5 Dirhams. Elle dit : "Lève ton regard vers ma servante, regarde-la. Elle rechigne à porter ce (genre de robe) dans la maison, alors que, à l'époque du Messager de Dieu - que Dieu le rapproche de Lui et le salue - je possédais une robe de ce genre, que toute femme de Médine étant parée pour ses noces me demandait de lui prêter" : "عن عبد الواحد بن أيمن، قال: حدثني أبي، قال: دخلت على عائشة رضي الله عنها، وعليها درع قطر، ثمن خمسة دراهم، فقالت: "ارفع بصرك إلى جاريتي، انظر إليها، فإنها تزهى أن تلبسه في البيت، وقد كان لي منهن درع على عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم، فما كانت امرأة تقين بالمدينة إلا أرسلت إلي تستعيره" (al-Bukhârî, 2485). "قال ابن الجوزي: أرادت عائشة رضي الله عنها أنهم كانوا أولا في حال ضيق، وكان الشيء المحتقر عندهم إذ ذاك عظيم القدر" (FB 5). Ibn Hajar souligne ensuite que Aïcha est pour sa part demeurée dans la simplicité d'antan, préférant privilégier autrui dans les richesses qu'elle avait : "وفيه تواضع عائشة وأمرها في ذلك مشهور وفيه حلم عائشة عن خدمها ورفقها في المعاتبة وإيثارها بما عندها مع الحاجة إليه وتواضعها بأخذها السلفة في حال اليسار مع ما كان مشهورا عنها من الجود رضي الله عنها" (Ibid.).

Muhammad ibn Sîrîn raconte : "Nous étions auprès de Abû Hurayra ; il portait deux vêtements de lin teint à la couleur rougeâtre. Il se moucha. Puis il dit : "Bravo, bravo ! Abû Hurayra se mouche dans du lin ! Je me suis vu alors que j'étais par terre, évanoui, entre la chaire du Messager de Dieu - que Dieu le rapproche de Lui et le salue - et la chambre de Aïcha ; quelqu'un venait et plaçait son pied sur mon cou, pensant que j'étais atteint de folie. Or je n'étais pas atteint de folie : je ne souffrais que de la faim" : "عن محمد، قال: كنا عند أبي هريرة وعليه ثوبان ممشقان من كتان، فتمخط، فقال: "بخ بخ، أبو هريرة يتمخط في الكتان! لقد رأيتني وإني لأخر فيما بين منبر رسول الله صلى الله عليه وسلم إلى حجرة عائشة مغشيا علي؛ فيجيء الجائي فيضع رجله على عنقي، ويرى أني مجنون. وما بي من جنون، ما بي إلا الجوع" (al-Bukhârî, 6893).

Or les dépenses pour les besoins de l'épouse et des enfants qui sont à la charge du mari (et père), leur détermination se fait d'une part selon l'usage ('Urf) de la société et d'autre part, dans le cadre de ce dernier, selon les capacités (من الإيسار أو الإعسار) du mari ainsi que du niveau d'aisance de l'épouse (c'est l'un des avis des ulémas : Al-Hidâya 1/417). Dit autrement : "certaines choses purement tahsînî font partie de ce que à qui l'épouse a droit".
"Et (vos épouses) ont comme droit sur vous d'être nourries et vêtues d'après le Ma'rûf" : "ولهن عليكم رزقهن وكسوتهن بالمعروف" (Muslim, 1218).
Questionné par Hind au sujet des dépenses liées au ménage : "Abû Sufyân ne me donne pas, comme argent, ce qui suffit à moi et mes enfants", le Prophète répondit : "Prends ce qui vous suffit, à toi et tes enfants, selon le Ma'rûf" : "عن عائشة، أن هند بنت عتبة، قالت: يا رسول الله إن أبا سفيان رجل شحيح وليس يعطيني ما يكفيني وولدي، إلا ما أخذت منه وهو لا يعلم، فقال: "خذي ما يكفيك وولدك، بالمعروف" (al-Bukhârî, Muslim).

