Dieu regarde-t-Il vraiment les croyances, les pensées et les actions de l'homme, alors que celui-ci n'est qu'une poussière dans l'immensité du cosmos ?

Question (posée oralement par un hâfiz ul-qur'ân) :

L'astrophysique contemporaine a montré que, contrairement à la représentation qu'on en avait autrefois, la planète Terre n'est qu'une poussière dans l'immensité du Cosmos. Quant à nous, humains, nous ne sommes, à l'échelle de ce Cosmos, que de la taille de microbes. Crois-tu vraiment que Dieu regarde nos croyances, nos pensées et nos actions, et qu'Il nous jugera pour elles ?

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Réponse :

Je te félicite déjà de t'être ouvert de ton doute (shakk) afin d'essayer, avec la permission de Dieu, de le résorber (clique ici pour lire un article traitant de ce genre de doute).

Ta question prouve une fois de plus que nous devrions redonner à chaque enseignement la place que les sources (Coran et Hadîths) lui ont réellement donnée : la mémorisation du texte coranique est acte méritoire, de même que l'apprentissage des règles de bonne prononciation (tajwîd) a la place qu'il a, mais ces deux actions ne sauraient occuper tellement de place dans notre échelle de valeurs, dans notre coeur et notre esprit, et dans notre temps disponible, que, restant focalisés sur elles, nous n'avons plus la tête ni le temps pour ce qui constitue pourtant l'essence de l'islam : la croyance par rapport à l'objectif de la vie sur Terre...

C'est bien là ce que 'Abdullâh ibn Omar déplorait : "Nous avons vécu une partie de notre vie quand l'un d'entre nous recevait [= apprenait] la foi avant d'apprendre le Coran. Une sourate était révélée à Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue), nous apprenions alors ce qui y était (décrété) licite et ce qui y était (décrété) illicite, ainsi que là où il convenait de s'arrêter [la fin des phrases], comme vous, vous apprenez aujourd'hui le Coran. Et nous avons vu aujourd'hui des hommes qui sont tels que l'un d'eux reçoit [= apprend] le Coran avant la foi ; puis il récite depuis le début du (Coran) jusqu'à sa fin, et ne sait pas qu'est-ce qu'il ordonne ("mâ âmiruhû") ni qu'est-ce qu'il interdit ("wa lâ zâjiruhû"), ni là où il convient de s'arrêter" (Al-Itqân, p. 258). Nous avions déjà cité ce propos dans un autre article.

Je ne suis pas en train de dire qu'il ne sert pas à grand-chose de devenir hâfiz ul-qur'ân (comment pourrais-je dire pareille chose ?) ; je suis en train de dire que, tout en faisant cette action méritoire (ou une autre du même genre), il ne faudrait pas que l'on n'ait plus suffisamment de temps pour ce qui est prioritaire par rapport à cette action, parce qu'essentiel. Je suis en train de dire qu'il ne faudrait pas inverser l'échelle des priorités, considérant essentiel ce qui est facultatif, et se consacrant tellement à ce qui est facultatif qu'on en délaisse l'essentiel...

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A) Trois conceptions du monde et de l'homme existent ici et là :

Selon la première, celle des athées, l'univers est le produit du Hasard et l'homme, le résultat d'un accident : c'est un animal doté d'un cerveau constituant une anomalie due au hasard des mutations génétiques. N'étant qu'un animal doté d'un cerveau particulier, le rôle de l'homme sur terre est de manger, boire, dormir, se reproduire, se soigner. La différence entre l'homme et l'animal concerne la culture, c'est-à-dire l'aspect créatif que son cerveau crée par rapport à la seule nature : ce cerveau permet d'innover et d'inventer des techniques ; mais la finalité de ces techniques n'est que de servir les objectifs animaux de l'homme, puisque son identité n'est qu'animale. Une seconde différence est que, à la différence de l'animal, l'homme possède une conscience, mais, elle-même produit artificiel du cerveau, elle n'a d'autre fonction que celle de servir de régulateur aux relations entre lui et ses semblables : il ne faut pas, dans la réalisation des objectifs suscités, qu'on empiète (trop) sur les droits des autres…

Selon une seconde conception, celle de certains déistes, l'univers est bien la création de Dieu ; cependant, Dieu l'a réglé selon des lois très précises, et Il n'y intervient jamais (les miracles n'existent pas) ; par ailleurs, Dieu n'a aucun regard pour ce que les hommes peuvent croire, penser ou faire durant leur vie. Dieu ne révèle non plus rien à des hommes qui seraient Ses Messagers auprès des autres humains. Certes, l'homme doit demeurer moral, et même spirituel : il doit rester dans le bien, et il doit (par le moyen qu'il veut) se relier spirituellement avec Dieu ; mais si cela est source de bien pour lui, cela est uniquement dû à des caractéristiques de son cerveau.

