Le cadre de l'orthodoxie en islam (as-Sunna wa-l-Jamâ'ah) (أهل القرآن والسُنّة والجَماعة)

En islam, ce sont les textes du Coran et des Hadîths qui constituent les références suprêmes pour établir les normes. Le Prophète Muhammad (sur lui la paix) ayant enjoint les musulmans de rester fidèles à ces textes, le musulman considère donc comme étant de la plus haute importance de rester fidèle au cadre authentique qu'ils présentent. Car dévier des fondements de l'islam, ce n'est sans doute pas forcément quitter l'islam, mais c'est assurément créer des innovations (bid'a) porteuses de répercussions dans tous les aspects qui concernent avoir la foi et faire le bien, donc vivre l'islam. Il s'agit là d'une injonction relative à l'orthodoxie, afin d'éviter la création de tendances sectaires à l'intérieur de l'islam.

Pour que les musulmanes et les musulmans restent fidèles à l'orthodoxie musulmane, le Prophète (sur lui la paix) leur a enjoint de rester attachés au Coran (le Coran), aux Hadîths (la Sunna) et au Groupe (la Jamâ'ah).

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I) Rappel : Nous avons 3 choses :

A) avoir les bonnes croyances pures : Dieu est Unique ; Muhammad (sur lui soit la paix) est Son dernier Messager ; les Anges et les démons existent ; il y a une vie après la mort ; il y aura une résurrection des corps puis un jugement ; etc. ;
B) avoir les bonnes croyances liées aux actions : Telle action est obligatoire ; telle autre est recommandée ; telle autre est purement autorisée ; telle action est déconseillée ; et telle autre est interdite - Tel élément est licite, et tel autre est illicite - Telle façon de réaliser telle action est déterminée (mu'ayyan), par contre, telle autre n'est pas déterminée et tout autre moyen permettant de la réaliser est légal -
C) agir concrètement selon ces bonnes croyances B : donc, concrètement, accomplir les bonnes actions et se préserver des mauvaises...

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II) Voici maintenant 3 hadîths sur le sujet :

1) "عن العرباض بن سارية قال: قام فينا رسول الله صلى الله عليه وسلم ذات يوم، فوعظنا موعظة بليغة وجلت منها القلوب، وذرفت منها العيون، فقيل: "يا رسول الله، وعظتنا موعظة مودع! فاعهد إلينا بعهد." فقال: "عليكم بتقوى الله، والسمع والطاعة وإن عبدا حبشيا. وسترون من بعدي اختلافا شديدا؛ فـعليكم بسنتي وسنة الخلفاء الراشدين المهديين، عضوا عليها بالنواجذ؛ وإياكم والأمور المحدثات، فإن كل بدعة ضلالة" :
"Adoptez la taqwâ de Dieu. Ainsi que "écouter et obéir" (au dirigeant), ce dernier fût-il un esclave abyssinien.
Et vous verrez après moi des divergences fortes :

- attachez-vous alors fermement, en y mordant, à ma Sunna et la Sunna des califes bien guidés après moi ;

- et préservez-vous des choses innovées (Muhdath), car toute innovation (Bid'a) est un égarement"
(at-Tirmidhî, 2676, Ibn Mâja, 42, et c'est sa version qui a été reproduite ici).

Ce hadîth évoque des divergences où :
- d'un côté il y a la croyance pure (A) ou la croyance liée à une action (B) qui correspond à ce qui figure dans la Sunna,
- alors que de l'autre côté il y a une croyance pure (A), une pratique cultuelle ou l'émission d'un hukm (B) qui est une Bid'a (cela pouvant être remarqué par le fait que cet amr ta'abbudî, relatif aux croyances pures ou aux actions, n'a pas été adopté par les Compagnons, et surtout par les califes bien guidés).

Bien que ce hadîth demande de se préserver de toute Bid'a et que s'en préserver est bien entendu nécessaire, ce sont certaines Bid'a qui sont de ce niveau "dhalâl", et c'est par rapport à elles seulement que ce hadîth est cité ici.

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2) "عن عبد الله بن عمرو، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ليأتين على أمتي ما أتى على بني إسرائيل حذو النعل بالنعل، حتى إن كان منهم من أتى أمه علانية لكان في أمتي من يصنع ذلك، وإن بني إسرائيل تفرقت على ثنتين وسبعين ملة، وتفترق أمتي على ثلاث وسبعين ملة، كلهم في النار إلا ملة واحدة." قالوا: ومن هي يا رسول الله؟ قال: "ما أنا عليه وأصحابي" :
"… Et ma Umma se divisera en 73 groupes : tous seront dans le Feu, sauf 1. – Quel est-il ?
demanda-t-on.(C'est celui qui suivra) ce sur quoi moi et mes Compagnons nous sommes"
répondit-il (at-Tirmidhî, 2641).