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On peut considérer les choses selon une perspective plus approfondie, et distinguer jusqu'à 6 niveaux :

Les besoins que l'homme ressent sont de 6 niveaux (ما يشعر الإنسان يالاحتياج إليه، له درجات) :
Les besoins naturels, primaires et vitaux (
ba'dhu udh-dharûrîyyât) (qui sont communs à tous les humains) : respirer, boire un minimum, manger un minimum, dormir un minimum, protéger son intégrité physique.
Les besoins naturels et primaires et qui, sans être vitaux comme le sont les précédents sont malgré tout nécessaires (ba'dhu-dh-dharûriyyât, wa ba'dhu-l-hâjiyyât) : boire des choses saines, et manger des choses saines en quantité plus importantes ; disposer de la propreté physique, posséder un minimum de biens matériels pour pouvoir satisfaire ses besoins nécessaires, avoir des relations humaines suffisamment cordiales, vivre sa sexualité, etc.
Les besoins naturels secondaires qui présentent des commodités indéniables (ba'dhu-dh-hâjiyyât, wa ba'dh-ut-tahsîniyyât) : le fait de "se réaliser", de "s'accomplir", le fait d'avoir de l'estime de soi, de se divertir, etc.
Les besoins naturels tertiaires, qui sont agréables mais en soi superflus, sans être poru autant interdits (fudhûl ul-mubâh) : posséder une voiture qui soit de sport, etc.
Les besoins artificiels, qui sont véritablement de l'excès, du gaspillage (isrâf).
Les besoins déviants, qui sont en soi mauvais et malsains (harâm fî nafsihâ).

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La dopamine est l'hormone du plaisir : c'est sa libération qui cause du plaisir ; elle est libérée dans le cerveau comme récompense suite à la réalisation, par l'individu, d'un désir :

D'après Stéphane Bohler, elle est émise par le striatum (partie striée, située dans la base du cerveau), lorsque ce striatum ressent que l'un de ses désirs a été réalisé. Ces désirs sont primaires, liés aux besoins primaires de l'homme :
--- manger,
--- se reproduire,
--- faire le minimum de mouvements physiques,
--- collecter des informations,
--- acquérir un statut social.
C'est la recherche du plaisir qui sera ressenti suite à la libération de dopamine qui constitue la motivation à la réalisation de ces actions constituant des objectifs primaires.
Le désir porte donc (de façon inconsciente) sur la libération de dopamine.

L'homme étant cependant une créature intelligente et cultivée, ces objectifs primaires (relevant de l'Echelon II dans le tableau exposé plus bas, en K) se concrétisent par et dans des moyens plus complexifiés (Echelons III, IV, V). Ainsi, le plaisir ressenti à l'obtention d'argent s'explique par le fait que l'homme a intégré dans son for intérieur que l'argent est le moyen par lequel il peut s'acheter ce qui va lui permettre de manger, etc.

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H) L'homme ne doit pas rester à l'état de nature (Tab'î, طبعيّ) ; il doit être éduqué et s'éduquer. L'Education (التربية) revient non pas à renier ce qui est naturel chez l'homme, mais à lui faire intégrer en son for intérieur la limite (الحدّ) et le devoir (الواجب). De là naît chez l'homme l'état raisonnable ('Aqlî, عقليّ) :

Au fur et à mesure de son développement, l'enfant apprend qu'il n'a pas que des besoins et des droits : il a aussi des interdits (منهيات), et également des devoirs (واجبات) : il s'agit soit d'interdits et d'obligations en soi, soit d'interdits et d'obligations à cause du danger que le fait de s'en approcher causera, ou que le fait de le délaisser causera.