Enfin, selon une troisième conception du cosmos et de l'homme, celle des théistes, le cosmos et l'homme sont des créatures de Dieu ; Dieu est doué d'une volonté et exerce sur le monde Son action. Cette conception est en sa généralité la nôtre, c'est celle que le Coran enseigne...
--- De façon plus particulière, nous croyons que Dieu a créé ce cosmos pour une raison précise : afin que l'homme (et aussi le djinn) puissent y vivre l'épreuve de la vie, et donc réussir cette épreuve ou y échouer. Dieu S'est fait connaître à l'homme par la révélation, de même qu'Il a, par ce moyen, fait connaître à l'homme ce qu'Il aime et ce qu'Il déteste de sa part.

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B) L'existence de l'univers est-elle dénuée de sens ?

Dans ce Coran dont tu as mémorisé le texte et dont tu récites régulièrement des passages avec une bonne prononciation (tajwîd), Dieu dit : "Et Nous n'avons pas créé le ciel et la terre sans but. Cela est la pensée de ceux qui ne croient pas" (Coran 38/27 ; traduction de "bâtilan" d'après Rûh ul-ma'ânî tome 12 p. 180). "Et Nous n'avons pas créé le ciel et la terre par jeu" (21/16 ; voir aussi 44/38 ; traduction de "lâ'ïbîn" d'après Rûh ul-ma'ânî tome 9 p. 18).

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C) La vie de l'homme sur Terre est-elle dénuée de sens ?

Dieu dit encore dans le Coran : "Pensiez-vous que Nous vous avons créés sans but et que vous ne serez pas ramenés vers Nous ?" (23/115).

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D) En fait les deux idées sont liées :

Les deux idées, celle concernant le sens de l'univers et celle relative au sens de la vie humaine, sont liées…

D'une part : "Et Nous n'avons créé les cieux et la terre ainsi que ce qu'il y a entre qu'avec un objectif" (15/85 ; voir aussi 46/3 ; traduction de "bi-l-haqq" d'après un des commentaires présents en Rûh ul-ma'ânî tome 4 p. 179 ; un thème voisin est présent en Coran 6/73, 10/5, 14/19, 16/3, 29/44, 30/8, 45/22, 64/3).

D'autre part : "Et Il est Celui qui a créé les cieux et la Terre en six périodes – alors que Son Trône était sur l'eau – afin de vous mettre à l'épreuve : lequel d'entre vous est meilleur en actes" (Coran 11/7).

On voit que si la vie de l'homme sur Terre a un sens, alors c'est bien la présence de cet homme sur Terre qui constitue la "pierre d'achèvement" de l'univers et qui, par là même, permet de comprendre que les cieux et la Terre n'ont pas été créés sans objectif, "juste ainsi". En effet, sans la présence des humains, l'univers ne comporterait que des galaxies, avec des étoiles et des planètes, ces dernières tournant en orbite autour des premières, avec, sur une ou plusieurs de ces planètes, seulement des créatures ne pouvant rien faire d'autre que manger, boire, dormir, se reproduire, se consommer les unes les autres selon une chaîne alimentaire minutieusement établie, enfin mourir. Il ne s'y trouverait pas un être doué de raison, de conscience et de responsabilité, un être capable d'admirer l'Œuvre, de le comprendre, de l'appréhender comme un tout, un ensemble de signes de la présence de Celui qui l'a créée.

D'un autre côté, Dieu dit encore : "Nous avons fait de ce qui est sur la Terre une parure pour elle, afin de les mettre à l'épreuve : lequel d'entre eux est meilleur en actes" (Coran 18/7). Si la vie humaine a comme finalité sa mise à l'épreuve, c'est bien au milieu des parures de cette Terre, de ces parures pouvant tromper l'homme quant à leur sens et quant à la place à leur donner, que l'homme pouvait vivre cette épreuve. C'est en effet cette vie terrestre qui rend possible la mise à l'épreuve d'une créature en qui coexiste plusieurs penchants, qui connaît donc des situations où ses différents penchants sont en concurrence, qui est ainsi amenée à faire des choix, et qui possède une conscience où s'inscrit la responsabilité des actes qu'elle fait d'après ses choix. Ce qui se trouve sur la terre constitue une "parure", un "ornement" dont Dieu a voulu qu'il attire cette créature afin que celle-ci fasse des choix :
– saura-t-elle découvrir dans cette parure les signes de la présence du créateur, afin de connaître ce créateur et de mettre son moi en harmonie avec lui ? Ou bien, se limitant à la parure, ne croira-t-elle qu'en elle, reniera-t-elle l'existence de Dieu, et dira-t-elle : "Je ne crois qu'en ce que je vois de deux yeux ; et ma vie n'a d'objectif que le plaisir de mes cinq sens" ?
– saura-t-elle tirer profit de cette parure et la maîtriser tout en gardant la maîtrise de sa maîtrise ? saura-t-elle rester serviteur de Dieu et maître de cette parure, en appliquant le principe : "Etre libre, c'est savoir dire "Non" quand il le faut" ? Ou bien, se trompant d'objectif, dira-t-elle : "Le but suprême de mon existence est de maîtriser cette matière afin que je puisse avoir le plus de plaisirs palpables possibles" ?
–  saura-t-elle tirer profit de cette parure tout en étant juste vis-à-vis des autres créatures qui vivent à côté d'elle ? saura-t-elle mettre sa maîtrise de cette parure au service de ses semblables ? Ou bien utilisera-t-elle cette maîtrise afin d'asservir d'autres groupes de ses semblables ?