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3) "عن معاوية بن أبي سفيان، أنه قام فينا فقال: ألا إن رسول الله صلى الله عليه وسلم قام فينا فقال: "ألا إن من قبلكم من أهل الكتاب افترقوا على ثنتين وسبعين ملة، وإن هذه الملة ستفترق على ثلاث وسبعين: ثنتان وسبعون في النار، وواحدة في الجنة، وهي الجماعة." زاد ابن يحيى وعمرو في حديثيهما: "وإنه سيخرج من أمتي أقوام تجارى بهم تلك الأهواء، كما يتجارى الكلب لصاحبه" :
"… Et cette Umma se divisera en 73 groupes. 72 seront dans le Feu. Et 1 dans le Paradis ; il s'agit de la Jamâ'ah…"
(Abû Dâoûd, 4597).

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C'est de ces 3 hadîths que provient l'appellation "Ahl us-Sunna wa-l-Jamâ'ah", qui qualifie ceux qui sont attachés à l'orthodoxie sunnite, et que l'on appelle couramment : "les Sunnites".


Certes, parfois
le terme "Sunnite" désigne simplement : "celui qui n'est pas Chiite" ; mais c'est là le sens très général de ce terme.
Car
en son sens précis (utilisé dans cet article), le terme "Sunnite" désigne : "celui qui n'appartient à aucun Groupe Déviant, et n'est donc ni Chiite, ni Kharijite, ni Murjite, etc.".
"فلفظ "أهل السنة" يراد به: من أثبت خلافة الخلفاء الثلاثة؛ فيدخل في ذلك جميع الطوائف إلا الرافضة.
وقد يراد به: أهل الحديث والسنة المحضة؛ فلا يدخل فيه إلا من يثبت الصفات لله تعالى ويقول إن القرآن غير مخلوق، وإن الله يرى في الآخرة، ويثبت القدر، وغير ذلك من الأصول المعروفة عند أهل الحديث والسنة"
(Minhâj us-sunna 2/221 - 1/291 dans l'édition que je possède).

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III) Qu'est-ce que la Sunna ? Et qu'est-ce que la Jamâ'ah ?

Au sujet de la Sunna, lire nos articles :

--- Ne pas confondre le terme "sunna" présent dans certains ouvrages de fiqh et "la Sunna du Prophète" (sur lui soit la paix) ;
--- Voici 5 sens du terme "سُنّة" ("Sunna") : 2 sens sont principaux, et chacun des 2 possède des dérivés – Par ailleurs : Y a-t-il une différence entre "Sunna" et "Hadîth" ? ;
--- Dans l'ensemble de la Sunna du Prophète - sur lui soit la paix - (surtout, ici : ce qu'il a dit de faire), il y a une partie qui a été énoncée par Ta'abbud (تعبّد), et une autre par Maslaha (مصلحة). Et dans l'ensemble de ce qu'il a dit de faire par Ta'abbud, il y a ce qu'il a dit en tant que Messager (et qui est donc général), mais il y a aussi ce qu'il a dit en tant que juge (qui est propre aux juges), ou en tant que médiateur seulement ;
--- Comment pourrait-on distinguer des "sunna 'âdiyya" de "sunna ta'abbudiyya", alors que le Coran dit qu'il y a un excellent modèle (أُسْوة حَسَنَة) en le Prophète (sur lui soit la paix) (2ème tentative d'explication à propos des Sunna 'Adiyya) (Avec les propos de Shâh Waliyyullâh et de Cheikh Thânwî).

Et au sujet de la Jamâ'ah, lire notre article :

--- Qu'est-ce que la Jamâ'ah ?.

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IV) Croquis représentant cela :

En arabe :

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En français :-
Note :

Bien que les Sunnites (ce terme étant employé ici avec son sens précis et particulier) forment effectivement la majorité des Musulmans, la proportion réelle existant entre les Sunnites et les Groupes Déviants n'est pas respectée dans ces croquis : ces derniers ne sont donc pas à l'échelle.