L'enfant apprend ainsi qu'il a des interdits et des devoirs :
--- vis-à-vis de sa propre personne (il apprend qu'il est des objets et des lieux dangereux, dont il ne doit pas s'approcher ; il apprend qu'il ne peut pas tout avoir immédiatement ; il apprend que crier tout le temps lui est interdit ; il apprend qu'il doit être propre ; il apprend qu'il doit fournir un travail personnel pour obtenir, comme résultat de son labeur, ce qui lui fait plaisir) ;
--- vis-à-vis de ses parents ;
--- vis-à-vis de ses frères et soeurs ;
--- vis-à-vis des grandes personnes parmi les connaissances ;
--- vis-à-vis du voisinage (ne pas crier, car cela dérange les voisins) ;
--- vis-à-vis de tout humain, qu'il soit du même âge ou plus âgé ;
--- vis-à-vis des animaux (le chat, par exemple) ;
--- vis-à-vis de Dieu le Créateur (respecter ce qu'Il a interdit sur le plan alimentaire, par exemple ; accomplir ce qu'il a rendu obligatoire de prières, par exemple).

Il apprend aussi la causalité : obtenir telle chose se fait par tel moyen :
--- tel objet / lieu / action cause du tort, il faut donc s'en éloigner ;
--- tel objet / lieu / action est la cause de l'obtention de telle chose agréable, il a donc le devoir d'y avoir recours pour obtenir cette chose.

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Lire ici :
--- Chaque homme naît sur la Fit'ra - Qu'est-ce que la Fit'ra (ما هي الفطرة) ?.

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I) Envies (شهوات) et intentions (إرادات) :

Il y a des envies qui sont à l'intérieur de soi, mais que soit on nie complètement (c'est ce qui, selon Freud, crée la névrose), soit on reconnaît mais on les empêche de se convertir en intention d'action, et, partant, en action extérieure.

Et il y a d'autres envies qui sont à l'intérieur de soi et qu'on convertit en intention d'action. Cette envie est alors le mobile de l'action. Et ce qu'on veut réaliser par cette action en est l'objectif. La cause et l'objectif sont liés ensemble : si la cause est la recherche du plaisir (par exemple), l'objectif est l'atteinte du plaisir. Nous l'avions dit plus haut : 'Illa Fâ'ïliyya et 'Illa Ghâ'ïyya.

Quand on a l'intention de réaliser une action (irâdat ul-'amal), cette dernière entend concrétiser un objectif (maqsûd) qui est d'Echelon III, IV, V ou VI (objectif étant lui-même sous-tendu par un objectif d'Echelon II) (voir ces Echelons dans le tableau exposé plus bas, en K).
Et quand on parle d'un Objectif qui est Mubâh, cet Objectif est forcément d'Echelon III, IV, V ou VI.

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Parfois, c'est quand l'envie relevant de l'un des Echelons V ou VI se traduit par une Intention de Niveau Fort ('Azm) que cette envie en devient Mak'rûh (vu qu'elle ne devrait pas exister), et ce, que, ensuite, on exprime cette Intention par une Action Extérieure (parole), ou pas.

Avant d'atteindre ce niveau de 'Azm, l'intention de niveau Hamm n'est pas comptée comme acte répréhensible.

Quant aux niveaux inférieurs, ce ne sont que des envies qui vont et viennent : l'homme doit simplement les oublier, et il ne commet alors rien de répréhensible.

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Il y a aussi l'habitude qui entre en jeu, et qui, parfois, nous fait rater la réalisation de l'objectif de l'Echelon II.

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Ce qui pousse l'homme à faire quelque chose est :
--- soit le suivi d'un réflexe ;
--- soit le suivi d'un fort penchant qu'il n'a pas su contrôler ;
--- soit le suivi d'une habitude devenue routine ;
--- soit le suivi d'une intention réfléchie et consciente (avec la recherche de la réalisation de tel objectif).
La raison ('Aql) doit toujours rester maître des paroles et actions de l'homme. Cependant, ce que je veux dire ici c'est qu'une intention réfléchie est à l'oeuvre dans ce qui motive l'action du quatrième type, et, dans une moindre mesure, dans l'action du troisième type (mais pas dans ce qui motive les actions des premier et second types : elles, ce qui les motive est autre chose qu'une intention réfléchie).