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E) Le sens de l'existence du Comos et de l'Homme est donc :

L'homme, ainsi que le djinn, sont les deux créatures qui ont la possibilité du choix dont nous parlions ; tous deux sont donc des êtres dotés de spiritualité et de moralité, et tous deux sont responsables devant Dieu de leurs actes ; aussi, tous deux sont mis à l'épreuve de la vie terrestre.

Le sens de l'existence de l'univers et de l'homme (ainsi que du djinn) est donc de rendre possible que le bien ou le mal y soit réalisé : le bien est d'abord de reconnaître Dieu et de croire en Son unicité dans le caractère divin, de s'en remettre à Lui, de se rapprocher de Lui, et d'agir avec justice avec les autres créatures ; le mal est de ne pas connaître l'existence ou l'unicité de Dieu, de ne pas les reconnaître ou de ne pas y adhérer, ou encore d'agir avec injustice vis-à-vis des autres créatures.

Quatre points sont ici à noter...

E.1) Un premier point est que la vie sur terre ayant comme objectif d'éprouver l'homme pour établir s'il reste fidèle à Dieu ou non, et cette épreuve ayant été rendue possible par Dieu par le fait qu'Il a donné à l'homme des penchants aussi bien spirituels et éthiques que corporels, sociaux et intellectuels, le culte à rendre à Dieu ne pouvait que concerner la globalité de la vie humaine : non pas seulement la croyance en l'existence et l'unicité de Dieu ainsi que la spiritualité humaine, mais aussi la corporalité, la rationalité, la vie familiale, la vie en société, la vie économique, etc. Dès lors, manger, boire, dormir, se vêtir, parler, vivre sa sexualité, travailler, gagner de l'argent, aider les faibles, apprendre, réfléchir, inventer, transformer, etc. sont, pour peu qu'ils remplissent les deux conditions que nous allons voir, des actions d'adoration de Dieu, exactement comme le fait de prier, jeûner et se rendre en pèlerinage relève de l'adoration de Dieu. On ne peut se rapprocher de Lui en faisant sciemment une action qu'Il déteste, cette action fût-elle en relation avec un domaine non-spirituel, ou en délaissant sans raison une action qu'Il veut que l'homme la fasse (il faut cependant garder à l'esprit la différence d'importance et de gravités existant entre les différentes actions : cliquez ici) : cependant, on ne peut non plus se rapprocher de Lui de la façon qu'Il veut, en n'apportant pas de présence du coeur lors de l'accomplissement des actions à objectif spirituel ("al-'ibâdât"). Il s'agit non pas de faire de l'obéissance pour l'obéissance, mais de l'obéissance pour se rapprocher spirituellement de Dieu.

E.2) Un second point est que les actions humaines, quel que soit le domaine auquel elles se rattachent, et aussi vertueuses soient-elles, ne constituent du culte de Dieu que si elles coexistent avec la foi en Lui et si elles sont faites dans le cadre de ce qu'Il agrée. Adorer Dieu c'est ainsi apporter foi en Lui et agir selon ce qu'Il agrée. La première condition pour la validité de l'adoration de Dieu est donc la foi en Lui : reconnaître qu'Il existe et qu'Il est l'unique divinité, et déclarer adhérer à cette reconnaissance. La seconde condition pour qu'un acte donné soit compté comme culte de Dieu est que d'une part il soit fait dans le cadre de ce que Dieu agrée, et d'autre part avec une intention présente par rapport à Dieu (cliquez ici).

E.3) Le troisième point est que c'est l'homme et non le djinn qui est le "gérant nommé par Dieu sur terre" : le fait est que la dépendance par rapport à la nature et la faiblesse face à elle, ainsi que les capacités intellectuelles, sont plus importantes chez l'homme que chez le djinn ; or la gérance de la terre découle non pas seulement de la possibilité du choix – que l'homme et le djinn possèdent tous deux –, mais également de ces deux caractéristiques. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ce sont des humains qui ont été les messagers de Dieu auprès des hommes et auprès des djinns.