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V) Un point supplémentaire :

D'après la classification des innovations, on pourrait dire ce qui suit :

en ce qui concerne les innovations relatives aux croyances (bida' i'tiqâdiyya), sont visées par ces hadîths : celles qui conduisent à des déviances par rapport à l'orthodoxie (bida' i'tiqâdiyya qat'iyya mudhallilah) ;

– par contre, les innovations qui sont relatives à des points détaillés (juz'iyyât) constituent bien entendu des innovations blâmables, mais ne conduisent pas systématiquement à faire partie des groupes déviants (firaq dhâlla). Il peut arriver parfois, souligne ash-Shâtibî, qu'un savant sunnite tombe, par erreur (zalla) un jour, dans pareille bid'a, parce qu'il ne connaissait pas le texte communiquant la vérité sur le sujet. Il faut alors lui rappeler sereinement le texte du Coran ou des hadîths qu'il a apparemment oublié, et considérer qu'en dehors du Prophète, tout savant musulman est faillible dans ses opinions. Une erreur isolée constitue donc une erreur (zalla), mais on ne dira pas de son auteur qu'il fait partie des groupes déviants (firaq dhâlla) (cf. Al-I'tisâm, 2/200-202). Cliquez ici pour en savoir plus.

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VI) L'apparition de tendances déviantes :

Au cours des siècles, tous les musulmans n'ont pas suivi ces recommandations du Prophète (sur lui la paix), et du sein de la Communauté (Umma) des musulmans, des tendances sont apparues qui ont adopté des déviances (bid'a) par rapport à la voie (sunna) qu'a enseignée le Prophète et qu'il a suivie lui-même et ses Compagnons (jamâ'ah). Non pas des différences dans le domaine de l'adoption de nouvelles technologies ni dans celui de l'adaptation juridique (ces deux points étant parfaitement possibles), mais de vraies déviances sur les plans des croyances et des principes fondamentaux de l'islam.

Dans le premier des Hadîths cités ci-dessus, d'ailleurs, ce ne sont pas toutes les divergences d'opinions qui sont concernées, puisque les Compagnons du Prophète eux-mêmes ont connu certaines divergences d'opinions juridiques (dont certaines au vu et au su du Prophète, qui ne le leur a pas reproché). Sont concernées (le prouve clairement l'opposition faite par le Prophète entre "sunna" et "bid'a") les déviances par rapport à des fondements même de la voie sur laquelle le Prophète et ses Compagnons se trouvaient.

Ayant par exemple institué comme principe la primauté de la raison dans l'approche des textes de la révélation, les mutazilites se mirent à interpréter de façon très tendancieuse certains textes à la fin de les faire correspondre à ce que leur dictait leur raison pure. Ils affirmaient ainsi : Dieu est tenu d'accomplir le bien. Dieu étant Transcendant, Il ne peut bien sûr pas être vu dans ce monde, mais Il ne pourra pas non plus être vu dans le Paradis. Le Coran est bien Parole de Dieu, mais parole créée dans un lieu, d'où Gabriel l'a entendue. Les actes font partie intégrante de la foi au point où celui qui commet un péché grave quitte l'islam. Etc.

Plusieurs courants adoptant ainsi d'autres positions déviantes par rapport à l'enseignement (sunna) et à la voie du Prophète et des Compagnons (jamâ'ah) apparurent de la Communauté des musulmans : les Khârijites, les Chiites, les Murji'ites, etc. etc.

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VII) Ces déviances conduisent-elles toutes à quitter l'islam ?

Ce point fait l'objet d'avis différents entre les ulémas, et ash-Shâtibî a évoqué les 2 avis existant dans son ouvrage Al-I'tisâm (2/194-197 et 202-206) (lire aussi Mirqât ul-mafâtîh, Alî al-Qârî, 1/248) :

Pour certains ulémas, les 72 tendances déviantes citées dans ces hadîths regroupent aussi bien celles qui font sortir de l'islam, que celles qui conduisent à s'écarter de la voie authentique sans aller jusqu'à faire sortir de l'islam. Les mots "ma Umma" utilisés par le Prophète dans les Hadîths cités plus haut désignent alors "tous ceux qui prétendent être de ma communauté".

Pour d'autres ulémas, le Prophète a, ici, évoqué seulement les déviances qui constituent des écarts par rapport à la voie qu'ils suivaient lui et ses Compagnons, mais qui ne vont pas jusqu'à faire sortir de l'islam (dhalâl ghayru kufr). Les mots "ma Umma" employés par le Prophète dans ces hadîths ne désignent que "ceux qui ne sont pas sortis de l'islam". Quant aux déviances qui, elles, sont trop graves et font sortir de l'islam ("mukaffira"), elles n'ont pas été évoquées dans ces hadîths-ci.