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L) Les choses recherchées par l'homme (المقصودات الإنسانيّة الطبعيّة والعقليّة) : entre d'une part la satisfaction de ses besoins fondamentaux, le recouvrement de ses droits naturels et la jouissance (l'obtention du plaisir) (Tab'î) ; et d'autre part le fait de respecter les interdits et de s'acquitter scrupuleusement de ses devoirs ('Aqlî) :

Ce qu'on a vraiment intégré au plus profond de soi comme devoir ou comme interdit, y manquer apporte une douleur psychique
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Le fait d'accomplir son devoir confère aussi un plaisir psychique : le sentiment du devoir accompli. Pareillement, le fait de respecter volontairement l'interdit confère un plaisir psychique.

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Plus haut nous l'avions vu :

Il existe :
--- le plaisir spirituel (روحانيّ).

Et il existe également :
--- le plaisir psychique (نفسيّ) qui est lié à l'obtention de ce qui relève de l'intérêt (حظّ) de l'homme ;
--- le plaisir psychique (نفسيّ) qui est lié à l'obtention de ce qui relève du devoir (واجب) de l'homme : l'homme est satisfait d'avoir accompli son devoir.

Ces deux derniers plaisirs psychiques (نفسيّ) demeurent différents :
--- le premier est lié à ce qui cause à l'homme le plaisir de ses sens (Tab'î) ;
--- tandis que le second est lié à ce qui cause à l'homme une certaine pénibilité au niveau de ses sens physiques (Tab'î), cependant que cet homme a la satisfaction, à son sujet, d'avoir accompli son devoir ou d'avoir respecté son interdit : cette satisfaction se produit sur le plan 'Aqlî.

C'est bien pourquoi le Prophète (sur lui la paix) a dit, parlant du devoir et de l'interdit : "Le Paradis a été entouré des choses désagréables, et le Feu des choses désirées" : "عن أنس بن مالك، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "حفت الجنة بالمكاره، وحفت النار بالشهوات" (Muslim, 2822). "عن أبي هريرة: أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "حجبت النار بالشهوات، وحجبت الجنة بالمكاره" (al-Bukhârî, 6122, Muslim, 2823).
Les actions de devoir constituent des choses à s'efforcer d'accomplir (makârih) et non des plaisirs (hadhdh jismânî) : il s'agit donc de faire preuve de constance et d'abnégation en accomplissant ces actions (sabr 'alâ farâ'ïdh illâh). "فإن المراد بالمكاره هنا ما أمر المكلف بمجاهدة نفسه فيه فعلا وتركا كالإتيان بالعبادات على وجهها والمحافظة عليها واجتناب المنهيات قولا وفعلا. وأطلق عليها المكاره لمشقتها على العامل وصعوبتها عليه. ومن جملتها الصبر على المصيبة والتسليم لأمر الله فيها. والمراد بالشهوات ما يستلذ من أمور الدنيا مما منع الشرع من تعاطيه إما بالأصالة وإما لكون فعله يستلزم ترك شيء من المأمورات؛ ويلتحق بذلك الشبهات والإكثار مما أبيح خشية أن يوقع في المحرم. فكأنه قال: "لا يوصل إلى الجنة إلا بارتكاب المشقات المعبر عنها بالمكروهات، ولا إلى النار إلا بتعاطي الشهوات" (FB 11).