E.4) Le quatrième point est qu'il est attendu que l'un des aspects de la gérance que l'homme exerce sur terre fait qu'il cherchera toujours à améliorer son cadre de vie : on ne peut enlever le progrès technique à l'homme, ils sont liés. Cependant, la réussite de l'homme dans ce domaine est secondaire, tandis que les actes ayant pour objectif pur le fait de le rapprocher spirituellement de Dieu, la transformation de soi-même, et l'engagement en faveur de l'amélioration de la société revêtent une importance première. Le musulman souhaite réussir dans ces deux aspects de la gérance : la maîtrise-développement de son esprit et de son cœur, et la maîtrise-développement de la technique ; mais il considère le premier comme son objectif premier, et le second comme étant secondaire. Shâh Waliyyullâh a écrit quelques lignes à ce sujet (cf. Hujjat ullâh il-bâligha, 1/153-154). Qu'est-ce que cela entraîne concrètement ? Que d'une part le croyant ne veut pas développer la technique par des moyens qui nuiraient à son propre développement intérieur, et que d'autre part il ne veut pas donner au développement de la technique une emprise telle sur son être et sur son temps qu'il en viendrait à négliger l'effort sur son intérieur etsur la société.

Lire aussi un autre de nos articles : "Pourquoi Dieu a-t-Il voulu que l'homme existe, alors qu'il y avait déjà les anges, qui font sans cesse Sa louange ?"

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F) L'homme n'est certes qu'une poussière dans l'immensité de l'univers, mais...

L'homme n'est certes qu'une poussière dans l'immensité de l'univers. Mais c'est une poussière pensante et une poussière spirituelle. Dieu aime que l'on fasse Ses Eloges : "Personne n'aime, davantage que Dieu, que l'on fasse ses éloges" (al-Bukhârî 4358, 4361, 4922, 6968, Muslim 2760) ; or on ne fait les éloges que de Celui dont on connaît et reconnaît la Perfection. Et si parmi les Noms de Dieu il y a ceux qui concernent Sa Perfection, il y a aussi celui de "le Caché". Dieu a donc voulu qu'il existe deux créatures (l'homme et le djinn) capables de connaître quelque chose de Sa Perfection, bien qu'Il leur soit Caché ; ainsi ils Le connaîtront, et se rapprocheront spirituellement de Lui.

Ibn Taymiyya écrit : "Dieu a créé la création [= les hommes et les djinns] pour qu'ils fassent Sa 'ibâda, ce qui englobe qu'ils Le connaissent, se tournent vers Lui, L'aiment et agissent sincèrement pour Lui. Par Son évocation (dhikr) leurs cœurs s'apaisent, et par le fait de Le contempler dans l'au-delà leurs yeux se rafraîchiront. Il n'y a rien qu'Il leur donnera dans l'au-delà qui leur sera plus aimé que de Le regarder, et il n'y a rien qu'Il leur donne en ce monde qui soit plus grand que d'avoir foi en Lui (…) Sans cela ils n'auront ni bien (salâh) ni réussite, ni bonheur ni plaisir ; au contraire, celui qui s'est détourné du souvenir de son Pourvoyeur, celui-là aura une existence étroite, et (Dieu) le ressuscitera le jour de la résurrection aveugle" (MF 1/23).

L'historien Arnold Toynbee écrivait quant à lui : "Dans cet univers mystérieux, il y a une chose dont l'Homme peut être sûr. L'Homme lui-même n'est certainement pas la plus grande présence de l'Univers. (...) Il y a dans l'Univers une présence spirituellement plus grande que l'Homme. (...) Le but de l'Homme est de chercher la communion avec la présence cachée derrière les phénomènes, et de la rechercher dans le dessein de mettre son moi en harmonie avec cette réalité spirituelle absolue". Il écrit encore : "Le but véritable d'une religion supérieure, c'est de communiquer les enseignements spirituels et les vérités qui sont son essence à des âmes aussi nombreuses que possible, afin que chacune de ces âmes soit ensuite capable de remplir la vraie fin de l'Homme. La vraie fin de l'Homme est de glorifier Dieu et de jouir de Lui à jamais" (La Religion vue par un historien).

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G) Un autre point :

Par ailleurs, si, comme tu l'as soulevé, on sait maintenant que l'univers est beaucoup plus grand que ce que des hommes croyaient auparavant, il est possible (mais pas certain) que dans cet immense Cosmos il existe d'autres lieux où vivent des créatures comparables aux humains de la Terre, mis eux aussi à l'épreuve de la vie. Dieu sait et nous ne savons pas. Clique ici pour en savoir plus.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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