Personnellement j'adhère à ce second avis.

En vertu de ce second avis :
--- Ne sont évoqués dans les hadîths suscités que les groupes tels que les Mutazilites, les Kharijites, certains Chiites, les Murjites, etc. ;
--- Ne sont pas évoqués dans les hadîths suscités : les Qadianis, qui, bien que se réclamant de l'islam et de Muhammad (sur lui soit la paix), ont adopté du kufr akbar clair ; ni ceux qui se réclament de l'islam mais disent que c'était Alî qui avait été choisi par Dieu mais l'ange Gabriel s'est trompé entre Muhammad et Alî. Voilà par exemple 2 groupes ayant adhéré à déviance beaucoup plus grave que la déviance ne faisant pas quitter l'islam.

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VIII) Que signifie : "72 seront dans le feu" ?

A retenir le second avis que nous venons de voir :

Que "72 [groupes] seront dans le feu", cela signifie forcément : "dans le feu temporaire" ; car toute action qui est mauvaise mais ne constitue pas du kufr akbar n'entraîne pas la perpétuité dans la Géhenne, cela est connu et reconnu.

Maintenant cela signifie aussi que ces personnes ayant adopté ce genre de croyances déviantes et étant mortes avec ces déviances alors même qu'elles avaient été négligeantes quant à la recherche de la vérité, ces personnes sont seulement menacées d'être châtiées temporairement dans la Géhenne, et Dieu peut également leur accorder directement Son Pardon (comme c'est le cas pour toute mauvaise action n'allant pas jusqu'au kufr akbar) (et non pas qu'il serait certain qu'elles y seront châtiées temporairement) (c'est l'un des deux avis cité par ash-Shâtibî in Al-I'tisâm 2/246-249) (voir aussi Majâliss-é hakîm ul-ummat, Cheikh Thânwî, p. 231). Ces personnes-là sont donc "au bon vouloir de Dieu, qui peut leur pardonner ces déviances, comme Il peut les châtier temporairement pour elles" (تحت المشيئة).

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Ici une question surgit :

Les Sunnites aussi sont menacés de séjourner temporairement dans le Feu, pour certaines mauvaises actions qu'ils auront commises (telles que négligence de prières obligatoires, vol, fornication, consommation d'alcool, calomnie, etc.) et que Dieu ne leur aura pas pardonnées.
Si ce hadîth signifie qu'il y a seulement menace de châtiment temporaire dans la Géhenne pour les musulmans Déviants, quelle différence reste-t-il alors entre les Sunnites (les Orthodoxes), et les Déviants (les Hétérodoxes) ?

Cheikh Thânwî répond que :

les Sunnites sont menacés d'un séjour temporaire dans la Géhenne seulement pour des Actions Extérieures mauvaises (معاصي) qu'ils auront commises, et pas pour des déviances dans les croyances, puisqu'ils n'auront pas adopté de telles déviances ;
alors que les musulmans Déviants (les 72 groupes) sont menacés d'un séjour temporaire dans la Géhenne pour les déviances (بدع) qu'ils auront adoptées dans les Croyances comme pour des Actions Extérieures mauvaises (معاصي) qu'ils auront commises (Majâliss-é hakîm ul-ummat, p. 231).

Ibn Taymiyya écrit quant à lui :