L'action de devoir, et le respect de l'interdit, bien que pénibles sur le plan Tab'î, confèrent le plaisir psychique ('Aqlî) du devoir accompli et du respecte de l'interdit, et ce vis-à-vis de Dieu : il s'agit du plaisir d'avoir obéi à Dieu : "عن أحمد بن أبي الحواري، قال: سمعت أبا سليمان يقول: "ليس العجب ممن لم يجد لذة الطاعة، إنما العجب ممن وجد لذتها ثم تركها كيف صبر عنها" (Hil'yat ul-awliyâ'). "قال: وسمعت أبا سليمان يقول: "لو لم يبك العاقل فيما بقي من عمره إلا على لذة ما فاته من الطاعة فيما مضى، كان ينبغي له أن يبكيه حتى يموت". قلت له: "فليس يبكي على لذة ما مضى إلا من وجد لذة ما بقي"، فقال: "ليس العجب ممن يجد لذة الطاعة إنما العجب ممن وجد لذتها ثم تركها كيف صبر عنها" (Ibid.) "قال: وسمعت أبا سليمان يقول: "كل من كان في شيء من التطوع يلذ به، فجاء وقت فريضة فلم يقطع وقتها لذة التطوع، فهو في تطوعه مخدوع" (Ibid.). "قال: وسمعت أبا سليمان يقول: "صاحب العيال أعظم أجرا، لأن ركعتين منه تعدل سبعين من العزب. والمتفرغ يجد من لذة العبادة ما لا يجدها صاحب العيال، لأنه ليس في شيء يشغله عن شيء" (Ibid.).

Par contre, le fait d'avoir accompli son devoir uniquement afin d'éviter une sanction, ou d'avoir respecté l'interdit uniquement pour cette raison, cela ne confère aucun plaisir mental, 'Aqlî (au contraire, cela se fait avec souffrance mentale, à contrecoeur). "قال: وسمعت أبا سليمان يقول: "ما أحسب عملا لا يوجد له في الدنيا لذة، يكون له في الآخرة ثواب" (Hil'yat ul-awliyâ').

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Ce sont ces Maqsûdât généraux mais Fi'trî de l'homme (المقاصد الفطرية) que Dieu veut (tashrî'an) protéger et développer chez lui.

Lire : Se préoccuper seulement du Dîn, ou bien du Dîn et du Dunyâ ?.

Lire : Maqâssid ; Maslaha et Mafsada. Ce que la Révélation a l'objectif de faire naître et de protéger en l'homme - مقاصد الشريعة

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Parfois le Mushtahâ (sens b) est en soi interdit : le plaisir visé est un plaisir différencié (échelon IV) qui est en soi interdit (par exemple le plaisir causé par les relations homosexuelles).

D'autres fois le Mushtahâ (b) est en soi bien (forcément de l'échelon II), mais c'est l'objet qui procure cela qui n'est pas licite : soit cet objet n'est pas licite en soi pour acquérir ce plaisir (par exemple l'action de se masturber pour rechercher le plaisir) ; soit il n'est pas licite parce que n'ayant pas pu être rendue licite pour soi (ainsi en est-il de l'action d'avoir des relations intimes avec une personne du sexe opposé qui n'est pas devenue licite pour soi parce qu'on ne peut pas se marier à elle).

Enfin, il y a le Mushtahâ qui est en soi bien, alors même que l'objet qui procure cela est halal pour celui qui a cette Shahwa vis-à-vis de ce Mushtahâ.

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K) Tableau exposant différents Echelons dans les Choses recherchées par l'homme :

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L) Etude de deux cas évoqués dans le Coran :

--- Les 10 fils de Jacob (sur lui soit la paix) n'ayant pas pour mère Rachel avaient remarqué que bien qu'ils étaient aînés et formaient un groupe fort, leur père préférait Benjamin et, surtout, Joseph. Ils considérèrent cette plus grande affection de leur père pour leurs 2 petits frères comme déplacée, et eurent comme objectif de gagner l'attention de leur père. Ils décidèrent de réaliser leur objectif en faisant disparaître Joseph.

Leur envie était interdite : vouloir que l'attention de leur père soit pour eux seulement (car tant que cela ne le pousse pas à commettre d'injustice sur les autres, un père peut avoir une plus grande affection pour l'un de ses enfants ; la même chose est valable pour l'homme qui a plusieurs épouses) ; cette envie était elle-même motivée par le fait de vouloir davantage de considération.

Et ils décidèrent de réaliser celle-ci par le biais d'une action interdite : faire disparaître Joseph. Et, pour réaliser cette action, ils eurent recours à deux mensonges : se faire confier leur petit frère en faisant à leur père une promesse qu'ils savaient vouloir trahir ; au retour, prétendre que le loup l'a mangé.

"إِذْ قَالُواْ لَيُوسُفُ وَأَخُوهُ أَحَبُّ إِلَى أَبِينَا مِنَّا وَنَحْنُ عُصْبَةٌ إِنَّ أَبَانَا لَفِي ضَلاَلٍ مُّبِينٍ اقْتُلُواْ يُوسُفَ أَوِ اطْرَحُوهُ أَرْضًا يَخْلُ لَكُمْ وَجْهُ أَبِيكُمْ وَتَكُونُواْ مِن بَعْدِهِ قَوْمًا صَالِحِينَ قَالَ قَآئِلٌ مَّنْهُمْ لاَ تَقْتُلُواْ يُوسُفَ وَأَلْقُوهُ فِي غَيَابَةِ الْجُبِّ يَلْتَقِطْهُ بَعْضُ السَّيَّارَةِ إِن كُنتُمْ فَاعِلِينَ قَالُواْ يَا أَبَانَا مَا لَكَ لاَ تَأْمَنَّا عَلَى يُوسُفَ وَإِنَّا لَهُ لَنَاصِحُونَ أَرْسِلْهُ مَعَنَا غَدًا يَرْتَعْ وَيَلْعَبْ وَإِنَّا لَهُ لَحَافِظُونَ" (Coran 12/8/12).

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--- Le prophète-roi David (sur lui soit la paix) a vu Bethsabée de loin (c'était un regard involontaire, et il n'a pas été prolongé), et elle lui a plu. Il a donc cherché à la connaître en vue de l'épouser. Ayant pris des renseignements à son sujet, il a appris qu'elle était déjà mariée. Il aurait donc dû s'arrêter là, l'oublier et passer à autre chose. Mais il a persisté, et a cherché à faire les choses dans le licite : il a convoqué Urie, mari de cette dame, et lui a demandé de divorcer de son épouse afin qu'il puisse se marier, lui, avec elle.

Le fait de chercher à épouser une nouvelle femme (Echelon IV), cela est en soi autorisé (tant que ne contrevenant à aucune règle dînî).
Le fait de chercher à épouser la femme dont on est tombé amoureux (Echelon VI), cela est en soi autorisé (tant qu'elle n'est pas interdite pour soi).

Par contre, si on apprend qu'elle est déjà mariée à quelqu'un, il s'agit de l'oublier. Or, persister à vouloir l'épouser dans le licite, et, pour cela, convoquer son mari - un des sujets du roi - et lui demander de divorcer d'elle, cela n'est pas élégant (bien que pouvant relever du domaine de l'autorisé dans certaines cultures). Demander cela à un homme qui n'a qu'une épouse, alors qu'on en a déjà 99, cela en fait quelque chose d'encore moins élégant. Enfin, insister auprès de cet homme à ce sujet, jusqu'à ce qu'il cède, cela est encore plus poussé. (Par contre, le prophète-roi David n'a ni enlevé cette dame, ni commis l'adultère avec elle.)

"وَهَلْ أَتَاكَ نَبَأُ الْخَصْمِ إِذْ تَسَوَّرُوا الْمِحْرَابَ إِذْ دَخَلُوا عَلَى دَاوُودَ فَفَزِعَ مِنْهُمْ قَالُوا لَا تَخَفْ خَصْمَانِ بَغَى بَعْضُنَا عَلَى بَعْضٍ فَاحْكُم بَيْنَنَا بِالْحَقِّ وَلَا تُشْطِطْ وَاهْدِنَا إِلَى سَوَاء الصِّرَاطِ إِنَّ هَذَا أَخِي لَهُ تِسْعٌ وَتِسْعُونَ نَعْجَةً وَلِيَ نَعْجَةٌ وَاحِدَةٌ فَقَالَ أَكْفِلْنِيهَا وَعَزَّنِي فِي الْخِطَابِ قَالَ لَقَدْ ظَلَمَكَ بِسُؤَالِ نَعْجَتِكَ إِلَى نِعَاجِهِ وَإِنَّ كَثِيرًا مِّنْ الْخُلَطَاء لَيَبْغِي بَعْضُهُمْ عَلَى بَعْضٍ إِلَّا الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ وَقَلِيلٌ مَّا هُمْ وَظَنَّ دَاوُودُ أَنَّمَا فَتَنَّاهُ فَاسْتَغْفَرَ رَبَّهُ وَخَرَّ رَاكِعًا وَأَنَابَ فَغَفَرْنَا لَهُ ذَلِكَ وَإِنَّ لَهُ عِندَنَا لَزُلْفَى وَحُسْنَ مَآبٍ" (Coran 38/21-25).