"وهذا مبني على مسألتين: إحداهما: أن الذنب لا يوجب كفر صاحبه، (كما تقوله الخوارج)، بل ولا تخليده في النار ومنع الشفاعة فيه (كما يقوله المعتزلة). الثاني: أن المتأول الذي قصده متابعة الرسول لا يكفر، بل ولا يفسق إذا اجتهد فأخطأ. وهذا مشهور عند الناس في المسائل العملية. وأما مسائل العقائد فكثير من الناس كفر المخطئين فيها؛ وهذا القول لا يعرف عن أحد من الصحابة والتابعين لهم بإحسان، ولا عن أحد من أئمة المسلمين، وإنما هو في الأصل من أقوال أهل البدع الذين يبتدعون بدعة ويكفرون من خالفهم، كالخوارج والمعتزلة والجهمية. ووقع ذلك في كثير من أتباع الأئمة، كبعض أصحاب مالك والشافعي وأحمد وغيرهم: وقد يسلكون في التكفير ذلك؛ فمنهم من يكفر أهل البدع مطلقا، ثم يجعل كل من خرج عما هو عليه من أهل البدع، وهذا بعينه قول الخوارج والمعتزلة الجهمية، وهذا القول أيضا يوجد في طائفة من أصحاب الأئمة الأربعة. وليس هو قول الأئمة الأربعة ولا غيرهم، وليس فيهم من كفر كل مبتدع، بل المنقولات الصريحة عنهم تناقض ذلك. ولكن قد ينقل عن أحدهم أنه كفر من قال بعض الأقوال ويكون مقصوده أن هذا القول كفر ليحذر، ولا يلزم إذا كان القول كفرا أن يكفر كل من قاله مع الجهل والتأويل؛ فإن ثبوت الكفر في حق الشخص المعين، كثبوت الوعيد في الآخرة في حقه، وذلك له شروط وموانع، كما بسطناه في موضعه.
وإذا لم يكونوا في نفس الأمر كفارا لم يكونوا منافقين؛ فيكونون من المؤمنين، فيستغفر لهم ويترحم عليهم. وإذا قال المؤمن: {ربنا اغفر لنا ولإخواننا الذين سبقونا بالإيمان}، يقصد كل من سبقه من قرون الأمة بالإيمان، وإن كان قد أخطأ في تأويل تأوله فخالف السنة أو أذنب ذنبا، فإنه من إخوانه الذين سبقوه بالإيمان، فيدخل في العموم؛ وإن كان من الثنتين والسبعين فرقة، فإنه ما من فرقة إلا وفيها خلق كثير ليسوا كفارا، بل مؤمنين فيهم ضلال وذنب يستحقون به الوعيد، كما يستحقه عصاة المؤمنين. والنبي صلى الله عليه وسلم لم يخرجهم من الإسلام، بل جعلهم من أمته، ولم يقل: إنهم يخلدون في النار. فهذا أصل عظيم ينبغي مراعاته. فإن كثيرا من المنتسبين إلى السنة فيهم بدعة من جنس بدع الرافضة والخوارج. وأصحاب الرسول صلى الله عليه وسلم علي بن أبي طالب وغيره لم يكفروا الخوارج الذين قاتلوهم" (Minhâj us-sunna, 3/93-94).

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Ici il convient par ailleurs de préciser les 2 points suivants :

Les erreurs qat'î ijtihâdî dans les croyances (lesquelles sont dues au fait que ces points sont subtils (daqîqa)) constituent également en soi des péchés, mais, parmi tous les musulmans ayant été formés dans ces croyances, un nombre important d'entre eux n'ont réellement pas les capacités intellectuelles de comprendre que ce sont des erreurs, et ce à cause de la subtilité des questions en jeu, par rapport aux textes différents etc. Dès lors, à tous ces gens, Dieu pardonnera systématiquement ces erreurs.

Quant aux erreurs qui constituent des déviances (dhalâl istilâhî), il existe certains musulmans qui, réellement, n'avaient pas les capacités intellectuelles pour comprendre la vérité : Ibn Taymiyya a écrit que, par rapport à ces musulmans, les enseignements des textes montrent que ces déviances leur seront systématiquement pardonnées (Le musulman qui, par ignorance, a adopté une croyance erronée ou pratiqué une action cultuelle innovée, et est mort sans se repentir de cela (puisqu'il le croyait juste), se peut-il qu'il soit puni pour cela par Dieu dans l'au-delà, ou cela lui sera-t-il systématiquement pardonné par Dieu ?).

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IX) Que représente le nombre "72" ?

Ash-Shâtibî affirme qu'il ne s'agit pas, dans ces mises en garde du Prophète, de 72 groupes déviants, mais plutôt de 72 grands thèmes de déviances ("ussûl ul bida'") (Al-I'tisâm, 2/222).

La différence est conséquente : les groupes ayant dévié au cours des siècles par rapport à la voie du Prophète et de ses Compagnons sont beaucoup plus nombreux que 72, mais les thèmes auxquels ils se sont référés ou se réfèrent encore atteindront en tout, selon les dires du Prophète, le nombre de 72. Ces groupes dévient tous par leur adoption d'un ou de plusieurs de ces thèmes.

Ash-Shâtibî a exposé le fait qu'il n'est pas question, dans ces mises en garde du Prophète, de déviances sur le plan des croyances pures uniquement, mais, plus globalement, sur le plan de ce qui fait les fondements de l'islam (Al-I'tisâm, 2/199).
En fait, il s'agit bien de déviances par rapport aux croyances, mais autant par rapport aux croyances pures (A) que par rapport aux croyances liées à des actions (B).