Lire le commentaire de ce passage coranique dans mon article lui ayant été dédié).

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M) Dans le Paradis, il y aura les choses qui font naturellement le plaisir des sens corporels (المشتهيات), ainsi que ce qui contente naturellement l'homme sur le plan social, et ce de façon conforme à la Fit'ra. Les actions spirituelles demeureront elles aussi, que les habitants du Paradis feront naturellement (cela aussi relevant de la Fit'ra). Par contre, au Paradis il n'y aura plus ni devoirs ni interdits :

--- "Dans le (Paradis) se trouve ce que les fors intérieurs désirent et ce de quoi les yeux se délectent" : "وَفِيهَا مَا تَشْتَهِيهِ الْأَنفُسُ وَتَلَذُّ الْأَعْيُنُ" (Coran 43/71) ; "Et pour vous, dans ce (paradis), il y a ce que vos fors intérieurs désirent (...)" : "وَلَكُمْ فِيهَا مَا تَشْتَهِي أَنفُسُكُمْ" (Coran 41/31-32).

--- Pour autant, les habitants du Paradis prononceront la formule du Tasbîh sans même y penser (comme on respire sans y penser ici-bas) : "عن جابر، قال: سمعت النبي صلى الله عليه وسلم، يقول: "إن أهل الجنة يأكلون فيها ويشربون، ولا يتفلون ولا يبولون ولا يتغوطون ولا يمتخطون". قالوا: "فما بال الطعام؟" قال: "جشاء ورشح كرشح المسك. يلهمون التسبيح والتحميد، كما تلهمون النفس" (Muslim, 2835).

--- Et le plus grand plaisir sera de contempler le Visage de Dieu : "Lorsque les gens du Paradis seront entrés dans le Paradis, Dieu – Béni et Elevé – leur dira : "Voudriez-vous quelque chose que Je vous donnerai en plus ? – N'as-Tu pas blanchi nos visages ? Ne nous as-Tu pas admis au Paradis et sauvés du Feu ?" diront-ils. Alors Il découvrira le Voile. Il ne leur aura rien été donné qui leur soit plus agréable que de contempler leur Seigneur" : "عن صهيب قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إذا دخل أهل الجنة الجنة نودوا: يا أهل الجنة، إن لكم موعدا عند الله موعدا لم تروه، فقالوا: وما هو؟ ألم تبيض وجوهنا وتزحزحنا عن النار، وتدخلنا الجنة؟" قال: "فيكشف  الحجاب، فينظرون إليه، فوالله ما أعطاهم الله شيئا أحب إليهم منه" ثم تلا رسول الله صلى الله عليه وسلم: {للذين أحسنوا الحسنى وزيادة" (Ahmad, 18935) ; "عن صهيب، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "إذا دخل أهل الجنة الجنة، قال: يقول الله تبارك وتعالى: تريدون شيئا أزيدكم؟ فيقولون: ألم تبيض وجوهنا؟ ألم تدخلنا الجنة، وتنجنا من النار؟ قال: فيكشف الحجاب، فما أعطوا شيئا أحب إليهم من النظر إلى ربهم عز وجل" (Muslim, 181/297) ; "حدثنا أبو بكر بن أبي شيبة، حدثنا يزيد بن هارون، عن حماد بن سلمة، بهذا الإسناد، وزاد: "ثم تلا هذه الآية: {للذين أحسنوا الحسنى وزيادة" (Muslim, 181/298).
C'est pourquoi, écrit Ibn Taymiyya, ceux d'entre les soufis qui ont dit à Dieu ces termes : "Je ne T'adore pas par espoir de Ton Paradis", ceux-là ont mal compris la réalité du Paradis : ils ont cru que le Paradis était seulement lieu de jouissance physique ; alors que le plus grand plaisir du Paradis sera de pouvoir contempler la face de Dieu (cf. Kitâb un-nubuwwât, p. 100).
Voici une invocation que le Prophète (sur lui soit la paix) faisait, où l'on trouve entre autres choses ceci : "Et je Te demande la fraîcheur de la vie après la mort. Et je Te demande le délice de regarder Ta Face, ainsi que le désir de Te rencontrer ; sans que cela soit (suite à) un malheur faisant du tort, ni un trouble égarant""اللهم بعلمك الغيب، وقدرتك على الخلق، أحيني ما علمت الحياة خيرا لي، وتوفني إذا علمت الوفاة خيرا لي. اللهم وأسألك خشيتك في الغيب والشهادة. وأسألك كلمة الحق في الرضا والغضب. وأسألك القصد في الفقر والغنى. وأسألك نعيما لا ينفد. وأسألك قرة عين لا تنقطع. وأسألك الرضاء بعد القضاء. وأسألك برد العيش بعد الموت. وأسألك لذة النظر إلى وجهك، والشوق إلى لقائك في غير ضراء مضرة، ولا فتنة مضلة. اللهم زينا بزينة الإيمان، واجعلنا هداة مهتدين" (an-Nassâ'ï, 1288 etc.).