Shâh Waliyyullâh écrit ainsi :
"الفرقة الناجية: هم الآخذون في العقيدة والعمل جميعا بما ظهر من الكتاب والسنة، وجرى عليه جمهور الصحابة والتابعين، وإن اختلفوا فيما بينهم فيما لم يشتهر فيه نص، ولا ظهر من الصحابة اتفاق عليه استدلالا منهم ببعض ما هنالك أو تفسيرا لمجمله.
وغير الناجية: كل فرقة انتحلت عقيدة خلاف عقيدة السلف أو عملا دون أعمالهم"
(Hujjat ullâh il-bâligha, 1/486).

On retrouve ici, dans "في العقيدة والعمل جميعا", allusion aux deux catégories A et B.

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X) Ahl ul-Qibla = Ahl us-Sunna wa-l-Jamâ'ah + al-Firaq udh-Dhâlla :

Certes, "Ahl ul-Qibl'a" signifie littéralement : "Ceux qui ont pour direction (qib'la) la Kaaba".

Cependant, il ne suffit pas de prendre la direction de la Kaaba pour prier Dieu pour faire partie de "Ahl ul-qibla". Cette appellation désigne en fait : "ceux qui adhèrent aux Dharûriyyât ud-dîn".
'Alî al-Qârî écrit ainsi : "Ensuite sache que "Ahl ul-Qibla" désigne : "ceux qui sont d'accord sur ce qui relève des Dharûrât ud-dîn"" (Shar'h ul-fiqh il-akbar, p. 258).
Shâh Waliyyullâh écrit de même : "المسائل التي اختلف فيها أهل القبلة وصاروا لأجلها فرقا متفرقة وأحزابا متحزبة - بعد انقيادهم لضروريات الدين - : على قسمين" (Hujjat ullâh il-bâligha, 1/40).

Or le fait de dire chose différente de ce qui relève des "Dharûriyyât ud-dîn", cela constitue du Kufr Akbar.

Ne font donc pas partie des Ahl ul-Qibla ceux qui professent du Kufr Akbar, même s'ils prennent pour direction la Kaaba pour prier.

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XI) Pour aller plus loin :

Lire :

a) --- Dans l'ensemble des propos que tiennent ceux qui se réclament de l'islam, qu'est-ce qui fait la différence entre : - le propos de Kufr akbar ; - le propos de Dhalâl ; - l'erreur Ijtihâdî Qat'î ; - et l'erreur Ijtihâdî Zannî ? ;
------- On entend souvent dire que, dans le domaine des Croyances (العقيدة), si divergence il y a eu (entre ceux qui se réclament de l'islam), alors, à part l'un des avis existant, tous les autres avis sont de la déviance (ضلال). Cela est-il vrai ? ;
------- Est-il vrai que les Ahl us-Sunna wa-l-Jamâ'ah sont exclusivement aujourd'hui les adeptes des 4 écoles juridiques instituées (hanafite, malikite, shafi'ite et hanbalite) ? ;

b) --- La personne qui se réclame de la Sunna et de la Jamâ'ah mais professe un avis de Dhalâl, sera-t-elle systématiquement qualifiée de "Dhâll", ou ne peut-elle l'être qu'après Iqâmat ul-hujja ? ;

c) --- Le musulman qui (tout en adhérant au message du Prophète Muhammad, sur lui soit la paix) tient un propos de kufr akbar, ne sera pas systématiquement considéré "kâfir" et qualifié de tel – La Iqâmat ul-hujja : dans quels cas ? combien de temps doit durer l'explication ? ;
------- Est-ce que le fait pour un musulman d'émettre un avis qui contredit le Ijmâ' constitue-t-il toujours un avis de Kufr ? ;
------- Les "Mâni'u-z-zakât" de l'époque de Abû Bakr : qu'ont-ils réellement refusé de faire ? - Le fait de délaisser par paresse la pratique de l'un des 4 piliers de l'islam constitue-t-il du kufr akbar ? ;
------- Comment les Sunnites considèrent-ils les croyances des Chiites ? ;
------- Ibn Taymiyya a-t-il dit des Kharijites qu'ils étaient des kâfirs ? ;

d) --- Le musulman qui, par ignorance, a adopté une croyance erronée ou pratiqué une action cultuelle innovée, et est mort sans se repentir de cela (puisqu'il le croyait juste), encourt-il une punition pour cela dans l'au-delà ? ou bien cela lui sera-t-il systématiquement pardonné par Dieu ?.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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