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Non seulement les plaisirs physiques dans le Paradis seront du même genre (jins) que ceux que l'homme connaît sur Terre (quoique en différant de par certains de leurs attributs secondaires), mais, en sus, sur Terre, il est autorisé (jâ'ïz) à l'homme d'accomplir telle action méritoire, ou de se préserver de faire telle action mauvaise : avec l'objectif parallèle d'obtenir ces choses désirées du Paradis.
"لِمِثْلِ هَذَا فَلْيَعْمَلْ الْعَامِلُونَ أَذَلِكَ خَيْرٌ نُّزُلًا أَمْ شَجَرَةُ الزَّقُّومِ" (Coran 37/61-62).
"وَفِي ذَلِكَ فَلْيَتَنَافَسِ الْمُتَنَافِسُونَ" (Coran 83/26).
En commentaire du hadîth où il est dit que, au sujet d'un homme qui s'est levé la nuit pour accomplir la prière facultative, Dieu dit à Ses Anges : "Regardez Mon serviteur : il a bondi de son lit et de sa couche, quittant son épouse bien-aimée, pour se diriger vers le fait de Me prier, et ce par désir de ce qui se trouve auprès de Moi (comme rétribution paradisiaque) et par crainte de ce qui se trouve auprès de Moi (comme châtiment)" : "وعن عبد الله بن مسعود قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "عجب ربنا من رجلين. رجل ثار عن وطائه ولحافه من بين حبه وأهله إلى صلاته فيقول الله لملائكته: انظروا إلى عبدي ثار عن فراشه ووطائه من بين حبه وأهله إلى صلاته، رغبة فيما عندي وشفقا مما عندي" (Shar'h us-Sunna, Mishkât, n° 1251), Alî al-Qârî écrit que prier pour Dieu (et pas pour se faire voir des humains), mais aussi par désir des récompenses du Paradis et par crainte du châtiment de la Géhenne, cela ne contredit pas la sincérité de base (al-ikhlâs) ; par contre, la sincérité la plus parfaite demeure de prier par recherche de la Face de Dieu uniquement : "وفي هذه الأحاديث إشارة إلى أن العمل لله مع رجاءِ الثواب الذي رتبه على ذلك العمل، وطلبِ حصوله، لا ينافي الإخلاص والكمال؛ وإن نافى الأكمل - وهو العمل ابتغاء وجه الله تعالى، لا لغرض ولا لعوض" (Mirqât ul-mafâtîh).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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